Le nucléaire, solution pour la lutte contre le changement climatique ?

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Les bénéfices du nucléaire s'agissant du changement climatique sont trop peu souvent soulignés. De fait, les émissions de CO2 sont très faibles. Voire quasi nulles si l'on ne prend en compte que la production d'électricité. Par Nicolas Mazzucchi, géoéconomiste, docteur en géographie, chercheur-associé à l'IRIS

Lorsque l'on s'intéresse à la question du nucléaire, les problématiques environnementales surgissent immédiatement. Avant même de mentionner la technologie, la compétitivité économique ou les aspects régaliens de l'énergie atomique, l'environnement est la première question qui apparait quand est prononcé le mot « nucléaire ». Les détracteurs de l'énergie atomique pointent invariablement la gestion des déchets issus de la production électrique, signe pour eux du danger structurel lié à la fission de l'atome sur un plan énergétique. Par contre, peu de voix s'élèvent pour s'interroger sur les bénéfices éventuels que peut apporter le nucléaire dans l'optique de la lutte contre le changement climatique. Le sujet pourrait presque apparaitre tabou. Heureusement la COP 21 qui se tient cette année à Paris offre l'opportunité de s'y intéresser en profondeur.

Une solution pertinente?

Il appartient ainsi de poser un regard dépassionné et critique sur la question des émissions de gaz à effet de serre dans le secteur de l'énergie pour comprendre si, oui ou non, le nucléaire est une solution pertinente pour équilibrer la délicate balance énergétique des pays qui regroupe accès à l'énergie, sécurité énergétique et lutte contre le changement climatique. Des études ont ainsi été menées sur la question des émissions de gaz à effet de serre - majoritairement de CO2 dans ce cas - du secteur électrique.

La plupart des travaux s'intéressent à l'ensemble du cycle de vie des installations de production d'électricité nucléaire, prenant en compte la totalité de la chaine de valeur allant de l'extraction d'uranium au retraitement des déchets en passant par la construction et l'opération des centrales. Le rapport The Role of Nuclear Energy in a Low Carbon Energy Future de l'OCDE paru en 2012, synthétise les résultats de nombreux travaux scientifiques pour aboutir à la conclusion suivante : le nucléaire est, en moyenne, une énergie particulièrement peu émettrice de CO2. Alors que le charbon, première source d'énergie de l'OCDE et, de fait, de nombreux pays européens, émet en moyenne 888 tonnes de CO2 par GWh produit et le gaz naturel 499 t/GWh, le nucléaire s'établit à 29 t/GWh soit à peu près l'équivalent des énergies les moins émettrices, l'hydraulique et l'éolien (env. 26 t/GWh).

Les émissions en amont du process

Néanmoins la production d'électricité elle-même n'émet quasiment pas de CO2 puisque la quasi-totalité des émissions est due à l'amont du cycle (extraction de l'uranium) et à la construction des installations. Cela signifie donc pour notre pays qu'il est particulièrement vertueux, au niveau de son secteur électrique dans l'optique de la lutte contre le changement climatique. En effet si l'on s'intéresse aux émissions de CO2 de la France, tous secteurs confondus, celles-ci s'établissent à 370 000 kt en 2014 (données EDGAR ; Commission européenne) à comparer avec les 840 000 de l'Allemagne, les 5 300 000 des Etats-Unis et les plus de 10 millions de la Chine. Au niveau des émissions par habitant, la France atteint les 5,7 tonnes, à comparer là aussi avec les 10,2 tonnes pour l'Allemagne, 8,5 tonnes pour la Pologne, 7,5 tonnes pour le Royaume-Uni ou 6,4 tonnes pour l'Italie. En comparant la France aux autres grands pays européens, par l'économie ou la population, il apparait que notre pays est bien plus sobre en carbone que ses voisins.

Augmenter la part du nucléaire?

