Comment la déflation va tuer l'économie

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Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi. / DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, comment la déflation va tuer l'économie

Le FMI et maintenant l'OCDE viennent de réviser à la baisse leurs prévisions de croissance pour 2016, sur fond de krach financier rampant. Avec au tableau une inflation qui continue inexorablement de décélérer à échelle mondiale, et des anticipations à long terme qui décrochent  en dépit des solutions monétaires extrêmes mises en œuvre depuis 8 ans pour endiguer le mouvement. Si l'on ajoute à cela une nouvelle montée d'angoisse sur les créances douteuses qui minent certains bilans bancaires, une question surgit inévitablement. Et si la déflation, jusqu'ici différée ne venait tuer nos derniers espoirs de reprise ? La décélération de l'activité ne va-t-elle pas emporter nos dernières lignes de défense, au moment où les États et les banques centrales auraient épuisé leurs munitions ?

Une réponse possible à cette interrogation

Imaginer que nous sommes installés dans un nouveau régime permanent de taux zéro, auxquels les banques centrales ne font que s'adapter. C'était d'ailleurs déjà l'argument de Ben Bernanke des 2005. L'épargne est structurellement en excès. Les taux baissent ainsi que l'inflation. Cette baisse structurelle des taux nominaux a pour effet mécanique d'augmenter la valeur des titres à revenu fixe, mais aussi celle de l'immobilier et des actions. Et cette inflation des actifs  absorbe la liquidité émise par les banques centrales. L'explosion des bilans des banques centrales serait ainsi un ajustement nécessaire pour assurer la liquidité des marchés. Tout cela installerait un nouveau paysage de taux durablement à zéro et sans inflation. Qui n'aurait pas de conséquence sur la qualité de l'investissement, puisque les détenteurs de capitaux continuent à exiger une rentabilité économique et financière élevée aux entreprises. Dans ce nouveau régime, il y aurait deux rendements clés. Celui de la dette et de l'épargne sans risque égal à zéro.

Et un taux de rendement du capital productif nettement positif (ce qui est en partie normal compte tenu du risque) et ne s'indexant à la baisse pas sur le premier. Un fort levier positif permanent en somme. La question à laquelle je ne sais répondre, car ce cas de figure n'est écrit dans aucun manuel, c'est : ce régime peut-il être stable ? Mon intuition forte, c'est qu'il ne l'est pas. Car un levier positif excessif permanent est terriblement distorsif. C'est une machine à enrichir certains, ultra-minoritaires, ceux qui peuvent s'endetter pour acheter des titres d'entreprise. Et ce biais de répartition est précisément ce qui mine les débouchés. On ne voit pas ce qui ferait que le jeu s'arrêterait à zéro.

Bref, même si j'essaie de me dire qu'il s'agit d'une nouvelle normalité, avouons qu'elle est difficile à la penser comme un régime stable.

Le point de vue court-termiste

L'impression est bien que la politique monétaire est embarquée dans une fuite en avant, face à un monstre financier qui est devenu too big to fail, et qu'il faut à tout prix le protéger d'une déflation des prix d'actif. Les taux zéro et le QE semblent bien la réponse à cette vulnérabilité systémique de la finance qu'un processus d'adaptation à un nouvel équilibre de l'économie réelle.  Et dans cet environnement de taux zéro, il semble bien que la quête de rendements amène les intermédiaires à s'exposer à des risques croissants.  Et ce dans un contexte de plus en plus instable qui dégrade leur bilan. Bref il est bien difficile de se départir de l'idée que nous sommes sur le fil du rasoir, notamment si la croissance mondiale devait caler.

On peut bien sûr toujours imaginer quelque issue positive à court-terme. Celle notamment ou les investisseurs sortiraient peu à peu du segment obligataire, pour se replier vers les actions, dont on a dit maintes fois qu'elles étaient loin d'avoir éclusé le potentiel de hausse que permettrait en théorie un régime permanent de taux zéro. Bref, une nouvelle vache à lait pourrait encore quelques temps différer la grande culbute. Mais là encore, on ne peut s'empêcher de penser que c'est reculer pour mieux sauter dans un nouvel épisode de débat déflation.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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a écrit le 03/03/2016 à 19:56 :
Autre scénario, on mise sur une inflation plus forte, on détruit les dettes progressivement et on abbroge progressivement et définitivement la notion de taux d'intérêt, on construit une économie basée sur le libre emploi au lieu de la libre concurrence.

Les gens ne travaillent pas forcément, mais la société ne produit pas forcément non plus de plus en plus chaque année, on cesse de courrir, on utilise ce que l'on sait pour arrêter d'éparpiller les efforts d'une population esclave d'un système qu'elle renversera tôt ou tard.

On ne base plus les modèles économiques sur la croissance ni sur l'autoéquilibrage improbable de l'offre et de la demande, mais sur la capacité de la population à remplir les postes à pourvoir, à faire ce qui doit l'être...

Certaines personnes travaillent, d'autres choisissent de ne rien faire, on nourrit et on loge tout le monde (principe d'humanisme à inscrire dans les droits de l'homme explicitement), mais avec ce qui est produit sur place prioritairement.

Ce dernier point s'atteint par le renforcement considérable de la taxe carbone sur 5 à 10 ans en vue de la réduction d'un effet pervers et destructeur de la mondialisation, à savoir la sur spécialisation des économies d'états qui misent tout sur un ou deux produits d'exportations.
Le monde n'est plus l'esclave de l'argent, mais de l'effort collectif à pallier aux problèmes rencontrés.

Une migration vers un tel système est long et périlleux, mais il peut se commencer par l'automatisation des travaux manuels inutiles, ce qui va créé d'ailleurs une phase de croissance temporaire pour mettre en place l'automatisation: des camions poubelles et taxis automatiques, caisses de grands magasins automatiques, distribution de courrier, paperasse d'administration, et tout ce qui peut-être automatisé.

Les gens occupant ces postes actuellement pourraient alors faire ce qu'ils veulent mais continueraient d'être rémunéré, donc une main d'oeuvre potentiel pour faire autre chose, pour produire davantage.

Utilisation des chômeurs volontaires pour construire le nouveau modèle.
Un objectif en main pour la société, un retour de l'espoir économique et en nous-même.
L'individualisme est une fausse route et ne conduit pas vers la liberté, il n'en est absolument plus le vecteur. La liberté économique, le libéralisme, asservit aujourd'hui l'essentiel de la population au pouvoir monétaires de quelques nouveaux souverains, capable par exemple de construire un chemin de fer d'un bout à l'autre d'un continent...
a écrit le 03/03/2016 à 13:20 :
Entièrement d'accord maintenant cette déflation vient du fait que les ménages peuvent de moins en moins consommer voyant leur pouvoir d'achat régulièrement diminuer.

Cette baisse des prix donc leur permet encore de continuer de faire un peu tourner l'économie si du jour au lendemain les prix devaient remonter je pense que la situation serait encore pire.

Les états, du fait de la défiscalisation massive des plus riches, 80 milliards d'euros de perdu par la france chaque année, alors que la dette ne coûte que 45 milliards par an à rembourser, cherchez l'erreur, n'ont plus les moyens financiers de relancer l'économie via une hausse du pouvoir d'achat des ménages.

Franchement ce n'est certainement pas le moment d'investir en bourse, c'est Mike le poulet sans tête qui en tient les cordons.
a écrit le 03/03/2016 à 13:14 :
La véritable richesse, c'est l'énergie, quelle soit humaine (le travail) ou physique.

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