Climat : Réorienter les capitaux pour mettre en oeuvre l'Accord de Paris

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Il faut aller bien au delà des 100 milliards de dollars prévus par l'accord de Paris en faveur des pays pauvres. Par Agustín Carstens et Patricia Espinosa, gouverneur de la banque centrale du Mexique, et secrétaire exécutive de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changement Climatiques (CCNUCC)

Lors de la récente Assemblée générale des Nations Unies à New York, le Secrétaire général Ban Ki-moon a prédit que l'Accord de Paris sur le climat entrerait en vigueur avant 2017. Et cette semaine, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale accueilleront bon nombre de ministres des Finances et de représentants de banques centrales à Washington pour leur réunion annuelle.

 À première vue, on pourrait penser que ces deux événements n'ont aucun rapport. L'Accord de Paris, accord mondial pour maintenir la hausse des températures en dessous de 2°C, est une immense réussite et un véritable triomphe pour le multilatéralisme. Mais son entrée en vigueur imminente nous pousse à envisager l'étape suivante: comment l'accord sera-t-il mis en œuvre à travers le monde?

 Mobiliser 100 milliards de dollars...

C'est dans ce cadre que la réunion des ministres des Finances, des représentants des banques centrales et des régulateurs à Washington prend toute son importance. À l'heure actuelle, des progrès sont accomplis vers la mobilisation d'ici 2020 des 100 milliards de dollars de flux financiers annuels promis par les pays riches pour aider les pays en développement à appliquer l'Accord de Paris. Et sur le terrain, les financements du Fonds vert pour le climat contribuent déjà à renforcer la résilience des projets d'infrastructure côtière et urbaine au Bangladesh, tandis qu'en Tanzanie, plus de 100 000 maisons ont désormais accès à l'électricité grâce à Off-Grid Electric, une société d'énergie propre soutenue par les crédits du Fonds Million Solar Homes.

 ... un montant insuffisant

Cependant, c'est en milliers de milliards que se chiffre le coût de la transition vers un monde bas carbone. Ceci nous emmène bien au-delà du domaine des fonds publics car aucun gouvernement, quel que soit son budget, ne peut financer l'action climatique par le seul biais des impôts et de l'emprunt. Selon une estimation, environ 90 000 milliards de dollars devront être investis d'ici 2030 dans les infrastructures, l'énergie et l'agriculture pour mettre en œuvre l'Accord de Paris.

Transformer le système financier mondial

 Cela ne se fera pas sans capitaux privés. C'est pourquoi il est essentiel de transformer le système financier mondial pour le mettre au service de l'action climatique et du développement durable - aussi essentiel que de réduire les émissions et d'éliminer les subventions aux combustibles fossiles. Au regard des 300 000 milliards de dollars d'actifs détenus par les banques, les marchés financiers et les investisseurs institutionnels, il est clair que l'enjeu n'est pas la disponibilité des capitaux, mais bien leur allocation.

De fait, les ministres des Finances et gouverneurs de banques centrales sont déjà fortement engagés. Ceux des pays du G20 ont récemment convenu d'une série de mesures visant à améliorer la capacité du système financier mondial à financer les investissements verts. Parmi les pistes les plus prometteuses figure le développement du marché des obligations vertes, où les entreprises et les collectivités locales peuvent lever des capitaux destinés à des domaines prioritaires tels que les énergies renouvelables, l'efficacité énergétique des bâtiments et la gestion de l'eau. Depuis le début de l'année année, les émissions mondiales d'obligations vertes ont dépassé 51 milliards de dollars, soit quatre fois plus qu'en 2013. À titre d'exemple, Nafin, la banque de développement du Mexique, a émis ses premiers 500 millions d'obligations vertes en novembre dernier pour financer l'énergie éolienne à Oaxaca, Nuevo Leon et en Basse-Californie.

 Pour un vrai reporting climatique

Cependant, les marchés financiers du monde n'incorporent pas encore pleinement les facteurs climatiques dans la valorisation des actifs et l'évaluation des risques. C'est pourquoi le Conseil de stabilité financière a établi un groupe de travail sur le reporting climatique dirigé par l'ancien maire de New York Michael Bloomberg. Une information cohérente et de meilleure qualité est indispensable pour que les banques, les fonds de pension et les investisseurs individuels soient en mesure de comprendre comment la transition vers une économie bas carbone affectera les investissements.

 Un nouveau rapport publié fin septembre par le Programme des Nations Unies pour l'Environnement indique que 217 mesures pour promouvoir un financement durable ont été mises en place par les ministères des finances, les banques centrales et les régulateurs dans 60 pays, soit le double l'an dernier.

Ainsi, en France, l'Article 173 de la loi de transition énergétique comprend des mesures de grande envergure pour améliorer la façon dont les investisseurs institutionnels communiquent sur leur prise en compte du changement climatique, aux côtés de nouvelles mesures sur le reporting climatique des entreprises et les stress-tests climatiques pour les banques.

 Surmonter le court-termisme

Mais malgré ces évolutions encourageantes, l'architecture financière mondiale est encore mal équipée pour réaliser la transformation nécessaire. Les plans climat nationaux (INDC, selon le sigle anglais) soumis par les gouvernements représentent un réel progrès, mais n'envoient pas encore tous les signaux nécessaires pour réorienter les capitaux vers l'action climatique. Et si les investisseurs commencent à mesurer l'empreinte carbone de leur portefeuille et à augmenter leur exposition aux actifs verts, seule une infime minorité met en œuvre des stratégies climatiques complètes.

Le système financier doit encore évoluer pour prendre en compte les risques environnementaux, surmonter le court-termisme et assurer une plus grande transparence sur les risques et opportunités liés au climat. Pour cela, il faut maintenant mettre en place des politiques et des règlementations financières qui soutiennent l'Accord de Paris et se renforcent mutuellement. Si nous y parvenons, les investisseurs s'adapteront à la nouvelle donne et feront affluer les milliers de milliards nécessaires pour financer la transition.

Agustín Carstens est Gouverneur de la Banque du Mexique et Patricia Espinosa est Secrétaire exécutive de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC). Le rapport du Programme des Nations Unies pour l'Environnement peut être téléchargé à www.unepinquiry.org

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Commentaires
a écrit le 07/10/2016 à 16:35 :
"Transformer le système financier mondial"

Gardes ! Arrêtez ces gens !

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