Les entreprises de conseil n'échapperont pas à la nouvelle donne économique

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(Crédits : Crédit: Stéphane de Bourgies)
Dans un contexte de croissance lente, les entreprises de conseil doivent elles aussi se réinventer. Par Xavier Sabouraud, Président du Groupe Alter&Go

Le temps s'écoule toujours dans le même sens, vers l'avant, et cela fait quatorze milliards d'années que cela dure. Le big bang a même donné le tempo, allegro, et c'est une très bonne chose. Aujourd'hui, le temps s'accélère encore, et tout va maintenant tellement vite, le changement comme donnée permanente a été si bien intégré, que parfois, on serait tenté de brûler les étapes. Prenons la reprise. Celle que tous espèrent, guettent, après ces années de marasme et d'anémie économique. Beaucoup l'ont annoncée, en ont même constaté les prémices et pourtant. En ce début d'année, observateurs et économistes s'accordent à dire que si elle frémit, on ne peut parler d'une vraie dynamique. Il faudra encore un peu de patience, dans ce monde où l'on a pris l'habitude que tout aille vite.

Une reprise qui se fait désirer

Si la crise de 2008 est incontestablement derrière nous, si le PIB français atteint en 2015 son plus haut niveau depuis quatre ans, force est de reconnaître que nos 1,1% de croissance ne nous permettent pas vraiment de crier cocorico. Peut-on parler de rebond quand l'augmentation du PIB mondial a plafonné à 2,4% ? Non, bien sûr. La reprise, que l'on se place à l'échelle européenne ou mondiale, va manifestement se faire désirer encore un peu.

Il n'y a donc pas de quoi se réjouir. Mais cela n'empêche pas d'espérer. Car 2014 et 2015 auront été, pour le monde économique en général, et pour le secteur du conseil en
particulier, des années paliers, une sorte de phase d'observation transitoire dans le
processus global de mutation. Pendant ces deux années, tous les acteurs économiques ont pu prendre la mesure du changement amorcé et reconsidérer leur développement futur.

Uberisation

Des tendances récentes comme l'Uberisation des transports, les mouvements migratoires ou l'accord encourageant né de la Cop 21 ont apporté la preuve que les modèles du passé étaient définitivement enterrés. Même les entreprises les plus solides, celles que l'on croyait immortelles, sont menacées d'obsolescence. Car on a beau la connaître, l'histoire du géant Kodak, qui signa sa mort en refusant de prendre à temps le virage numérique, tend à se répéter encore et encore. Des mastodontes de l'industrie automobile comme Toyota ou Volkswagen ont déjà pris du retard par rapport à Tesla, petit fabricant américain de bolides électriques haut de gamme. Or, seul ce genre de rupture économique (Tesla, Uber, Airbnb...) est aujourd'hui susceptible de générer une croissance rapide.

 Vers de l'économie de la connaissance et du partage

Ne nous berçons pas d'illusions : les croissances d'antan, avec des + 5% s'enchaînant année après année comme pendant les Trente Glorieuses, sont révolues. Inutile, donc, d'attendre le sursaut divin qui fera redémarrer le moteur. Nous, acteurs économiques, devons au contraire apprendre à considérer les faibles taux de croissance comme la nouvelle norme.
Les courbes stagnent, mais le monde change. Nous sommes en train de passer de
l'économie de l'avoir et du pouvoir à l'économie de la connaissance et du partage. A nous d'accepter de jouer selon les règles évolutives du XXIe siècle. La précarité des business model existants, l'hyper accélération des technologies d'animation en réseau, l'hyper facilité de connexion avec tous, sur tout, à tout moment et partout, oblige le changement. Devenu une composante incontournable de toute aventure humaine, celui-ci redéfinit de facto le rôle de chacun au sein de l'entreprise. Avant, on reconnaissait au manager une posture de boss, personnifiée par le « je ». Aujourd'hui, on on attend de lui celle d'un leader, qui joue son rôle en disant « nous ». Selon la même logique, les acteurs de l'entreprise qui le jugeaient sur sa capacité à dire ce qu'il fallait faire attendent maintenant qu'il leur montre comment faire.

