La France à la reconquête de ses ports

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Le port de Marseille
Le port de Marseille (Crédits : DR)
Les ports français ont-ils encore un avenir? Oui, sous certaines conditions. Par David Heinry, associé, groupe Alter&Go

Le souvenir du recul des années 90-2000 reste encore ancré à l'image offerte par les ports français. Ceux-ci avaient lâché plus de 40% de leurs parts de marché sur le trafic européen. Marseille-Fos et Le Havre, jadis leaders, y ont reculé aux quatrième et huitième rangs sur le Vieux continent. La mise en place de la réforme de 2008 qui a transformé nos « Ports autonomes » en « Grands Ports Maritimes », et ouvert l'exploitation des sites au secteur privé, a été plombée par la lourdeur de la structure publique toujours aux commandes. Et les ports français ont trop longtemps pâti de la méfiance des armateurs internationaux face à la menace de mouvements sociaux soudains.

 Dynamique de reconquête

Mais c'était hier. Le futur des ports français se construit désormais sur un registre différent, plus positif. Dans une dynamique de reconquête qui suscite un élan et incite à un rapport novateur avec les territoires. Jusqu'à un nouvel âge d'or ? Les atouts en tout cas ne manquent pas. Nos trois façades sur les mers et les océans (Manche, Atlantique, Méditerranée) ne cessent de nous rappeler, même si l'inconscient collectif semble l'avoir oublié, que la France est une nation maritime. Le temps est venu de se replacer avec force et conviction dans cette perspective. Le transport maritime global est en croissance ; il a encore progressé de 2,5% en 2015 (*). Le trafic mondial de conteneurs, minerais et vracs a, de son côté, bondi de plus de 30% ces dernières années. L'industrie de la croisière, bien implantée dans notre pays, ne cesse de croître (comme au niveau mondial d'ailleurs) : elle a représenté un marché de 1,2 milliard d'euros en 2015 et offre une croissance à deux chiffres chaque année.

 Le symbole de la tour CMA-CGM

Et puis il existe des symboles, comme la tour CMA-CGM, immeuble de trente-trois étages qui surplombe la zone Euro méditerranée et incarne toute la puissance maritime de Marseille-Fos. Troisième armateur mondial sur le marché du conteneur, la CMA-CGM n'a cessé depuis les années 2000 de nouer des accords ou prendre des participations auprès de partenaires chinois, indiens, américains. Et l'agglomération marseillaise revit, à travers entre autres l'aménagement des docks ou de l'espace commercial des Terrasses du port. Un lien de cause à effet.

L'opportunité économique n'est pas la seule raison d'envisager l'avenir des ports français avec optimisme. Le port est, de loin, l'infrastructure de transport qui déclenche le plus d'affect au sein des populations. Il doit donc, dans ses schémas de modernisation, intégrer les mutations sociales et environnementales de proximité. Le port de demain redeviendra un élément phare de la vie de la cité, s'y intégrant pleinement, espace de vie autant industriel ou commercial. La transition vers un nouveau rapport aux territoires est entamée. Il suffit d'observer, partout, le nouveau regard des riverains sur les questions relatives à l'eau et à l'environnement, que ce soit en terme de loisirs ou de préservation du cadre de vie, et la tendance forte à une réappropriation de l'espace maritime et fluvial par les villes et leurs habitants.

 Dans ce contexte, les enjeux de concertation très en amont des projets d'aménagement sont clé. Ils sont les plus efficaces afin d'amortir la forte charge émotionnelle dont sont toujours porteurs les grands projets structurants. Des exemples existent de concertations au long cours déjà réussies dans le domaine de l'aménagement des ports et de leur fusion au cœur de la vie locale. Au sein d'HAROPA Ports-de-Paris, la mise en place sur le long terme d'une structure d'écoute du territoire à l'agence de Bonneuil-sur-Marne est un franc succès et met en avant un savoir-faire. D'autant qu'elle avait été pensée à « titre préventif », sans enjeu précis d'aménagement a priori, sans besoin d'accompagner les modalités classiques et réglementaires de concertation publique. De la vision globale qu'ont pu exprimer tous les acteurs, elle a permis d'installer une confiance en local, à la population de « vivre le port » et de participer activement à la définition du schéma d'aménagement et de développement durable, puis la conception d'une Maison du Port, bâtiment ouvert sur l'extérieur ayant vocation à accueillir les associations et écoles locales, et enfin à s'investir dans l'organisation du Centenaire du port de Bonneuil-sur-Marne qui se tient en septembre 2016.

 Concertation novatrice

Autre illustration, la démarche de concertation continue lancée depuis 5 ans sur les Bassins Ouest du Grand Port Maritime de Marseille (Zone Industrialo-Portuaire de Fos-sur-Mer) a permis de réinstaller de la sérénité autour des projets d'aménagement de friches industrielles, et d'entraîner la naissance et l'entretien d'un dialogue productif entre les acteurs locaux, dont certains jadis avaient été trop souvent peu considérés et cantonnés à un rôle d'opposition. Cette concertation novatrice, qui a trouvé son rythme et ses résultats (plusieurs projets ont vu le jour), aura permis de changer les perceptions et les modes conflictuels, durablement nous l'espérons, pour peu que la méthode et l'humain restent au cœur de l'action des uns et des autres pour changer et faire évoluer positivement ce territoire.

Les enjeux sont évidents. Les parties prenantes locales auront un pouvoir déterminant dans la mutation de nos ports. Le chemin de la concertation au long cours est tracé afin que le développement des ports français soit mieux compris et tienne plus compte des acteurs de son écosystème. Pour un nouvel âge d'or maritime.

 (*) Source : Conférence Commerce et développement des Nations Unies.

 David Heinry

Associé, groupe Alter&Go

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