Hamon ou Macron, qui est vraiment le plus moderne ?

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(Crédits : DR)
Benoît Hamon semble incarner la vieille gauche alors qu'Emmanuel Macron serait l'égérie de la modernité. Qu'en est-il vraiment? Par Charles-Antoine Schwerrer, économiste, Asteres

Entre Benoît Hamon et Emmanuel Macron, le cœur de nombre d'élus socialistes balance. Le premier semble incarner la vieille gauche quand le second serait l'égérie de la modernité. Manuel Valls a pour sa part tranché et votera pour le candidat d'En Marche. Seulement, avant de choisir leur poulain, les élus socialistes devraient lire, si ce n'est déjà fait, l'ouvrage fondamental de Luc Boltanski et Eve Chiapello, Le Nouvel Esprit du capitalisme.

Les auteurs y décrivent, dès la fin des années 1990, le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui : la richesse tient à la mobilité des individus, les statuts ne sont plus garants de sécurité, l'exclusion gagne du terrain, les théories de l'exploitation deviennent inopérantes avec la fin des usines. Les dominants sont en mouvement quand les dominés se sentent bloqués. L'ouvrage tente alors de dessiner une première critique de ce nouveau capitalisme pour faire émerger un pacte social et des politiques publiques adaptées. Cette refonte politique, au cœur de l'avenir de la gauche, n'est pas forcément portée par le programme du plus moderne des candidats...

Macron le moderne, Hamon le dépassé?

Sur le papier et à l'écran, Emmanuel Macron incarne la modernité quand Benoît Hamon paraît à ses antipodes. La carrière professionnelle du candidat d'En Marche, de petite-main d'un philosophe à haut fonctionnaire, de banquier d'affaires à conseiller du Président puis de ministre de l'Économie à candidat hors parti à la présidentielle, est un condensé de mobilité. L'un de ses slogans fétiches, « renouveler les visages et les usages » et le nom de son mouvement, En Marche, érigent le changement en référence absolue.

À l'inverse, Benoît Hamon a fait toute sa carrière dans le Parti, des Jeunesses socialistes au classique ministère de l'Éducation nationale. Quand certains élus le quittent pour rejoindre son concurrent, il dénonce une « trahison ». L'élu des Yvelines ne parle pas d'innovation, mais de progrès. Comme si le mouvement ne devait pas bouger pour lui-même, mais avoir une direction. Il propose de créer des « statuts » pour l'artiste, pour l'actif ou pour les beaux-parents. Dans ses discours, son curriculum, sa pensée, le candidat du PS semble incarner l'Ancien Monde, fait de continuum, de fidélité, d'acquis.

En fait, l'innovation politique se situe dans le camp des has been

Derrière le spectacle opposant la moderne mobilité à la désuète continuité, la lecture attentive des programmes inverse les rôles : l'innovation politique se situe plutôt dans le camp des has been. Pour lutter contre l'exclusion, combat majeur pour la gauche postindustrielle, Benoît Hamon offre un outil central (mais par ailleurs fort critiquable) avec son revenu universel. En revendiquant la création d'un droit de l'actif, en reconnaissant le burn out comme maladie professionnelle, en invoquant la protection des données personnelles ou en espérant une démocratie numérique, le candidat du PS pose les premières pierres des potentielles politiques publiques du Nouveau Monde. Par-delà le contenu ou le calibrage de ces propositions, leur simple présence est notable.

À l'inverse, le programme d'Emmanuel Macron propose peu de nouveaux leviers d'action politique. Ses mesures usent des outils existants pour investir dans l'industrie, élargir l'indemnité chômage, réduire les cotisations, développer l'apprentissage ou imposer la parité. Le programme du candidat hors parti ne propose pas une refonte systémique, mais plutôt une mise en mouvement à partir des outils actuels.

Hamon plus novateur

Le dévoilement du programme d'Emmanuel Macron ne fut donc pas la « Révolution » annoncée par le titre de son livre, mais une continuité réformiste de teinte sociale-démocrate. Alors qu'une partie de la gauche se tourne vers le candidat d'En Marche, arguant la rénovation politique qu'il propose, force est de constater que le candidat issu des primaires, Benoît Hamon, porte un programme plus novateur.

