Le décret de Trump sur l'indépendance énergétique révèle l'impuissance de l'Accord de Paris

 |   |  1161  mots
Bjorn Lomborg, directeur du Copenhagen Consensus Center et professeur adjoint au Copenhagen Business School.
Bjorn Lomborg, directeur du Copenhagen Consensus Center et professeur adjoint au Copenhagen Business School. (Crédits : DR)
Bien que Trump ait annulé le plan américain de réduction des émissions de carbone, les Etats-Unis restent dans le cadre de la COP21. Par Bjorn Lomborg, directeur du Copenhagen Consensus Center et professeur adjoint au Copenhagen Business School.

En annulant les réglementations mises en place par Barack Obama sur les centrales électriques, le décret de Donald Trump supprime les mesures américaines pour réduire les émissions de carbone, et révèle dans la foulée la vacuité de l'Accord de Paris sur le climat.

Les données scientifiques sont sans équivoque : le changement climatique est une réalité, et il est principalement causé par les activités humaines. Obama a engagé l'Amérique à une réduction massive de ses émissions de carbone.

Selon l'Agence internationale de l'énergie atomique, les États-Unis ont promis dans le cadre de l'accord de Paris de réduire leurs émissions de CO2 issues des exploitations énergétiques de 2013 à 2025 - ambitionnant le taux de réduction le plus élevé au monde.

Le problème, c'est que ces promesses n'ont jamais été réellement fondées.

Un plan insuffisant dès le départ

La mesure principale proposée par les États-Unis pour réaliser ses promesses de réduction était le Clean Power Plan, un plan qui imposait la réduction des émissions de carbone au niveau de son secteur énergétique.

Ce plan, même s'il aurait été entièrement mis en œuvre, n'aurait pu réaliser que le tiers des promesses émises par les États-Unis lors de l'Accord de Paris. Selon mes recherches évaluées par des pairs basées sur les modèles de l'ONU sur le changement climatique, même si ce plan aurait été appliqué durant tout un siècle, il n'aurait réduit l'élévation des températures qu'à un chiffre totalement dérisoire de 0.013°C à la fin de ce siècle. Sans le Clean Power Plan, les États-Unis verront probablement une légère augmentation de leurs émissions.

L'accord de Paris, un tigre de papier

Et malgré l'annulation des mesures avec lesquelles ils comptaient réaliser leurs promesses, les États-Unis resteront partie prenante de l'Accord de Paris, qui a été vendu au monde entier comme l'entente ultime pour résoudre le changement climatique. L'absurdité de cette situation nous montre que cet accord n'est rien d'autre qu'un tigre en papier : le fondement juridique sur lequel il repose consiste à obtenir des promesses de tous les pays — sans que celles-ci constituent une obligation pour ces derniers.

En réalité, cette action de Trump ne fait que mettre au grand jour ce que l'on sait depuis longtemps : l'Accord de Paris n'est pas la voie pour résoudre le réchauffement climatique.

Objectif irréaliste et surmédiatisé

Et même si tous les nations réalisent leurs promesses — incluant les promesses d'Obama — cela ne nous rapprocherait pas de l'objectif irréaliste et surmédiatisé de cet accord de limiter le réchauffement planétaire à 1.5°C.

Selon les estimations de l'ONU, même si tous les pays réalisaient chacune de leurs promesses entre 2016 et 2030, cela n'engendrerait qu'un centième de la réduction de carbone nécessaire pour limiter les températures à 2°C.

Les résultats de mes analyses, qui rejoignent ceux des chercheurs du MIT, montrent qu'une extension de l'application de ces promesses sur une période supplémentaire de 70 ans, ne réduirait l'élévation des températures que de 0.17°C en 2100.

Par ailleurs, l'adhésion d'un grand nombre de pays pauvres à cet accord a été motivé par la promesse "d'une aide climatique" par les pays riches de 100 milliards de dollars par an, à partir de 2020. Durant ces cinq dernières années, les pays riches n'ont pratiquement tenu qu'1/10 de leurs promesses d'aide sur un an.

Et il ne se passera pas beaucoup de temps avant que les contribuables des pays riches ne rejettent la facture qui les attend. Ce qui amènera beaucoup de pays en voie de développement à se désister de tous le processus.

Cette approche climatique ne fait que reprendre des politiques qui ont échoué et nous ont fait perdre plusieurs années : depuis 1998, le Protocole de Kyoto a été brandi comme la solution face au changement climatique, bien que toutes les estimations objectives aient démontré que son impact serait infime. Et malgré cela, beaucoup de gouvernements, d'ONG et de groupes de pression s'attachent encore à maintenir les principes de ce protocole au lieu de chercher des solutions réellement efficaces sur le changement climatique.