Cette sobriété, comparativement au niveau de développement et d'industrialisation de notre pays, est avant tout due à la faiblesse des émissions du secteur de l'énergie. En effet l'électricité produite en France est très majoritairement - environ aux trois quarts - issue du nucléaire. Les choix politiques opérés dans les années 70 à la suite du premier choc pétrolier, ont eu non seulement un effet majeur sur les approvisionnements énergétiques français ainsi que sur le développement d'une filière d'excellence mais aussi un impact non-négligeable sur la lutte contre le changement climatique.
Le nucléaire est ainsi une énergie particulièrement importante au regard des objectifs climatiques fixés par le GIEC.

De nombreux rapports - le scénario 450 de l'Agence Internationale de l'Energie par exemple - pointent ainsi la nécessité d'augmenter résolument la part du nucléaire dans le mix énergétique mondial, laquelle n'est pour le moment que de 6% environ. Le nucléaire possède l'avantage de permettre de disposer d'une puissance installée importante pour chaque réacteur, tout en émettant peu de gaz à effet de serre. Toutefois c'est une énergie qui nécessite une maitrise technologique certaine et une attention toute particulière aux aspects de sureté et de sécurité. Là encore notre pays, en tant que leader technologique, dispose d'atouts indéniables pour envisager un futur sobre en carbone, pour la France et le monde.

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a écrit le 01/12/2015 à 19:14 :
Stéphane LHOMME, auto proclamé président de l'Observatoire du Nucléaire, est le seul membre actif de ce pseudo organisme. Son obsession antinucléaire finit toujours par chercher à discréditer les auteurs plus ou moins favorables à l'énergie nucléaire. Seul dans son observatoire nucléaire, lui a le niveau......
a écrit le 06/11/2015 à 21:54 :
Excellent article, rare dans l'avalanche d'articles pratiquant le "nuclear bashing", sport de masse à la mode.
On pourrait y ajouter les argumentaires suivant :
- il existe quelques pays privilégiés sur le plan géographique, tels que la Suisse ou la Norvège, qui bénéficie d'un part hydroélectrique capable de produire de 60 à 100% de leurs besoins en électricité. Ceux-là n'ont aucun besoin du nucléaire, de plus la production d'électricité n'émet évidemment pas.
Dans l'immense majorité des autres cas, dont la France, où l'hydraulique ne peut produire plus de 10 à 15% de notre électricité, le nucléaire s'impose, pour autant que ls structures administratives et le niveau technique permettent d'en assurer la sécurité.
Pourquoi cela ?
Tout simplement parce que les énergies dites renouvelables (solaire et éolienne essentiellement) sont des énergies aléatoires, dont la production est liée à la météo. Leur intermittence ne permet pas de produire plus de 20 à 30% d'électricité, en l'absence de solution de stockage de masse : or, quoiqu'en disent certains idéologues, il n'existe pas de technologie permettant de stocker l'été ce que l'on consommera l'hiver, et on n'est pas près de développer un solution industrielle.
Dans ce contexte, il ne reste que les énergies fossiles (charbon, fuel, gaz) ou le nucléaire.
Les premières étant néfastes pour la planète, le nucléaire s'impose donc comme le seul choix possible du point de vue technique et environnemental.
De plus il est actuellement le choix le plus performant sur le plan économique, il assure l'indépendance énergétique de la France et grâce aux exportations il est favorable à la balance des paiements.
a écrit le 06/11/2015 à 8:16 :
L'énergie nucléaire a un gros inconvénient, c'est de fournir une énergie bon marché qui engendre du chomage. Il faut faire participer l'énergie nucléaire au financement du chomage.
a écrit le 05/11/2015 à 16:09 :
Cet article n'a aucun sens, il semble rédiger à la va-vite, surtout pour une analyse en profondeur (2 paragraphes...). Il souligne que c'est bien la filière amont du nucléaire qui est fortement génératrice de CO2, pour mieux l'ignorer ensuite. Quelle est donc la morale ? Cela se passe dans des pays tiers donc on s'en fout ? Et on décrète que c'est une énergie propre car la partie production génère peu de CO2. Magique. Mais désolé, ça ne marche pas comme ça : il faut prendre la filière dans son ensemble, car sans uranium, la centrale ne produira rien, elle est donc dépendante de son approvisionnement.

