Crowdfunding : il faut l'ouvrir aux conseillers en gestion de patrimoine

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Il faut ouvrir le crowdfunding aux conseillers en gestion de patrimoine indépendants pour assurer son essor. Par Laurence Attuel-Mendès, Enseignant-chercheur à Burgundy School of Business, Chaire Banque Populaire en Microfinance de BSB et Vincent Collin, CGPI, ancien étudiant à BSB

Le secteur de la finance participative en est encore aux émois de ses premières fois. Ainsi, Proximéa, plateforme d'equity crowdfunding, filiale de la Banque Populaire Atlantique, a récemment annoncé qu'une société (SYGMATEL) avait fait appel à une plateforme pour ouvrir son capital à ses salariés. C'est un fait inédit.

 Mais est-ce le signe d'un élargissement des possibilités de ce mode complémentaire de financement, ou plutôt un moyen de répondre aux critiques grandissantes à l'encontre un secteur qui connait un ralentissement de sa croissance et ses premiers scandales ?

Une croissance qui se tasse

 Les derniers chiffres du crowdfunding sont tombés : + 40% de fonds levés entre 2015 et 2016 soit 233,8 millions d'euros, selon Financement Participatif France (FPF). Ces montants peuvent paraître vertigineux et faire envie au plus difficile des commentateurs économiques.

 Cependant, cette croissance est en baisse par rapport aux années précédentes, qui connaissaient régulièrement un doublement des fonds collectés. Certains, comme Nicolas Lesur, président de FPF, y voient un signe de maturité. D'autres dénoncent un secteur sans avenir, à l'instar d'Alain Bazot, président de l'association de consommateur UFC-Que Choisir.

Des particuliers à la recherche de sens pour leurs placements

 Le développement et l'éclosion de projets souhaitant se faire financer par le crowdfunding semblent plutôt démontrer le besoin des particuliers pour un système d'investissement complémentaire. Avec un avenir sur les retraites paraissant de plus en plus opaque, ces derniers souhaitent reprendre en main leur destin financier et mieux orienter leur épargne, tout en recherchant toujours de la rentabilité.

 Les banquiers, premiers interlocuteurs sur les placements, ne peuvent plus conseiller les clients derrière des termes que seuls les experts maîtrisent. Les particuliers veulent comprendre l'information qui les inonde et donner du sens à leurs actions. La finance participative peut répondre à ce besoin.

Il devient donc primordial d'orienter les clients vers des placements auxquels ils croient et dont ils comprennent le sens. Le crowdfunding, à travers les projets qu'il propose et le story-telling qu'il utilise, permet à l'investisseur de se sentir concerné, impliqué et sensibilisé.

De nouvelles relations possibles entre les plateformes et les CGPI

 Avec une nouvelle génération de conseillers en gestion de patrimoine indépendants (CGPI) en train d'émerger, c'est un potentiel nouveau, sensible à la finance participative, qui s'offre au marché. L'accompagnement étant un facteur clé de succès pour les conseillers, aussi bien en ce qui concerne le client-investisseur que le porteur de projet, le CGPI ne peut rester cantonné dans un rôle d'indicateur commercial, rémunéré comme un apporteur d'affaires par les plateformes. Il doit pouvoir être davantage associé à elles.

 Pour cela, le législateur pourrait envisager d'ouvrir le statut, pour le moment incompatible, de Conseiller en Investissement Participatif (CIP) ou d'Intermédiaire en Financement Participatif (IFP) aux CGPI. Ainsi, ces derniers pourraient diversifier leur activité et couvrir la majeure partie des besoins de leurs clients en étoffant leur conseil d'une sélection des entreprises à financer en ligne.

 Ce faisant, ils aideraient également les plateformes à développer leur cercle d'investisseurs et à trouver des clients de qualité. Enfin, les particuliers pourraient être garantis, grâce au renforcement des experts financiers engagés, du sérieux et de la sécurité de l'investissement qui leur est proposé.

 Pour autant, il conviendra de rester vigilant à ce que le système de rémunération soit le plus juste possible pour tous les acteurs, afin qu'il puisse perdurer et s'installer durablement comme une source de financement complémentaire incontournable pour les entreprises.

Laurence Attuel-Mendès, Enseignant-chercheur à Burgundy School of Business, Chaire Banque Populaire en Microfinance de BSB

Vincent Collin, CGPI, ancien étudiant à BSB

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