Le pétrole, victime de la déflation

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La chute des prix du brut n'est qu'un degré supplémentaire dans la spirale déflationniste que nous connaissons depuis des mois. par Michel Santi, économiste

L'effondrement des prix du pétrole n'a pas apporté le bonheur escompté car les fondamentaux économiques ne se sont pas améliorés. Quant à la consommation au sein des nations occidentales, sa légère progression est plus redevable à une baisse supplémentaire des indices d'inflation qu'à une augmentation digne de ce nom des salaires et des revenus. Il est certain que la stagnation de l'investissement et des exportations de ces pays aux économies "intégrées" suscite désormais bien des interrogations car la liquéfaction des prix pétroliers pouvait aurait quand même pu présager d'un redressement plus spectaculaire de leurs P.I.B. respectifs...

Le monde émergent dévisse

Au même moment, le monde émergent dévisse -voire agonise- et subit des secousses aussi violentes que durant les épisodes les plus noirs des années 2008 et 2009! Il devient donc à ce stade indispensable -au moins par honnêteté intellectuelle- de se poser la question d'entre toutes: les tarifs énergétiques se sont-ils effondrés à la suite de manipulations diaboliques de certains pays producteurs...ou simplement du fait d'une croissance globale inexistante? Dans cette dernière hypothèse, la décrue des prix pétroliers serait l'épiphénomène d'un contexte économique malsain en lieu et place d'un prélude à l'essor -voire à l'euphorie- économiques espérés. En d'autres termes, - et plus cyniquement - la souffrance des pays producteurs et exportateurs de pétrole n'est nullement contre balancée par le rétablissement des pays consommateurs.

Les banques maintiennent les sociétés pétrolières à flot... pour l'instant

Voilà pourquoi l'effondrement des prix du pétrole -parvenus à des niveaux aberrants en l'espace d'un peu plus d'une année- peut dès lors être analysé sous un angle diamétralement opposé, à savoir que cette chute est bien plus un signe de stagnation -voire de pourrissement- de nos conjonctures que de stimulateur de croissance! Du reste, Wells Fargo & Co., Citigroup Inc. et JPMorgan Chase ont d'ores et déjà dû provisionner deux milliards de dollars pour pertes massives de leurs sociétés partenaires actives sur le gaz et sur le pétrole. Le moment semble proche où ces établissements financiers -et d'autres à travers le monde- en seront réduits à opérer un choix douloureux. C'est-à-dire à trancher dans le vif: continuer à aider leurs clients à rester à flot, ou se préoccuper de leur propre survie... Véritable dilemme terriblement compliqué par l'effondrement des prix qui les contraindra à revendre à 30 $ des garanties en leur faveur consenties lorsque le prix du baril était à 100 !

Une degré supplémentaire dans la spirale déflationniste

Mon propre sentiment est donc désormais arrêté, à savoir que cette déroute des prix de l'énergie fossile est en fait un degré supplémentaire franchi dans la spirale déflationniste qui règne désormais en maîtresse absolue sur l'ensemble de la planète. A cette lueur, la récente décision de la Réserve fédérale américaine de remonter ses taux est pour le moins hasardeuse - voire inconséquente. Ayant fait illusion un temps, cette liquéfaction des prix du pétrole n'a donc pas produit les retombées bénéfiques escomptées par les économistes et dictées par la logique. Les pertes commencent seulement à se manifester dans ce qui restera certainement l'épisode le plus marquant de l'an 2016.

Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et Directeur Général d'Art Trading & Finance.

Il est également l'auteur de : "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience", "L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique" et de "Misère et opulence", préface rédigée par Romaric Godin.

Sa page Facebook et Twitter.

