Les 5 sujets qui vont occuper banques et FinTech en 2017

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Alors que les investissements dans les FinTech s'accélèrent, 2017 s'annonce comme une année de transition pour le secteur. Par Camille Tyan, Co-fondateur et CEO de PayPlug

Nous avions été témoins en 2015 d'une activité intense pour le secteur de la Banque et de la Finance avec des acquisitions majeures comme celle de Xoom par PayPal ou le rachat de BillGuard par Prosper MarketPlace. 2016 a vu s'accélérer ces nombreux investissements : 17,8 milliards de dollars au 3eme trimestre 2016 d'après KPMG. Ces transactions sont le résultat d'une vraie prise de conscience des banques. Face à l'adhésion rapide et massive des consommateurs aux offres proposées par les entreprises de la FinTech, elles ont, cette année et peut être pour la première fois, pris toute la mesure de l'évolution des usages et des attentes de leurs clients.

 L'année qui arrive va être, sans aucun doute, une année de transition pour le secteur, poussée par de nouvelles réglementations, les innovations et les attentes des clients. Voici donc les 5 sujets qui devraient retenir l'attention des acteurs du secteur en 2017.

 1 - Un nouveau modèle de relation client, centré autour des services

Ce qui a profondément changé depuis quelques années, et qui va continuer d'occuper toutes les entreprises du secteur en 2017, c'est la relation client. Jusqu'à récemment, le seul modèle existant était centré autour d'un compte en banque et d'un conseiller qui pouvait proposer toutes sortes de produits financiers (prêt, paiement, investissement, assurance...) sans avoir de réel domaine d'expertise. Une approche souvent frustrante pour les consommateurs, sans compter que les prises de contacts se passent généralement par un rendez-vous difficilement obtenu en agence et suivi d'une complexité administrative qui fait abstraction du besoin de services demandés par l'utilisateur !

 Ce modèle est aujourd'hui en totale mutation. On peut parler de disruption de la relation bancaire qui se construit désormais via des canaux de communication digitaux. Le succès de FinTech B2C comme Revolut, Atom Bank ou Number26 est dû avant tout à l'offre de service proposée plutôt qu'à leurs produits. Système de chat, disponibilité sur des tranches horaires larges, applications mobiles et/ou tablettes, échanges 100% en ligne sont parmi les nouveaux standards de la relation client, adaptés aux nouveaux modes de vies. Les entreprises ont de leur côté les mêmes attentes : toujours plus digitales, elles souhaitent un service bancaire flexible qui les accompagne et comprenne leurs problématiques 2.0. C'est une des raisons du succès de nouvelles solutions de paiement en ligne et de transferts d'argent. Un service client à disposition, des conseillers experts dans leur domaine et des fonctionnalités qui prennent en compte les nouveaux challenges de ces entreprises, comme la fraude en ligne.

2 - De plus en plus de partenariats entre banques et FinTech

On oppose souvent FinTech et banques, pourtant elles ne sont pas si différentes. Elles adressent un même besoin mais d'après des angles différents et empruntent souvent leurs méthodes à "l'autre camp". Ainsi, des entreprises comme ING Direct ont démarré leur activité 100% sur internet puis sont finalement revenues à un modèle plus traditionnel en ouvrant des agences physiques. D'un point de vue règlementaire, les start-ups sont soumises aux mêmes exigences de la part des autorités de contrôle et des banques centrales, ce qui rassure clients et partenaires institutionnels. De leur côté, de nombreuses banques ont une vraie "stratégie FinTech" comme BPCE, BBVA ou Capital One qui ont réalisé de multiples acquisitions dans cette optique. La frontière entre FinTech et banques s'affine et elles s'inspirent désormais les unes des autres.

Si le marché parlait il y a quelque temps de concurrence féroce, l'année 2016 montre que c'est la collaboration et les partenariats qui sont à l'honneur. Au niveau mondial, les investissements dans la FinTech ont augmenté de 75% entre 2014 et 2015, passant de 9,6 à 22,3 milliards de dollars, dont 5 milliards investis notamment par les banques (rapport du cabinet de conseil Accenture) et ce, afin d'adopter plus rapidement les technologies innovantes. Si les banques permettent aux FinTech de bénéficier d'infrastructures, de relations institutionnelles et de base clients, les FinTech, en échange, apportent leur expertise digitale à travers un nouveau modèle de distribution : une stratégie gagnante pour les deux parties !

3 - Protection des données bancaires et cyberscurité

La transformation digitale du secteur bancaire, portée par les FinTech mais adoptée par tous, soulève de nouveaux challenges et un ensemble de craintes liées à la sécurité des données. Le rapport annuel de l'Observatoire de la sécurité des cartes de paiement montre que le taux de fraude sur les paiements à distance est vingt fois supérieur à celui des paiements sur terminal. Ainsi, les paiements à distance, qui ne représentent que 11,9 % de la valeur des transactions domestiques, comptent pour plus de 66,9 % du montant de la fraude. La bonne nouvelle est que ce taux est en baisse significative pour la 4ème année consécutive, notamment grâce à la mise en place du fameux 3-D Secure. Les paiements via mobile sont également à surveiller de près. A ses débuts, Apple Pay enregistrait un taux de fraude de 6%, dû à une faille dans la procédure d'authentification sur smartphone.