Plus novateur oui, mais aussi beaucoup plus de gauche. À se demander si la popularité d'Emmanuel Macron chez certains socialistes ne tient pas moins à son caractère innovant et en rupture... qu'à son centrisme et à son réalisme. C'est ce qu'à sous-entendu Manuel Valls en justifiant son futur vote par « le danger du populisme » et non par le contenu du projet porté.

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a écrit le 21/04/2017 à 18:05 :
Macron m'inspire. Je crois que je vais faire comme lui. Je vais retirer mon fric de ma banque avant qu'elle ne fasse faillite et me prenne tout. Un ancien directeur banquier Rotschild qui, passé au gouvernement fait passer une loi autorisant les banques à se servir sur nos comptes bancaires, qui gagne des millions d'euros et n'en laisse aucun sur son compte en banque. Ça c'est moderne et inspirant! Vous feriez bien de vous inspirer de cette modernité là plutôt que de son programme qui lui n'est pas moderne mais n'est que l'application des instructions de la Commission Européenne.
a écrit le 20/04/2017 à 18:13 :
La VRAIE question est : quel et le moins pourri !!!
a écrit le 18/04/2017 à 10:25 :
merci pour cet article qui remet les pendules à l'heure .
pour beaucoup le vote macron incarne le prudence mais en aucun cas la modernité. la modernité se trouve dans le programme de Hamon.
Les français réclame un programme de rupture et quand on leur propose, il le rejette.
Les français ont en fait la trouille du changement.
a écrit le 14/04/2017 à 16:20 :
En Marche et Macron ce n’est pas la Démocratie politique, c’est une royauté économique de type giscardien !

La solution de macron2017 MacronPresident, « ni droite, ni gauche ou un peu partout » finirait par tuer la vie Politique à terme et ternirait les débats puisqu’il n’y aurait plus aucune possibilité d’opposition, une fois ce système centre, à gauche et à droite, enclenché. L’identité politique de chacune des formations politiques tentées par l’union Macron & Bayrou est atteinte, s’en trouve humiliée puisqu’elle consiste à brouiller les repères pour instituer, sans consultation constitutionnelle préalable, de nouveaux cadres et chefferies sur ces formations qui ont une histoire politique qui leur est propre.

Quasiment chaque formation politique a ses représentants chez Macron jusqu'à Robert Hue et Madelin, Jacques Séguéla aussi, ce qui signifierait qu'il serait devenu inutile de voter puisque chaque parti envoie ses « médaillons macron » pour sauver des avenirs politiques où ils ne pèsent presque rien depuis longtemps individuellement ; à preuve du contraire, le côté recalé de Bayrou qui a toujours raté ses présidentielles mais qui trouve en Macron un tremplin à sa carrière... Pour Le Drian, c'est encore plus clair !... Macron élu, il le garde un mois ou un trimestre au maximum et il le change ensuite mais par qui ?
Réponse de le 25/04/2017 à 9:30 :
Tuer la vie politique telle qu'on la connaît, ça se comprend : les partis traditionnels ont fait une politique minable depuis 30 ans, et il est grand temps que ça change.
Les Français méritent mieux que des débats stériles à la télé.
a écrit le 11/04/2017 à 9:52 :
Alors autant défendre Hamon n'est pas possible autant par contre cette comparaison était particulièrement pertinente, je vous félicite. Merci beaucoup pour cet article réjouissant.

Et on aurait pu englober le pen dans votre analyse étant donné que nombreux sont ceux qui vont voter pour elle pensant faire la révolution alors qu'il n'y a rien de plus conservateur et rétrograde que l’extrême droite mais bon cela n'aurait servi à rien ses électeurs ne lisant pas.

Et ce n'est pas par mépris ou moquerie que je dis ça c'est une réalité, déplorable certes mais c'est comme ça, c'est ce qui protége marine le pen, l'aveuglement de son électorat.

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