Idées pour... mobiliser la force de travail

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En matière d'assurance chômage, il faut responsabiliser les entreprises, en modulant leurs cotisations selon les coûts qu'ils font supporter à la collectivité
En matière d'assurance chômage, il faut responsabiliser les entreprises, en modulant leurs cotisations selon les coûts qu'ils font supporter à la collectivité (Crédits : Reuters)
La situation de sous emploi en France est désormais bien identifiée. Comment en sortir? Par Le Conseil d'analyse économique

La durée effective du travail en France est comparable à celle de nos voisins européens, notamment du fait d'un moindre recours au temps partiel. Cependant, le taux d'activité des jeunes y est nettement plus faible. Celui des seniors l'est également, malgré une hausse de l'activité des 55-64 ans depuis quinze ans. L'emploi est par ailleurs souvent morcelé par la multiplication des contrats très courts. Il faut dire que le système d'assurance chômage n'incite pas forcément les entreprises à embaucher sur des périodes longues.

Outre une quantité de travail insuffisante relativement aux besoins de financement de la protection sociale, la productivité des travailleurs français a fortement ralenti. Régulièrement évaluées par des enquêtes, les compétences des jeunes et des adultes se révèlent insuffisantes. Ces éléments constituent un signal d'alerte pour notre système de formation.

Mobiliser la force de travail... Plus d'actifs parmi les femmes et les seniors

La promotion des femmes actives et une meilleure garantie de la liberté de choix sont encore des défis essentiels pour la France. Le combat n'est pas seulement juridique, il est aussi culturel. Il faut lutter contre les stéréotypes dans l'orientation des jeunes filles, promouvoir la parité et développer la visibilité des femmes dans les métiers étiquetés « masculins ». Sensibiliser davantage les parents d'élèves, les enseignants et les conseillers d'orientation à ces questions aidera à faire évoluer les mentalités. Ces politiques doivent être conjuguées à la poursuite des efforts de prise en charge collective des jeunes enfants et des personnes dépendantes. Le congé libre choix d'activité doit également être partagé équitablement entre les deux parents pour ne pas défavoriser les carrières féminines.

Le taux d'emploi des seniors a progressé en pleine crise. C'est la preuve qu'il n'y a pas de fatalité pour cette catégorie de population. Pour aller plus loin, il faudrait favoriser une individualisation plus marquée des retraites. Chacun devrait disposer à tout moment de l'information adéquate pour choisir sa date de sortie de la vie active. Les choix collectifs doivent également devenir plus transparents. Simplifier et mieux communiquer sur les règles en vigueur est à cet égard essentiel. Cela concerne tout particulièrement les mécanismes d'indexation et de décote/surcote, ou les retraites progressives, afin que chacun puisse effectivement comprendre les taux de remplacement qui lui seront proposés selon ses choix.

Harmoniser progressivement les règles d'accumulation des droits et rendre le cumul emploi-retraite générateur de nouveaux droits à la retraite est également à envisager. Il faut, enfin, cesser d'alimenter le dispositif implicite de préretraite de l'UNÉDIC, ramener la durée d'assurance chômage pour les plus de 50 ans à deux ans maximum et mettre en place un plan spécifique d'accompagnement et de formation pour les chômeurs de plus de 50 ans.

Révéler les talents... Une offre de formation mieux adaptée

L'amélioration de la formation et l'adaptation des compétences aux besoins de l'économie sont incontournables pour dynamiser l'emploi. Le nombre de places dans les formations technologiques post-Bac doit être accru car elles offrent d'importants débouchés professionnels. Les entreprises, associations et collectivités devraient également avoir un rôle de premier plan dans le choix des formations et des contenus, pour les formations professionnelles avant et après le bac. Cela implique néanmoins que les formations soient soumises à un contrôle qualité indépendant sur le modèle du système de certification des formations qui existe en Allemagne, en Autriche et en Suisse.

Développer la formation en alternance prioritairement pour les jeunes non qualifiés et en concentrant les moyens publics au niveau de l'enseignement secondaire aidera à mieux insérer les moins favorisés dans l'emploi. Il faut également faciliter la reprise d'études pour les personnes de plus de 25 ans en assouplissant notamment les conditions de la formation en apprentissage, comme cela est expérimenté dans sept régions depuis 2016, et en allant même au-delà de l'âge limite de 30 ans.