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Commentaires
a écrit le 26/08/2016 à 16:19 :
Sur La Tribune Christopher Dembik de Saxo Banq le 16 Juillet dernier démontrait clairement que le prix du pétrole allait rester bas longtemps.
Le même Christopher Dembik critiquait sévèrement la politique des Banques Centrales dont la BCE et montrait que cela n'avait pas d'impact sur l' Économie réelle.
Cette attitude de la BCE comme son idée de monnaie hélicoptère montre bien qu'elle ne
sait plus quoi faire. Tout cela, finalement est à porter au débit de la notion de monnaie, un "tigre de papier". Il ne saurait manquer ! Ce qui compte ce sont les structures économiques et la fiscalité.
Il est évident que le libre échangisme tous azimuts condamné par Maurice Allais est au bout du rouleau...de la dette. Rejoignant l'ancienne définition " il n'est de valeur que d'homme ", rejoignant aussi mon affirmation au journal Le Monde du 16 Avril 1984 que le progrès nous obligeait à être généreux ou il se retournait contre nous.
Exploiter les pays pauvres de façon honteuse comme on l'a fait nous a amenés au gouffre de la dette.
Ma lettre au Monde s'intitulait " Vive l'émulation, à bas la Concurrence ".
La concurrence doit diminuer : pour cela le remplacement des cotisations sociales - ou système du chacun pour soi - par la TVA et l'indexation de la masse salariale sur 50 % de la valeur ajoutée, entr'autres des 5 mesures que j'ai imaginées diminuerait l'importance de sa part de marché par augmentation de la solidarité.
Il serait temps de penser collectif !
a écrit le 02/02/2016 à 12:29 :
dans un monde normal, sans guerre et avec une monnaie saine
le petrole serait durablement plombé
le SP le suivrait avec un temps de retard
a écrit le 02/02/2016 à 12:25 :
Il y a aussi une perte massive en Chine (qui sera comme dans les banques occultée avec la complicité des BC...extend & pretend cela fait partie de leur plan de reflation):
car ils ont construit en 5ans 50ans d'habitations et on ne sait trop combien d'infrastructures avec du petrole et du cuivre (du CAT et des machines outils allemandes) payés plein pot

Ensuite sur le shale, en swing producer il y a le mexique.
A mon avis les cie attendent des opportunités politiques pour lancer le shale au mexique.
Un texan m'a dit que les gisements étaient considérables.
D'ou le but des americains à propos du Gnl afin d'avoir des debouchés en europe et ailleurs car ils en ont trop

sinon , chose surprenante et que je ne savais pas vraiment, en 1929... le cours du petrole & celui du dow sont correlés
...
la chute du petrole est peut être la première défaite des BC
On le saura si elles n'arrivent pas à le faire remonter.
A contrario peut etre la chute a t'elle été voulue pour manipuler ainsi le core CPI, avec technique de la bouiloire sur les cours de l'oil lors de la remontée. Mais a mon avis non les bc sont en train de crever
a écrit le 02/02/2016 à 11:33 :
Je n'achète pas, ce dont je n'ai pas besoin, quel en soit le prix!
a écrit le 02/02/2016 à 10:35 :
Analyse intéressante mais incomplète, la baisse du prix du pétrole pallie un peu à la baisse des salaires et donc de la capacité à consommer des ménages et donc de la croissance. Cette baisse permet à de nombreux ménages et PME de souffler un peu parce que nous sommes en situation de crise économique depuis 2008 mais qu'il ne faut surtout pas le dire, pour on ne sait quelle obscure raison d'ailleurs.

Les pays depuis 2008, depuis qu'ils ont subventionné par dizaine de milliers de milliards d'euros les établissement financiers et bancaires qui l'ont engendré et eux seuls, cette crise, sont en panne de consommation. Plutôt à l’époque de relancer l'économie et donc la consommation ils ont préféré sauver les coupables encore et toujours depuis notre économie est en panne, on continue de faire pression sur le fameux "koudutravail" alors que c'est la base de la croissance mondiale, plus vous donnez à un salarié et plus il va consommer, plus vous donnez à un actionnaire et plus il va thésaurisé sur des comptes ofshore échappant à toute redistribution des richesses et donc à la consommation.

Or cette logique économie stupide, suicidaire, continue d'être régulièrement validée par les hommes politiques et hommes d'affaires continuant de nous enfoncer un peu plus chaque jour dans cette crise économique qui se profile comme étant la pire de l'histoire de l'humanité parce que entretenue bêtement.

Oui c'est la crise et oui nos hommes d'affaires et nos politiciens sont complètement incapables de nous en sortir, bien au contraire ils continuent d'utiliser des solutions qui l'alimentent.

Je comprends que ce soit difficile à dire au sein des médias appartenant en France à 7 actionnaires mais c'est bien ce à quoi doit servir un forum, dire la vérité, à eux de l'assumer un peu, ce serait déjà un formidable début.

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