Economie circulaire : à quand les bons choix ?

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(Crédits : DR)
Tout le monde est prêt à défendre l'économie circulaire, mais les progrès sont minces. Notamment raison de la persistance de fausses bonnes idées étiquetées "économie circulaire", comme l'incinération sous couvert de valorisation énergétique. Par Flore Berlingen, directrice de Zero Waste France, co-fondatrice de OuiShare

L'économie circulaire, ça ressemble à un scénario de sortie de crise inespéré et idéal. Les déchets, nous dit-on, deviennent des ressources, une manne économique enfin compatible avec la préservation de l'environnement. Adieu à l'économie linéaire (extraction, production, consommation, "élimination") non viable, et son lot de pollutions.

 Les best practices et les exemples iconiques d'économie circulaire se multiplient, surtout dans l'industrie, mais dans l'ensemble, force est de constater que l'on est loin du compte, tous secteurs confondus. Moins de 30% des ordures ménagères collectées sont triées et atteignent une installation de recyclage ou de compostage en France. La France accuse aussi un retard important dans la gestion des déchets du BTP (dont une grande partie peuvent être réutilisés), sans parler des déchets du secteur tertiaire : dans de nombreuses entreprises il n'est même pas encore question de tri.

Que se passe-t-il pour que l'on ne saisisse pas cette formidable opportunité ?

 Ce qui empêche la vraie circularité (celle des objets et de la matière) de prendre totalement son envol en France, ce n'est pas seulement, comme les Assises de cette semaine vont certainement le mettre en lumière,  un manque de maturité des filières, la fluctuation du cours des matières premières, des difficultés d'approvisionnement ou encore la mauvaise image dont souffrent encore les produits recyclés.

C'est un peu de tout cela bien sûr, surtout au niveau micro-économique où les freins techniques organisationnels sont particulièrement importants. Mais la principale et première raison qui empêche le développement d'une économie réellement circulaire, zéro déchet, zéro gaspillage (Zero Waste) ce sont les fausses bonnes idées étiquetées "économie circulaire" de manière totalement trompeuse. L'incinération, sous couvert de valorisation énergétique, les CSR (combustibles solides de récupération) sont des marchés en expansion en Europe, et la France reste l'un des champions en la matière.

L'incinération des ordures ménagères en France, ce sont 129 installations réparties sur tout le territoire, qui brûlent plus de 14 millions de tonnes de déchets chaque année. Une partie de l'énergie produite par la combustion est récupérée : un peu plus de 11 TWh, soit environ un tiers de moins que l'éolien. Impressionnant à première vue, ce chiffre cache une réalité bien moins glorieuse : le rendement énergétique de ces installations reste extrêmement faible. Pire encore, son bilan carbone est mauvais : le CO2 économisé à brûler des ordures plutôt que des combustibles fossiles ne suffit pas à compenser le gaspillage que constitue la non-valorisation matière (recyclage) des déchets brûlés. Car qu'est-ce qui brûle dans un incinérateur ? Ce ne sont pas les déchets organiques (qui, au passage, pourraient être compostés ou méthanisés) mais bien le papier, le carton et les plastiques, dont le recyclage représenterait des économies de CO2 bien plus importantes.

Valorisation énergétique ou valorisation matière : il faut choisir

 Par ailleurs, d'un point de vue cette fois-ci économique, la valorisation énergétique (des ordures ménagères en particulier) constitue une concurrence directe au recyclage et au compostage. Le cas Estonien, illustré par les dernières statistiques européennes publiées fin mars le montre très clairement : lorsque les investissement vont à l'incinération, les performances de valorisation matière stagnent, voire diminuent !. Les nouveaux incinérateurs n'ont pas remplacé des décharges (c'est l'argument souvent invoqué pour justifier leur construction) mais une partie du recyclage et du compostage. Et la nécessité de rentabiliser ces coûteux investissements risque de freiner pendant plusieurs années toute la politique de prévention et de tri du pays.

 L'approche de la fin de vie des installations d'incinération les plus anciennes (à l'instar de celle d'Ivry-Paris XIII, d'Echillais ou de Plouharnel) représente au contraire une formidable opportunité de passer, enfin, à une économie véritablement circulaire. La mobilisation citoyenne suivra car, malgré le meilleur encadrement sanitaire de ces installations, qui veut d'un incinérateur près de chez soi, ou des champs qui nous nourrissent ?

Mais il s'agit d'éviter un écueil important : celui de ne s'intéresser qu'au recyclage au détriment des nombreuses autres facettes de l'économie circulaire, plus intéressantes encore, d'un point de vue environnemental aussi bien qu'économique et social.

