Foot : le fair play financier selon l'UEFA

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Michel Platini, président de l'UEFA
Michel Platini, président de l'UEFA (Crédits : reuters.com)
Alors que Michel Platini voudrait alléger les contraintes du "fair play" financier dans le foot, un premier bilan montre l'intérêt de ces règles. Par Luc Meunier et Bernard Gumb

fair play financier

Le Fair-play financier (FPF), qu'est-ce donc ?

Il y a plusieurs années que l'UEFA a annoncé l'application de règles de fair-play financier s'imposant aux clubs professionnels candidats à la participation à une de ses compétitions (la Champion's League et l'Europa Cup). Si les règles détaillées ont été publiées dès 2010, la première "période de surveillance" s'est achevée à l'issue de la saison 2012/13. À l'exception de cette période initiale limitée à deux saisons, la situation des clubs est évaluée sur une périodicité glissante sur trois saisons.
Le principal critère surveillé est "l'équilibre financier", notion qu'en l'occurrence il faut chercher davantage dans le compte de résultat que dans le bilan. En effet, l'UEFA, plutôt que d'observer la solvabilité des clubs au travers de ratios bilanciels, s'intéresse à leur performance économique, à savoir leur capacité à générer des recettes suffisantes pour couvrir leurs charges. Au-delà de cette conception comptable, la règle promeut aussi de "bonnes pratiques" : régler les créanciers (salariés, organismes sociaux et fiscaux, autres clubs) dans les délais ; investir dans des centres de formation ; effectuer des "investissements responsables dans l'intérêt à long terme du football" (équipements et stade...) etc.

l'impact de la régulation sur le Fair-Play Financier


Le 8 mai, l'UEFA a sanctionné 10 clubs d'une amende totale de 56,1 million d'euros pour non-respect des règles du Fair-play Financier. Parmi eux, l'AS Monaco a écopé de 13 millions d'euros (dont 3 millions ferme, et 10 millions supplémentaires si le club ne parvient pas à atteindre les objectifs fixés par l'UEFA). D'autres décisions notables concernent l'Inter de Milan et l'AS Roma, premiers clubs italiens à être sanctionnés, respectivement de 20 millions et 6 millions, dont une partie est conditionnée à leur comportement futur.
Comme on peut le voir sur la carte ci-dessus, créée à partir de la compilation des archives de l'UEFA, ce ne sont là que les derniers exemples en date, de sanctions appliquées par l'UEFA. Au total, sur les deux ans et demi durant lesquels ces règles ont été appliquées, ce ne sont pas moins de 42 clubs qui ont été sanctionnés, pour un montant total de près de 200 millions d'euros, dont 131 millions récupérables en cas de respect des règles édictées par l'UEFA à l'avenir.

Un grand nombre de cas à l'Est

La carte ci-dessus fait apparaître un système à deux vitesses. En termes de nombre de cas, les pays de l'Est de l'Europe se classent au premier rang : Roumanie, Turquie, Serbie et Russie arrivent ainsi en tête de liste.
Cependant, les amendes subies par les clubs de ces pays restent faibles dans l'ensemble. En réalité, les 200 millions d'euros d'amende sont dus pour plus de la moitié par le PSG et le Manchester City avec 60 millions d'euros chacun dont 40 millions récupérables.
Les disparités en terme de montant d'amende sont en fait telles qu'il a été impossible de respecter la même échelle concernant la taille des bulles représentant les pénalités financières les plus importantes, car elles auraient occulté les autres informations présentes sur la carte.

Pourquoi une telle disparité dans les sanctions dues au Fair-Play Financier ?


Les règles de l'UEFA sont très souples, autorisant une importante marge de manœuvre au niveau des sanctions applicables. En effet, un club ayant fauté dans le cadre du Fair-Play Financier peut, entre autres, se voir simplement réprimandé (cf. le club Portugais Vitória SC), subir une pénalité financière, être limité dans ses recrutements ou être exclu de toute compétition UEFA pour une durée déterminée (comme l'emblématique Étoile Rouge de Belgrade). Aucune correspondance claire entre la nature ou le degré d'infraction et la proportionnalité de la sanction n'est établie dans la documentation UEFA ou dans la « jurisprudence ».
C'est pourquoi les faits reprochés ne suffisent pas en eux-mêmes à expliquer les différences observées en termes de montant d'amende. Bien que cela n'ait pas à notre connaissance été décrit ainsi par l'UEFA, il semblerait en fait que les amendes soient plutôt proportionnelles à la richesse du club.
En effet, le PSG et Manchester City, qui se classent mondialement parmi les 6 premiers clubs en 2015 en termes de chiffres d'affaires (cf. classement Money League de Deloitte), sont également ceux qui ont écopé des plus fortes amendes.
Une telle notion d'amende proportionnelle au revenu peut sembler étrange, voire injuste en France où l'égalité est une valeur fondamentale, notamment devant la loi. Cette notion d'amende proportionnelle au revenu est bien moins étrangère en Finlande, ou même en Suisse, où se situe le siège social de l'UEFA.

Quel impact sur la compétition ?


Plusieurs phénomènes pourraient voir le jour. Une « ossification » de la compétition pourrait avoir lieu, dans la mesure où le Fair-Play Financier impose certaines restrictions à l'investissement, notamment à l'achat de joueurs, en particulier pour les clubs présentant un résultat déficitaire. En empêchant les clubs en développement d'investir en capital humain, cette régulation pourrait donc figer le classement UEFA tel que nous le connaissons aujourd'hui.
Il y a cependant des mécanismes compensateurs. Les investissements dans les centres de formation - qui visent à acquérir du capital humain à moyen terme - n'étant pas pris en compte par l'UEFA dans la notion d'équilibre budgétaire, il reste possible, dans la durée, de chambouler les hiérarchies établies. De plus, la proportionnalité des sanctions a pour avantage, si elle se répète, de rééquilibrer la compétition. Voilà une affaire à suivre, les dossiers de clubs importants étant encore sous investigation.

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