Par ailleurs, en restant uniquement sur les considérations de génération de CO2, qui est l'axe de l'article, il aurait fallu également noter le coût pour la construction des centrales (faire du béton, ça génère du CO2, et pour faire une centrale, il en faut un paquet. Surtout comme dans le cadre de l'EPR il faut recommencer...)
Ensuite, il faudrait s'interroger sur le coût en CO2 de la déconstruction d'une centrale. Là encore, je ne suis pas convaincu que le bilan soit si formidable que cela. (Et on va bien rire quand il faudra déconstruire nos vieilles centrales. les factures vont grimper...).
a écrit le 05/11/2015 à 15:34 :
Ne pas émettre de CO2 en produisant de l'électricité est une chose.
Polluer autant que l'industrie nucléaire - c'est-à-dire de manière démesurée pour quelques 10aines d'années d'électricité - est inadmissible.
Il n'y a pas besoin d'importer l'uranium, minerais devenu le plus précieux, de construire ces dangereuses bouilloires démesurées, de cacher sous le tapis les dangereux déchets pour des 10aines de milliers d'années et ce pour des milliards d'euros, et enfin d'accumuler du plutonium dont on ne sait que faire, tout ça pour produire du courant électrique.
Les pronucléaires semblent être sourds et aveugles devant la réalité, et surtout ils oublient que l'électricité n'a rien à voir avec le nucléaire!
a écrit le 05/11/2015 à 11:10 :
Eh bien, le niveau est de plus en plus faible à l'IRIS.
Il suffit de consulter la publication annuelle de l'Agence internationale de l'énergie, Key World Energy Statistics, pour voir que la part du nucléaire dans l'énergie primaire mondiale n'est pas de 6% mais de 4,5%.
C'est en 2007 qu'elle était de 6%, et d'ailleurs de 7% en 2003. Verdict : une baisse rapide, continue, et irréversible.
Et si on ne regarde que la seule électricité, la part du nucléaire s'est effondrée de 17,1% en 2001 à 9,5% à ce jour.
Ce processus va encore accélérer avec les innombrables fermetures de vieux réacteurs (par exe, 5 en quelques mois aux USA) que les rares nouveaux projets seront très loin de compenser.
Alors, si M Mazzuchi veut vraiment "sauver la planète", ce ne sera pas avec le nucléaire.
Allez, au boulot !
Réponse de le 05/11/2015 à 12:07 :
observatoire avec un prisme déformant , juste pour ne pas voir ce qui n'est pas conforme à la doxa des khmers verts .
la Chine va construire environ 90 nouvelles centrales nucléaires dans les toutes prochaines années , d'autres grands pays en développement vont aussi choisir cette technologie pour assurer une production électrique de masse décarbonée ,.
les énergies alternatives à peu près propres (faible émission de CO2 en cycle de vie complet des installations) , éolien,hydraulique ,géothermique , solaire , resteront des solutions d'appoint , à la foi onéreuses et capacitairement inadaptées à des bassins de consommation de masse .
L'Allemagne qui veut supprimer le nucléaire est obligée de construire des centrales thermiques avec force émission de CO2 et autres pollutions aériennes que les vents nous font partager , et équilibre ses besoins d'électricité en important ... de l'électricité nucléaire .
C'est dans l'air du temps , le ridicule ne tue plus .
a écrit le 05/11/2015 à 10:24 :
Les chinois ont déjà répondu à cette question en continuant, à marche forcée, la construction de centrales. Le nucléaire est un atout pour la France, tout comme son industrie du luxe, et l'agriculture. En France, semble-t-il, on se complait à casser ce qui marche, incapables de trouver les petits milliards (5% de notre déficit?) qui permettrait à Areva, en passe d'être dépecée, de repartir du bon pied après quelques erreurs stratégiques, et surtout Fukushima. Je note que les chinois ont obtenu la construction d'une centrale basée sur leur propre technologie au RU.
a écrit le 05/11/2015 à 9:24 :
Wise Paris et ses clients - Greenpeace, Sortirdunucléaire..... - comme la semaine dernière à l'occasion de la diffusion de leur dernière "étude" sur La Tribune et ailleurs, ils vont nous expliquer donc, que finalement le nucléaire émet autant de CO2, qu'au total la France émet beaucoup de CO2 quand même, c'est vrai, pourquoi nos centrales n'empêchent pas nos véhicules à pétrole de continuer à émetttre (!)...... Bref, à force de tordre le cou aux chiffres, à mettre de côté les arguments qui dérangent, et à noyer les bénéfices du nucléaires dans le reste, tout bien réflêchi, le nucléaire émet du CO2. Et que si par hasard, il n'en émettait que peu, ça ne serait pas une contribution possible, parce que c'est trop cher, qu'il n'y a pas assez d'uranium, qu'il faudrait trop de centrales et que de toute façon, hors mis les renouvelables, rien n'est envisageable
a écrit le 05/11/2015 à 7:47 :
Bonjour.
L'étude prend elle en compte la catastrophe de Fukushima et de Tchernobyl, car alors dans ces deux cas les couts carbones explosent me semble t il. la gestion de l après aussi est aussi ignorée, il faut beaucoup d énergie pour faire en sorte de pourrir la planète sur des millions d année... La courte vue du CO2 nous entrainent dans un mur que les nucléaristes se dépêchent de récupérer. Il existe des solutions mais aucune ne sont propre. Sinon en cas de cataclysme en France et l’arrêt de toutes les centrales on fait comment on revient a la bougie???
Réponse de le 05/11/2015 à 11:20 :
"L'étude prend elle en compte la catastrophe de Fukushima et de Tchernobyl, car alors dans ces deux cas les couts carbones explosent me semble t il"
Vous avez des documents (liens) pour le montrer ?