Pour lutter contre ces fraudes aux paiements, un certain nombre de mesures de sécurité vont devenir obligatoires, en plus de celles déjà "fortement recommandées" comme le SSL et le PCI DSS. Par exemple, Google a annoncé qu'à partir de janvier 2017, les sites n'utilisant pas le protocole HTTPS seront marqués d'une croix rouge dans la barre du navigateur pour signaler à l'internaute qu'ils sont "non-sécurisés". Il deviendra donc obligatoire d'adopter ce protocole pour plaire à Chrome, premier navigateur internet au niveau mondial. Trouver le bon équilibre entre protection des données consommateurs et innovation produit est essentiel et reste un challenge pour les entreprises du secteur, tant FinTech que banques, les unes parfois trop souples et les autres parfois trop rigides.

4 - Réglementation : vers un "Know Your Customer"  2.0

Le KYC - Know Your Customer - est l'ensemble des procédures mises en place par les institutions et acteurs du secteur financier pour détecter les risques liés à leurs clients. C'est un outil essentiel pour identifier les consommateurs ayant déjà été répertoriés ou sanctionnés pour fraude ou blanchiment d'argent ... et répondre aux obligations légales ! Ne pas être aux normes peut coûter très cher : la banque Standard a ainsi dû payer une amende de 7.6 millions de livres en 2014 pour des contrôles jugés insuffisants.

Concevoir un bon programme de KYC est essentiel pour les FinTech. Il faut trouver le bon équilibre entre maîtrise des risques et expérience utilisateur. Toutes les entreprises du secteur sont concernées mais c'est notamment un challenge de premier ordre pour les acteurs du B2B. De nouvelles méthodes commencent à voir le jour, en intégrant par exemple une brique "Social" pour accéder à de nouvelles sources de données comme Facebook ou LinkedIn, avant d'entrer en relation d'affaire.

Aujourd'hui les acteurs du marché se doivent d'innover pour trouver ces informations. Dans ce contexte, la révision de la directive sur les services de paiement en Europe (DSP2), sortie en début d'année, est une petite révolution. Elle entérine l'existence des nouveaux intermédiaires de paiement en établissant un cadre légal à leurs activités (même tendance aux Etats-Unis). En janvier 2018 cette directive deviendra loi et les banques auront l'obligation de transmettre à ces nouveaux acteurs les informations des comptes de leurs clients. D'ici là et à mesure que le secteur se digitalise, le KYC va être un sujet prioritaire pour toutes les entreprises du secteur et l'innovation une clé pour relever ce challenge.

5 - Intelligence artificielle : utiliser les données pour améliorer le métier

 L'intelligence artificielle est une vraie source de renouveau pour le secteur bancaire. Que ce soit pour améliorer le conseil aux clients en proposant des produits adaptés à leurs habitudes de consommation, analyser l'activité des comptes pour prédire un départ, ou encore qualifier un besoin grâce aux chats bots, l'AI ouvre les portes à de nombreuses applications métiers. C'est par exemple sur cette technologie que repose l'offre de société FinTech comme Bruno ou Digit, qui propose à leurs clients d'étudier leurs habitudes de dépenses et de mettre en place une épargne automatique.

 Un autre grand challenge est celui de la fraude, pour lequel le Machine Learning change la donne. Les acteurs du marché sont en pleine course à l'innovation pour proposer à leurs clients une meilleure protection contre les fraudes. C'est le cas de MasterCard qui a récemment annoncé la mise en place d'un système d'analyse des transactions sur un compte pour pouvoir automatiquement détecter toute activité anormale. Dans le paiement en ligne, émergent de nouveaux algorithmes de scoring pour lutter contre la fraude conjointement avec le 3-D Secure, pour protéger les transactions est jugées à risque par un scoring précis et basé sur différentes sources de données. Un moyen de maximiser les taux de conversion tout en protégeant les e-commerçants contre la fraude. De nombreuses innovations sont attendues sur ce domaine et l'année 2017.

https://finobuzz.com/2016/10/02/une-banque-sur-quatre-veut-acheter-une-startup-fintech/

https://www.accenture.com/fr-fr/company-news-release-fintech-investments solutions collaboratives vs. solution disruptives

https://www.accenture.com/fr-fr/company-news-release-accenture-study-fintech-europe-investments-fastest-growth

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Commentaires
a écrit le 11/01/2017 à 11:13 :
Il faudrait prendre en comptel'avénement de la finance islamic etle dégrésdu digital networking des parties prenantes;

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