Les marchés actions pourraient rechuter plus vite que prévu

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(Crédits : DR)
Les moteurs du fort rebond des bourses européennes n’ont pas tous vocation à perdurer. par Daniel Gerino, Président et Directeur de la gestion de Carlton Sélection.

Alors que les marchés financiers s'enivrent de la conjonction de trois phénomènes éphémères, l'inquiétude regagne peu à peu du terrain.
Ne gâchons cependant pas notre plaisir, nous avons connu un début d'année en fanfare:
- Mario Draghi nous offre un cadeau inespéré, une montagne d'euros pour relancer l'économie avec son énorme QE de 1,1 trilliard d'euros
- Les Etats-Unis inondent le marché de pétrole de schiste au second semestre 2014 au point de provoquer un engorgement des zones de stockage et un nombre incalculable de tankers aux cuves pleines sillonnant les mers, provoquant l'effondrement du prix du baril.
- Une chute de l'euro grâce aux effets du QE, salutaire pour les entreprises exportatrices souffrant depuis trop longtemps d'une sous-évaluation du dollar.

Les investisseurs se tournent vers l'Europe

Début 2015, les marchés portés par la reprise de l'économie américaine en 2014, se tournent vers l'Europe. Les actions américaines sont au plus haut, les taux européens vont s'écrouler avec le QE de la BCE et les marchés actions européens ont été à la traine durant l'année 2014. Une aubaine ! Les marchés émergents, pour leur part, ont été délaissés, du fait du manque de potentiel de croissance de leurs économies et de leur trop forte dépendance aux matières premières pour bon nombre d'entre eux.
L'effondrement du pétrole couplé à un faible taux de croissance mondiale (3,5% prévu en 2015) provoque une forte désinflation au point de faire redouter une déflation. Conséquence, les taux s'effondrent sur toutes les maturités (un tiers des obligations souveraines -émises par les États-  européennes ont des taux actuariels négatifs). Ils s'effondrent même au-delà de tout pronostic et de toute logique, car la BCE fausse la donne avec son QE. Alors l'alchimie s'opère, les investisseurs quittent partiellement les marchés de taux, éblouis par le traditionnel graphique comparant le rendement des taux à celui des actions et négligeant le risque intrinsèque de la valorisation. Phénomène habituel en période d'emballement des marchés.

Un allié supplémentaire: les fonds de pension japonais

Tout concourt donc à la forte progression des marchés européens, qui trouvent un allié supplémentaire auprès des fonds de pension japonais, qui revoient leurs grilles d'allocation stratégique au profit des actions (+ 90 milliards de dollars vers les actions internationales, uniquement pour le fonds de pension gouvernemental).
Cette forte dynamique sur le marché européen est donc une aubaine pour nos réallocations dans un univers de taux ultra bas. Mais une telle progression doit néanmoins s'opérer sur des fondamentaux solides. Et c'est là que se trouve le principal risque de déception. Pour que le marché délivre ce qu'il a promis, il faut que les faits générateurs de l'espérance soient pérennes.


La consommation et l'investissement vont-elles vraiment repartir?

Or le premier pilier, celui de la consommation, porte l'espoir d'un gain de pouvoir d'achat grâce au contre choc pétrolier. Mais la hausse des prélèvements un peu partout en Europe a amputé ce gain. En outre, le niveau actuel très élevé du chômage européen, succédant à une période 2008-2013 encore plus rude sur le plan de l'emploi, laisse des traces trop récentes qui poussent les ménages vers davantage d'épargne de précaution (13% d'épargne pour les ménages européens et 15,8% en France). La prudence s'impose donc concernant un scénario de pétrole durablement bas et de reprise de la consommation au détriment de l'épargne. N'oublions pas non plus les faibles possibilités de reprise d'activité via le secteur public, déficit budgétaire et stock de dettes obligent !
Le deuxième pilier est l'investissement. Pour l'heure rien n'est visible. L'investissement productif devrait avoir progressé de 2% en 2014, avec une estimation à +3% pour 2015. C'est une bonne nouvelle, mais les entreprises préfèrent privilégier la restauration des marges à l'investissement. Carnets de commande et taux d'utilisation des capacités de production obligent !

Et si le dollar repartait à la baisse?

Troisième pilier : la dépréciation de l'euro. Cela aide les entreprises qui exportent, mais renchérit les coûts d'importation de nombreuses autres, tributaires des achats en dollar.
Et si le dollar, désormais plutôt surévalué, repartait à la baisse ? Plusieurs facteurs militent pour cette évolution :
- La balance des paiements courants de la zone euro progresse à nouveau.
- Le différentiel de taux actuellement très faible entre la zone euro et les Etats-Unis risque de rester encore quelque temps très faible, car la Fed n'a pas intérêt à propulser les taux vers le haut, dans une économie encore fragile.
- Janet Yellen a précisé être inquiète du niveau élevé du dollar ; n'oublions pas que le dollar est la monnaie banque centrale du monde.
- Un rebond des cours du pétrole, probable dès la fin de cet été, provoquerait également une baisse du dollar.

Le risque d'une violente réallocation des actifs

Ce scénario pourrait entraîner une violente réallocation d'actifs et donc des risques de reprise des belles performances accumulées sur les marchés actions, au cours de ces trois premiers mois de l'année. La question en suspens reste de savoir où réallouer ses actifs ? Les taux étant très bas, les grands gagnants seront les fonds d'arbitrages et les fonds d'allocations d'actifs réactifs.
Il faut espérer que l'investissement, clé de voute du système, reprenne rapidement et que les transformations indispensables de nos économies en matière sociale, fiscale et règlementaire libèrent l'envie d'investir dans notre avenir.

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