La Suisse et ses problèmes de riches

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Michel Santi.
Michel Santi. (Crédits : DR)
La banque centrale suisse est l'heureuse détentrice d'une masse de placements à l'étranger dont les profits engrangés en 2016 ont produit 25 milliards de francs suisses, soit 3.000 francs suisses par habitant ! Mais à qui appartient en réalité cet argent ? Et que devrait en faire la BNS? Par Michel Santi (*).

La banque centrale suisse - Banque Nationale Suisse ou BNS - dispose de réserves qui se montent à quelques 750 milliards de dollars, supérieures au P.I.B. du pays qui est de l'ordre de 660 milliards. Cette somme phénoménale est surtout investie sur les marchés boursiers et obligataires. La banque centrale investit en effet partout où elle le peut, hors de Suisse, avec de l'argent créé du néant et dans le seul but - légitime - de peser sur une monnaie prisée du monde entier.

De fait, elle est l'heureuse détentrice de toute une masse de placements à l'étranger, comme par exemple d'actions Apple pour la somme invraisemblable de 2,7 milliards de dollars. C'est ainsi que ses profits engrangés en 2016 ont produit 25 milliards de francs suisses, soit 3.000 francs suisses par habitant! Mais à qui appartient en réalité cet argent ? Et que devrait en faire la BNS?

Certes, les résultats de cette banque centrale sont-ils volatils car ils dépendent principalement de l'évolution des cours du franc suisse vis-à-vis du dollar et de l'euro. D'où l'impérieuse nécessité pour elle de se ménager des réserves adéquates en cas de fluctuations défavorables de sa monnaie. Un fonds souverain suisse ne serait-il pourtant pas légitime, qui investirait - pour le plus grand avantage des citoyens du pays - dans les infrastructures, dans les PME, qui financerait de jeunes startups ? Après tout, la Norvège et Singapour sont également à la tête de fonds souverains dont les profits bénéficient à l'ensemble de leurs citoyens.

Le risque d'un résultat inverse à celui recherché

Mais voilà : investir - pour la Banque Nationale Suisse dans son pays et donc en franc suisse - reviendrait à neutraliser fondamentalement sa politique et ses efforts déterminés visant à affaiblir sa monnaie convoitée par le reste du monde. Le résultat obtenu en faisant bénéficier d'une partie de ses réserves l'économie de son propre pays serait à l'inverse de celui pour lequel elle se bat depuis plusieurs années puisqu'il contribuerait à renforcer le franc suisse, faute de munitions pour le faire baisser en investissant à l'étranger.

La Suisse, nation à la pointe sur les secteurs de l'industrie, des services et du commerce, se distingue néanmoins hélas par une monnaie qui se comporte comme une vulgaire matière première, comme l'or, puisqu'elle attire le flot des spéculateurs et des fonds vautours en périodes de crise et d'incertitude. Il faut noter aussi que les Suisses eux-mêmes n'agissent pas pour décourager une telle spéculation qui ternit quelque peu l'image du pays. Saviez-vous que la Banque nationale suisse est une des très rares banques centrales à être cotées en Bourse ? Et que son action s'est - sans raison apparente - envolée de 150% ces deux derniers mois ?

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(*) Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et Directeur Général d'Art Trading & Finance.

Il est également l'auteur de : "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience", "L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique", "Misère et opulence". Son dernier ouvrage : «Pour un capitalisme entre adultes consentants», préface de Philippe Bilger.

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Commentaires
a écrit le 25/09/2017 à 15:06 :
le taux de pauvreté des 65 ans et + est de 19% contre 4% en France (OCDE).
plus de 40 ans de faible fécondité (Banque Mondiale).
le taux d'émigration des Suisses très qualifiés ("highly educated") est de 13% contre 6% en France ("Connecting with Emigrants 2015", OCDE).
11% des Suisses sont basés à l'étranger contre 3% des Français (https://www.weforum.org/agenda/2016/03/which-countries-are-the-biggest-exporters-of-their-own-citizens/).
a écrit le 25/09/2017 à 12:38 :
Voilà une belle leçon d'économie comme on aimerait en lire plus souvent, merci.

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