Les 4 grandes impasses du capitalisme mondial

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, les 4 grandes impasses du capitalisme mondial

 Dix ans après la crise de 2007-2008, le capitalisme contemporain n'a toujours pas retrouvé un régime stable de croissance. Je ne veux pas parler ici des stigmates persistants de la crise. Mais plutôt des problèmes irrésolus. Si la crise de 2008 pouvait faire figure de crise du régime de croissance mondialisé initié dans les années 80, force est de constater que les grandes nations du monde échouent à mettre en place un régime stabilisant.

Première impasse : l'incapacité des économies avancées à distiller les fruits de la croissance.

Chacun s'accorde sur le constat que la courbe de Phillips a fait son temps : les salaires demeurent inertes, y compris dans les pays qui se rapprochent du plein emploi. Fruit d'une concurrence interrégionale de plus en plus âpre et d'une levée des protections des salariés, d'origine réglementaire mais aussi technologique, les salaires demeurent sous pression... notamment ceux de la classe moyenne, la plus exposée à la révolution numérique.

Et dans un monde où le rapport de force pénalise structurellement les salariés, le cycle est de moins en moins produit par l'oscillation du pouvoir d'achat. La croissance se traduit instantanément en profits supplémentaires, que les marchés convertissent en surcroît de valorisation des actifs. In fine ce sont les effets de richesse qui règlent le tempo des économies. Et la croissance, dont a été extirpé le moindre souffle inflationniste, court, aujourd'hui comme hier de bulles en bulles, qui grossissent puis éclatent.... Avec des banques centrales qui oublient leur mission originelle et deviennent malgré elles, les principales instances de réglage de la croissance, et notamment les grands amortisseurs de crise quand les bulles éclatent.

Deuxième impasse : la difficulté des pays avancés à asseoir la fiscalité sur des bases stables

Les gouvernements ne parviennent pas à asseoir la fiscalité sur des bases stables et non délocalisables, que ce soit pour financer la composante socialisée de l'économie, ou pour mieux répartir les revenus.

Or les effets de richesse induisent par nature de gros biais de distribution des fruits de la croissance en faveur des détenteurs de patrimoine, et notamment des plus gros détenteurs (autrement dit sur une infime minorité la plus riche). Il suffit d'avoir en tête le fait que 1% de la population la plus riche à travers le monde détient la richesse des 99% restants. Et l'on prend la mesure du biais de distribution qu'induit ce régime de croissance que Michel Aglietta a qualifié de patrimonial en son temps. Un biais de distribution qui anémie les débouchés et qui exacerbe la concurrence par les coûts à chaque récession, et l'incitation à robotiser les process.

Troisième impasse : la tendance à la polarisation de l'emploi

On la retrouve partout dans les économies développées. Elle creuse la fracture entre une élite mobile, et un essaim de petits jobs de services. Cette fracture a cassé l'espoir de l'ascenseur social et la narration heureuse du capitalisme.

Quatrième impasse : un sentiment de perte de boussole

Nos comptables nationaux peinent de plus en plus à mesurer la croissance, confrontés à de nouveaux systèmes d'échange via les plateformes, à de nouveaux modes de tarification, à une informalité grandissante du travail. Et surtout, si l'on sait que cette grandeur fétiche de l'après-guerre n'est plus l'alpha et l'oméga du bonheur, n'émerge toujours pas un indicateur aussi fédérateur qui internaliserait les préoccupations environnementales et qualitatives de nos sociétés.

Bref, dix ans après la crise, force est de constater que peinent à éclore de nouvelles conventions qui stabiliseraient le capitalisme, et qu'à défaut d'un nouveau régime de croissance, nous demeurons  dans un régime de gestion à vue de l'après-crise.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 09/10/2017 à 9:29 :
Vous en oubliez quand même d'autres comme la concentration des richesses et donc des outils de production dans de moins en moins de mains de plus en plus puissantes et influentes or nous savons tout ce que le monopole engendre.

"Acquérir de la puissance cela se paie cher, la puissance abêtit." Nietzsche

Et ce sont ces gens qui dictent aux politiciens les politiques sociales à nous imposer, au secours.

"In fine ce sont les effets de richesse qui règlent le tempo des économies."

Richesses qui finissent irrémédiablement dans des paradis fiscaux et qui donc ne profitent en rien à la croissance mondiale et à l'épanouissement de nos sociétés.

Vous oubliez également l'innovation qui de part l'avidité qui caractérise nos possesseurs d'outils de production est en panne car les riches préférant investir dans ce qui rapporte le plus possible et le plus vite possible, exemple de la robotisation dont on nous parlait il y a 30 ans comme futur immédiat mais les actionnaires milliardaires ont préféré louer des esclaves salariaux plutôt que d'investir dans la technologie.

Maintenant que ces mêmes esclaves se déplacent à domicile ils se mettent un peu à investir dans la technologie, trente ans après.

Je reprend un magnifique courrier des lecteurs de télérama que je suis ravi de pouvoir retrouver sur le web, parfaitement adapté à votre sujet, difficile de dire de la plus belle façon qu'il est temps de tourner la page:

" Il est vieux. Encore plutôt fier, plus tellement vaillant, respecté par ceux qui l’ont toujours admiré.
Il peut regarder derrière lui et contempler son œuvre, ce qui a changé grâce à lui dans le dernier siècle.
Il a pas mal de contradicteurs, mais même eux ne peuvent que reconnaître les bénéfices de certaines de ses actions.

Seulement voilà : aujourd’hui, il est malade. Très malade.
Depuis quelques années, ses forces l’abandonnent, son combat cesse doucement. Seule une (grosse) poignée de spécialistes s’acharne à le maintenir en vie.

Tout le monde a compris, ces « médecins » le savent aussi bien que les autres : leurs efforts, en plus d’être vains, ne font que prolonger NOTRE souffrance.

Il est condamné, on ne l’oubliera pas mais on devra vivre sans lui, s’organiser autrement, se prendre en main.

Je ne suis pas un partisan à tout de prix de l’euthanasie, mais dans certains cas, celui-ci particulièrement, pourquoi tant d’acharnement thérapeutique ? Qui en profite, sinon la gloire de ceux qui le pratiquent ?

Tournons la page. Le capitalisme est mort, débranchons le tuyau. »

https://gibuss.wordpress.com/2011/02/27/pour-leuthanasie-du-capitalisme/

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