"il faut beaucoup d énergie pour faire en sorte de pourrir la planète sur des millions d année"
La planète se porte très bien, Il n'y a que l'Homme qui est dérangé par la radioactivité : http://www.sciencesetavenir.fr/animaux/biodiversite/20151007.OBS7213/la-faune-sauvage-plus-florissante-que-jamais-a-tchernobyl.html

"Sinon en cas de cataclysme en France et l’arrêt de toutes les centrales on fait comment on revient a la bougie"
Non on les redémarre comme au Japon.
Réponse de le 05/11/2015 à 15:45 :
cher Homer

Il se trouve que je vis au Japon et que ici seule 2 réacteur ont redémarré contre l avis de la population. Il est vrai que en France nous ne sommes pas pris 2 bombes et un tsunami de 12 mètres dans la figure, le prisme de l histoire influe...Vous me dirai que en France les tsunami...mais des inondations géante existent sur nos fleuves...il suffit d une erreur...

Sinon ma remarque est que le japon a pu facilement se passer de nucléaire, car ils n'étais "que" a 30% de nuc, d ailleurs les centrales ferment définitivement plus qu 'elle ne redémarrent pour des histoires de sécurité. (cherchez vous verrez...)

Les couts de gestions des catastrophes ne sont pas comptabilisée, si on prend aussi le cout environnementale, alors, venez visitez la Japon et ses 3 cœurs qui coulent dans la mer.... Mais personne ne calcule ses couts, non, car sinon on s aprecevrais que le nuc n est vraiment pas rentable... Ou acceptez de manger les dorades de fukushima...(http://www.japoninfos.com/taux-de-radioactivite-anormal-dun-poisson-pres-de-fukushima15012014.html vous aimez les sources... mais ce n'est pas la seule)

Sinon oui la nature reprend ses droits a Tchernobyl, avec des mutations, des déformations, et toutes les caractéristique des radiations, mais ca, non, vous préférez pas le voir...
a écrit le 05/11/2015 à 7:33 :
dans le domaine les chinois tant critiqués sont en passe de nous donner la leçon ! leur développement en la matière est exemplaire

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