Priorité à la circularité des usages !

 Car l'économie circulaire, ce n'est pas simplement la circularité des matières c'est aussi, et surtout, celle des usages.

On peut investir des milliards dans la recherche de procédés de recyclage toujours plus innovants, cela n'annulera pas pour autant les impacts environnementaux liés à la production des objets, de l'emballage à l'équipement électroménager en passant par les vêtements ou l'ameublement. Les consommations et pollutions liées à la phase de production impliquent logiquement que l'on cherche en priorité à allonger la durée de vie et d'usage des produits, avant de penser à leur recyclage - indispensable bien sûr. Et en la matière, les solutions, locales et distribuées existent déjà : de la consigne à la vente en vrac, en passant par la réparation, la seconde main ou la mutualisation. Ces systèmes circulaires à petite échelle créent de l'emploi, sont porteurs de dynamisme pour les territoires, à l'instar d'initiatives comme Carton Plein, Jean Bouteille, Day by Day, OuReparer.com ou encore Rejoué.

Dans la hiérarchie européenne de la gestion des déchets, le recyclage doit être privilégié par rapport aux modes de traitements dits "d'élimination" (incinération et stockage) mais il n'arrive qu'après la prévention, le réemploi et la réutilisation : à quand des investissements et des financements qui refléteraient cette obligation imposée par la réglementation européenne ?

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a écrit le 17/06/2015 à 17:03 :
Article très démagogique qui ne touche pas le coeur du problème. Pour investir, il faut une rentabilité. En dehors de l'économie du partage qui devient rentable en évitant les impots, l'économie circulaire n'a pas de modèle de rentabilité. Sauf à faire une loi qui dit : "tout ce qui n'est pas circulaire est interdit", non conforme aux règles du commerce internationale et indéfinissable en pratique. Ou encore on peut dire que la non consommation évite les déchets et là c'est de grosses taxes à la consommation matière que l'on doit mettre en place.

Par ailleurs valoriser les décharges par rapport à une valorisation énergétique raisonnée semble un non retour en arrière sous biais de recyclage.

Bref, beaucoup de théorie, et des tous petits exemples concrets dans cette tribune. Ca aurait pu etre signé YAKAFOKON
Réponse de le 17/06/2015 à 18:06 :
Bonjour Lilopi.
Personnellement, je suis rentable et je grandis vite :)
Cdlt
Jean Bouteille (exemple concret cité dans l'article)
Réponse de le 18/06/2015 à 8:26 :
Bonjour Lilopi.
"Pour investir il faut une rentabilité" : l etat investit dans plein de choses qui ne sont pas rentables.
" l economie circulaire n a pas de modele economique" il y a des milliers d entreprises de toutes tailles et de tout secteurs qui demontrent le contraire de ce que vous dites.
a écrit le 17/06/2015 à 15:17 :
Il est évident que brûler les carbohydrates ou les hydrocarbures n'est pas une solution pour les déchets : cela produit du CO2. Dire que brûler un arbre (chauffage au bois) a une trace zéro carbone est tout aussi absurde. La qualité de l'air dépend totalement de la fixation du carbonne dans des composés stables qui n'entrent pas dans l'atmosphère. Arrêtons l'obsolescence programmée par la règlementation écolo, arrêtons la productions de matériaux composites consommateurs de matière premières et non recyclables.
L'acquéreur d'un produit industriel doit payer à l'achat non seulement le coût de production, mais aussi le coût de recyclage tel qu'il est conçu par le fabriquant, en l'état de l'art de la même façon qu'il incorpore aujourd'hui le coût de la garantie pour vice cachés. Enfin, enterrons nos morts plutôt que de les brûler.
a écrit le 17/06/2015 à 13:57 :
Bravo! Excellente explication des enjeux de l'économie circulaire.
Réponse de le 25/06/2016 à 9:04 :
la FEVE 85 après avoir lutter contre l'incinération et avoir gagné ...on découvre que le syndicat mixte de Vendée cherche des solutions pour brûler les CSR...c'est un gaspillage de matière et d'énergie, un dégagement de CO2, et je ne vois pas ce qu'il y a de circulaire ...on produit, , on utilise ,et on brûle ..
.Aux assises nationales des déchets à Nantes il n'a été question que de valorisation énergétique des CSR...que les industriels disent cela c'est leur job , mais que la représentante du ministère de l'écologie et l'ADEME le dise aussi c'est plus grave!

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