Des technologies inefficientes

A moins que nous ne changions réellement de cap, adosser cette préoccupation à un accord aussi impuissant que celui Paris nous fera encore perdre des dizaines d'années.

Le problème sous-jacent de cet accord réside dans le fait que les technologies actuelles du solaire et de l'éolien sont inefficientes. Leur exploitation nécessite des centaines de milliards de subventions chaque année, n'apportant au final qu'une réduction minime des émissions de carbone. De fait, cette tentative de réduire significativement les émissions ne se consiste pas uniquement à amadouer les pays pauvres en les achetant, elle coûte également très chère.

Selon des estimations basées sur les meilleurs modèles économiques évalués par des pairs, la facture mondiale des promesses de Paris — résultant notamment de la baisse de croissance du PIB du fait de l'augmentation des coûts énergétiques — atteindra un à deux milles milliards de dollars par an d'ici 2030.

Toujours selon des études, si les américains avaient entériné des politiques de réduction de carbone pour réaliser leurs grandes promesses, cela amputerait le PIB du pays de plus de 150 milliards de dollars par an durant tout ce siècle.

Au lieu de nous acharner dans ce sens, nous devons concentrer nos efforts sur la réduction des prix de l'énergie verte en-dessous de ceux des énergies fossiles. Cela apporterait une réponse plus efficiente au changement climatique et accélèrerait la diminution de l'élévation des températures.

Un panel de Prix Nobel a démontré à travers le projet Copenhagen Consensus on Climate que la meilleure politique climatique à long terme devrait se concentrer sur une augmentation significative de la recherche et du développement dans le secteur de l'énergie. Fort heureusement, la coalition pour l'énergie propre menée par Bill Gates a progressé en s'engageant à doubler ses fonds pour atteindre 30 milliards de dollars. Cela étant, nos chercheurs ont montré que nous devons être plus ambitieux et multiplier ce chiffre par six, pour atteindre au minimum 100 milliards de dollars par an.

Trump prône pour une augmentation massive des dépenses dans les infrastructures. Dans la mesure où il a proposé des coupes budgétaires au niveau des institutions dédiées à l'énergie propre, nous espérons que plus de fonds seront investis dans la R&D sur l'énergie.

Les données scientifiques ne peuvent être ignorées : le réchauffement climatique est un défi qui mérite une réponse. Cela étant, courir après un accord basé sur des promesses creuses n'apporte aucune réponse à ce problème.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 22/05/2017 à 17:45 :
Beaucoup de fautes d'orthographe, et de grammaire.

Point de vue intéressant cela dit. L'accord de Paris était une belle performance, mais nous entrons dans un cycle de repli où les habitants des pays soit-disant "riches", se sentent déclassés et plus du tout "riches". Ce financement des pays riches ne fera pas long feu, si les pays du sud ne se développent économiquement pas suffisamment pour devenir autonomes sur le développement de leur production d'énergie d'ici 2025-2030 maximum.
a écrit le 22/05/2017 à 16:38 :
Un article politiquement (écologiquement) pas correct mais qui a le mérite de ressituer les choses loin des gesticulations médiatiques des associations écologistes qui sont marinales et s'agitent sur les 1.5 ou 2 ° de réchauffement loin aussi des "bon sauvages" que l'on ressort tous les ans au momoent de la COP! Il faudrait plutôt s'interroger sur le coût des mesures prises pour contrer le réchauffement rapporté à leur efficacité et à qui profite ces mesures qui jusqu'à maintenant contribuent plus à alimenter les cercles de discussion qu'à faire diminuer le CO2!
a écrit le 22/05/2017 à 12:28 :
Pas tres logique cet article: l auteur critique le solaire et autre en disant qu ils coutent trop cher et doivent etre subventionne pour finir en ecrivant qu il faut subventionner ...la R&D dans ces memes energies ....
S il y a une demande pour le renouvelable, un cercle vertueux se met en place qui implique investissement pour developper des meilleurs produits (aka R&D) et baisse des prix par production en grande serie

Sinon si on veut vraiment baisser les emissions de CO2, il faut commencer par arreter le lapinisme. car meme si chaque terrien consomme 20 % de moins (tres ambitieux) c est completement annule si la population totale explose (4 millars dans les annes 70, 7 aujourd hui, 10 en 2050)
a écrit le 22/05/2017 à 12:07 :
La phrase clé est citée:
"Le problème sous-jacent de cet accord réside dans le fait que les technologies actuelles du solaire et de l'éolien sont inefficientes. Leur exploitation nécessite des centaines de milliards de subventions chaque année, n'apportant au final qu'une réduction minime des émissions de carbone".

C'est tout simple: quand ce n'est pas rentable, donc on ne fait pas

Cordialement

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :