L'identité régionale, condition de succès de la régionalisation

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Mario d'Angelo
Mario d'Angelo (Crédits : DR)
Au-delà du discours sur l'efficacité des grandes régions, les nouvelles structures doivent pouvoir affirmer leur identité. C'est essentiel pour leur avenir. Par Mario d'Angelo, directeur scientifique du MS Mecic-Paris (mastère spécialisé en Management des entreprises culturelles et industries créatives), groupe ESC Dijon-Bourgogne

En Europe, beaucoup de pays se sont engagés dans des processus de régionalisation, c'est-à-dire de délégation de compétences de leur État central vers un niveau intermédiaire entre lui et le local, délégation assortie d'une certaine autonomie fiscale.

La régionalisation poursuit en fait deux buts distincts mais pouvant converger.

Le premier but vise à améliorer la gestion publique de problèmes qui ont une dimension spatiale (transports, aménagement, équipements, etc.) ou de mutualisation par un effet de taille (santé, aide sociale, etc.).

Le second but vise, quant à lui, à répondre aux aspirations régionalistes qui se réfèrent à des entités historiques ayant donné lieu à des spécificités culturelles (langue régionale, traditions, etc.).

C'est ce second but qui présente des risques de dislocation de l'État-nation car pouvoir régional et identité culturelle peuvent se renforcer l'un l'autre dans une spirale d'autonomisation comme l'illustrent les exemples bien connus de la Catalogne ou de l'Écosse.

Combiner l'histoire et la géographie

Plusieurs pays, dont la France, ont régionalisé en combinant les deux dimensions, géographique et historique. D'un côté, ont été forgées de toute pièce des régions "géographiques" comme en Italie les Abruzzes, le Bade-Wurtemberg en Allemagne, le Centre ou Midi-Pyrénées en France. De l'autre, ont été préservées des entités historiques : la Bavière en Allemagne, la Frise aux Pays-Bas, la Basse-Silésie en Pologne, l'Aquitaine ou la Picardie en France etc. Dans certains cas a été pratiquée une « régionalisation asymétrique » conférant un statut spécial d'autonomie à des régions historiques : trois en Espagne, cinq en Italie, trois au Royaume-Uni, mais aussi la Corse en France.

Jeune trentenaire, la collectivité territoriale régionale française est restée un maillon faible dans le millefeuille administratif, tant par sa capacité réelle d'action avec des compétences partagées que par ses capacités budgétaires (12,3% des budgets totaux des collectivités territoriales en 2013).

Cohérence stratégique

Pourtant, le fait régional a pris une place incontestable dans la représentation positive qu'ont les Français de la diversité de l'Hexagone. Il est également devenu synonyme de modernisation tout en étant plus apprécié des citadins que des ruraux restés plus proches du département.

L'Acte III de la décentralisation privilégie un discours d'efficacité et de rationalité partant du postulat : « région plus grande égale région plus forte ». Mais le ciseau de la réforme ne l'a pas appliqué systématiquement : Bretagne et Corse, par exemple, ont été soigneusement préservées. La réunification de la Normandie, région historique s'il en est, résulte d'un processus interne à la classe politique normande pour mettre un terme à un découpage depuis longtemps décrié.

La Lorraine, aux prises avec une difficile reconversion de ses territoires anciennement industrialisés et face à un relatif déclin, pourra-t-elle trouver une réponse salvatrice dans un « Grand Est » hétéroclite, alors même que des Sarre, Wallonie et autres Rhénanie-Palatinat jouent de la consubstantialité de leur identité, de leur pouvoir régional et de leur capacité stratégique pour se construire des avenirs prometteurs ?

Une identité alsacienne

Reste le paradoxe alsacien. L'échec du référendum régional de 2013 puis l'insertion dans ce même « Grand Est » disparate semblent clore l'existence de cette région. Mais qui peut nier l'identité alsacienne, voire le lien entre cette réalité et le dynamisme de l'Alsace ?

L'identité régionale n'est pas un argument contraire à la rationalité fondée sur la taille (superficie et population). Elle unit une région capable de se projeter dans le futur autour d'une image stimulante. Elle naît d'un sentiment d'appartenance mais se forge dans les oppositions qui exigent de la région d'être combative. Elle signe une capacité de cohérence stratégique.

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L'AUTEUR:

Mario d'Angelo est directeur scientifique du MS MECIC-Paris (Management des Entreprises Culturelles et Industries Créatives), Groupe ESC Dijon-Bourgogne

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Commentaires
a écrit le 10/12/2015 à 21:49 :
Ne confondons pas les Länder et nos régions folkloriques. Depuis Philippe Auguste , nos deux pays cousins issus de l'empire carolingien décentralisé ont pris des chemins radicalement différents, et du côté français cela s'est amplifié après Philippe Auguste avec les Bourbons, puis la révolution et l'empire, puis les républiques impaires très centralisatrices. On peut décentraliser l'opérationnel non régalien mais on ne doit pas décentraliser ce qui fait la France : la régulation elle-même et notamment la régulation sociale.

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