Limiter l'instabilité de l'emploi... Une réforme de l'assurance chômage

Face au développement rapide de l'emploi instable, voire très instable, qui contribue à creuser le déficit de l'assurance chômage, il est important de responsabiliser les entreprises. Cela passe par une modulation des cotisations employeurs à l'assurance chômage selon les coûts qu'ils lui font supporter, conformément à une logique de « bonus/malus ». Cela limitera les rotations et le recours aux contrats courts. L'assurance chômage doit également devenir plus neutre selon les différentes formes d'emploi. Calculer le salaire de référence sur l'ensemble de la période calendaire et non plus sur les seuls jours travaillés serait un premier pas. Il ne serait ainsi plus possible d'enchaîner indéfiniment de courts épisodes d'emploi et d'inactivité pour un revenu proche d'une activité continue à temps plein.

Pour en savoir plus

−       Redresser la croissance potentielle de la France, Patrick Artus, Cecilia García-Peñalosa et Pierre Mohnen, Note du CAE, n° 16, septembre 2014.

−       Réduire les inégalités de salaires entre femmes et hommes, Antoine Bozio, Brigitte Dormont et Cecilia García-Peñalosa, Note du CAE, n° 17, octobre 2014.

−       Améliorer l'assurance chômage pour limiter l'instabilité de l'emploi, Pierre Cahuc et Corinne Prost, Note du CAE, n° 24, septembre 2015.

−       L'emploi des seniors : un choix à éclairer et à personnaliser, Pierre Cahuc, Jean-Olivier Hairault et Corinne Prost, Note du CAE, n° 32, mai 2016.

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Commentaires
a écrit le 15/03/2017 à 11:46 :
Je cite " Il faut dire que le système d'assurance chômage n'incite pas forcément les entreprises à embaucher sur des périodes longues."
-> Le monde à l'envers! Ce sont les entreprises qui font les choix.C'est le système d'assurance qui compense. Indexons plutôt le taux de cotisations en fonction du nombre de seniors au chômage. Oui, faisons payer les entreprises car ce sont elles qui dysfonctionnent et doivent payer pour cela ; le risque assurantiel est de facto porté par les entreprises! ce type d'incitations a du bon !

Sur l'emploi des seniors, le diagnostic est inexact (il n'y a qu'a rencontrer des seniors au chômage de longue durée pour comprendre).
-> Les gens à 50 ans ont encore envie de bosser et sont d'accord pour se former. Ils sont tout simplement discriminés.
->La formation n'est pas la panacée. Prenons le marché des cadres seniors. Quand les employeur voient leur CV, ils ont peur devant le trop plein de compétences par rapport au poste à pourvoir même si ceux-ci acceptent de baisser leurs prétentions ! Ce n'est donc pas une problématique de formation. C'est une problématique de croyances erronées de la part des entrepreneurs et de choix de recrutement (là il y a matière à écrire tant les pratiques actuelles sont choquantes avec des question du genre : comment gérez vous vos enfants pour l'école ...) .
->Pour les cadres disposant d'une expertise, le marché du conseil indépendant, un débouché naturel au Etats Unis, est quasi inexistant au niveau des PME; celles-ci n’achetant pas ce type de prestations. Les pratiques des grands groupes étant de regrouper leurs achats de prestations intellectuelles avec les "gros" référencés, il n'y a que très peu de débouchés pour cette population.
Je cite à nouveau : " les compétences des jeunes et des adultes se révèlent insuffisantes. Ces éléments constituent un signal d'alerte pour notre système de formation"
-> Ce n'est pas généralement les salariés qui refusent de se former. Ce sont les entreprises qui refusent de financer. Et après, elles vont se plaindre de ne pas trouver les compétences recherchées sur le marché (aucune réflexion systémique sur le sujet au niveau du MEDEF et des entrepreneurs en général). Concernant les jeunes, un contre exemple, le DUT/BTS, est à généraliser/massifier.

Oui pour la certification des formations et globalement pour l'analyse sur ce thème !
Oui à la responsabilisation des entreprise sur les contrats courts (du pur effet d'aubaine, il fait donc taxer lourdement ces contrats )
a écrit le 15/03/2017 à 8:25 :
Il faut saluer l'effort du CAE pour développer l'information pour ses publications. La note essentielle est pour moi la numéro 6 qui fait intervenir la notion d'énergie. L'énergie est à la base de toute notre économie. C'est une notion essentielle. Il faut insister sur cette note n°6 et militer pour son application immédiate.
a écrit le 14/03/2017 à 14:43 :
Alors vous on voit bien que c'est Macron votre chouchou on croirait lire son programme.

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