Les trois vraies ruptures de la présidence de Macron

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, les trois vraies ruptures de la présidence de Macron

 Emmanuel Macron est-il un président de rupture ? Ou n'est-il que le scénographe d'une révolution qui n'en est pas une... Ce qui est certain, c'est que la déroute des partis traditionnels lui offre une opportunité inégalée de rompre avec les demi-compromis. Alors regardons, où il pourrait imprimer sa marque.

La relance européenne et l'adaptation du marché du travail à la mondialisation

La première potentialité de rupture est l'option pro-européenne pleinement assumée. Poser l'Europe comme postulat du maintien de notre rang économique dans la  mondialisation ne rompt pas avec le discours officiel des années passées. Mais il est clair que l'Europe et l'euro sont peu à peu devenus les alibis de nos difficultés et de nos potions impopulaires. Dire haut et fort que l'Europe est la solution. Et que la France doit être en pointe pour relancer le projet renoue avec l'esprit des années 80-90. Nous n'en sommes qu'au stade des déclarations d'intention, mais si cette option stratégique est prise au mot, elle conditionnera beaucoup d'autres choix dans les domaines fiscaux, réglementaires, etc.

En lien avec le premier postulat, il y ensuite la volonté de faire basculer le modèle social français dans la flexisécurité. Cette intention n'est pas nouvelle. Faciliter la mobilité et sécuriser la personne et son parcours professionnel, plutôt que l'emploi, fait son chemin depuis les années 90.... On en trouve les prémisses avec la CSG, qui élargit le financement de la Sécu et déconnecte les droits sociaux des cotisations. Puis dans le rapport Boissonnat : le travail dans 20 ans, ... de 1995... , qui évoque l'idée d'un contrat d'activité.

Le modèle français ne cesse depuis de se teinter d'éléments renforçant d'un côté les droits de la personne.... (le DIF (Droit individuel à la formation) par exemple, instauré en 2004 et converti avec la loi El Khomri en CPF (Compte personnel de formation), et de l'autre côté les possibilités de déroger à la loi par des conventions (c'est le cas des heures sup depuis la loi du 17 janvier 2003). Et tout cela est monté peu à peu en puissance avec la loi du 4 mai 2004. A tel point qu'il est réellement difficile de dire, si la négociation qui a cours aujourd'hui marque une rupture, ou prolonge une mue incrémentale.

Mieux accompagner les PME et les chômeurs

Il est néanmoins possible de dire ce qui ferait réellement rupture demain. Ce serait de doter les PME- TPE de vrais outils leur permettant d'adapter le droit à leur situation particulière. C'est précisément le point fort danois. Des petites entreprises qui se retrouvent le plus souvent piégées aujourd'hui, en France, par des normes de branches qui ont été négociées entre les acteurs dominants du secteur. Des normes souvent inadaptées à leur statut d'outsiders et que l'état généralise via l'extension des accords à tous les salariés d'un branche.

La troisième piste de rupture sur laquelle est attendu le nouveau président, c'est  de doter la France de vrais outils d'accompagnement des chômeurs, et notamment d'un système de formation et de reconversion efficace. Tout cela est coûteux en hommes : le taux d'encadrement entre un chômeur danois ou suédois, n'a en effet rien avoir avec celui d'un chômeur français. Il suffit de regarder le poids des rémunérations publiques dans le PIB mobilisées sur la protection sociale pour comprendre que derrière les performances du Nord, il y a beaucoup de ressources humaines au service d'une politique active. Alors si le discours pro-formation, se traduit en actes et en moyens, ce sera une vraie rupture.

Relance européenne, nouveaux degrés de liberté pour les PME et réforme du système de formation. Si le président Macron est déjà au rendez-vous de ces trois défis, on pourra parler alors de vraie rupture.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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