Le consultant nouvelle génération

Les entreprises de conseil n'échappent pas à cette nouvelle donne. Ainsi, on attendait hier le consultant comme un sachant, énonçant une vérité et donnant des directives précises, du type « Faites ceci » ou « faites cela ». Le consultant nouvelle génération, lui, est un facilitant, un accompagnant, un ami, voire un confident, un coach dont on n'attend pas seulement de l'expertise, mais aussi de l'humilité, de l'authenticité et du courage. Déjà, les leaders ont commencé à intégrer le conseil au sein même de leur écosystème, comme un acteur à part entière de leur communauté : le consultant de demain sera tout à la fois dedans et dehors, à la fois source d'expertise et acteur de sa mise en oeuvre

En un mot, il sera engagé auprès et avec les équipes de l'entreprise. A nous de nous adapter en révolutionnant notre activité. Après les années de doute et de scepticisme face à la nécessité du changement, 2014 et 2015 ont été celles du constat de son accélération. 2016 et les suivantes doivent être celles du pragmatisme et de l'action : à charge pour les cabinets de conseil d'être souples, agiles, réactifs et en recherche et développement permanente, auprès et avec leurs clients. Il en va de la survie de notre métier.

Xavier Sabouraud
Président du Groupe Alter&Go

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a écrit le 11/02/2016 à 16:35 :
Les conseils en entreprises, les consultants, sont face à la concurrence déloyale des CCI qui sont financées par les Taxes pour frais de Chambres de Commerce et par des financements déversés de toutes provenances, Etat, Régions, Départements, Métropoles etc ...

Les fonctionnaires des CCI obèses sont généralement des stagiaires et des bons à rien mauvais à tout planqués en PURS conflit d'intérêts?

le résultat de cette concurrence déloyale, du détournement d'argent public,

c'est que 50 % des entreprises nouvelles, qui ont cru aux piètres conseils des CCI, font faillite dans les 2 ans de leurs créations

c'est que 75 % des entreprises nouvelles, qui ont cru aux piètres conseils des CCI, font faillite dans les 5 ans de leurs créations

voila le désastre des CCI foutraques
a écrit le 11/02/2016 à 15:48 :
N'y a-t-il pas surtout le risque de voir les cabinets de consultants se faire uberiser en permettant à des consultants de fournir directement des conseils aux entreprises par une autre forme d'intermédiation.Cela me rappelle une réflexion de TheFamily - Les barabares attaquent: http://barbares.thefamily.co/consulting
a écrit le 11/02/2016 à 15:40 :
Votre article me rajeunit ! Vous écrivez : " le consultant de demain sera tout à la fois dedans et dehors, à la fois source d'expertise et acteur de sa mise en oeuvre. En un mot, il sera engagé auprès et avec les équipes de l'entreprise".
Après avoir été conseiller sécurité des circulations ferroviaires à la SNCF, dans les années 1980, j'ai été formé à l'audit-sécurité. Mon nouveau rôle consistait à "prendre une photo" de l'établissement en terme de respect des règles, puis de faire un compte-rendu.
Croyez-vous que l'on dorme sur ses deux oreilles lorsque que l'on a trouvé une faille sans pouvoir la colmater rapidement ? La nouvelle organisation était aux yeux de tous mes collègues une aberration que nous n'avons pas manqué de dénoncer. Mais c'était le "modernisme" qui l'imposait.
Selon moi, tout acteur impliqué dans un processus, de l'exécutant au plus grand dirigeant, devrait maîtriser la chaîne de production avant d'occuper un emploi de niveau supérieur. Cela existait dans le passé grâce à la promotion interne, considérée elle aussi comme "archaïque". Pour un rendement, notamment en matière de sécurité, le maximum ne peut être atteint que si' le N+1 permet de rattraper l'erreur du N-1. Cela s'appelle la boucle de sécurité, un outil hautement rentable, comme le retour d'expérience ! Ce n'est pas en passant une fois par an, voire plus, que l'on peut atteindre le même objectif, aussi bon soit l'appareil photo ! Nos anciens avaient bien raison...
Lionel BREDEAU, ingénieur honoraire SNCF.

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