Nous citoyens, créons des espaces "libres ensemble" dans la ville

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Le Magasin général à Bordeaux
Le Magasin général à Bordeaux (Crédits : DR)
Démocratie participative, piratage urbain, tiers-lieux, numérique... Les citoyens ont désormais entre leurs mains de nouveaux outils, comme autant de baguettes magiques qui leur permettent de se réapproprier la ville et de la façonner à leur image. Longtemps abandonnés aux collectivités, les territoires urbains et l'espace public se réveillent et se transforment, au gré des inspirations, des besoins et des actions de leur population. Par Céline Beaufils, contributrice éditoriale pour OuiShare et cofondatrice de We-Lab*.

Il fut un temps, pas très lointain, où les habitants des villes se contentaient d'être des citadins plutôt passifs, laissant aux pouvoirs compétents le soin de régner sur le monde urbain. Cette époque est révolue. Nous entrons sans nul doute dans l'ère du citoyen actif, disons même proactif, et résolu à s'impliquer dans la vie de la cité. C'en est bel et bien fini de la culture politique verticale et de cette fameuse logique top-down d'une France du haut qui agirait pour et à la place d'une France du bas. Le système traditionnel est rejeté de part et d'autre, du fait des scandales politiques certainement, mais surtout de la capacité des citoyens à s'exprimer et à se rassembler plus facilement, grâce au numérique.

La crise a évidemment joué un rôle important dans ce changement de mentalité. Les collectivités n'ont plus forcément les moyens de leurs ambitions. Elles ont donc tout intérêt à ce que la société civile vienne les suppléer sur des missions qu'elles ne peuvent plus financer, qu'il s'agisse d'actions sociales ou environnementales, mais aussi, et c'est nouveau, pour des projets d'urbanisme.

À Rotterdam, les habitants d'un quartier particulièrement enclavé ont ainsi payé eux-mêmes par financement participatif la construction d'une passerelle piétonne qui les conduit directement au centre-ville. Dans la même veine, mais de l'autre côté de l'Atlantique, les New-Yorkais pourront peut-être un jour se baigner dans une piscine publique flottante installée sur l'East River, juste en face de Manhattan. Lancé en 2012, le projet reste d'actualité et mène toujours une campagne de crowdfunding.

Vers plus de bien-vivre et de bien-être

C'est une nouvelle façon de considérer le « vivre ensemble » qui est en train d'émerger, plus constructive et plus collaborative.

Cela passe notamment par un mode de gouvernance horizontal. À Barcelone, la démocratie participative s'est naturellement imposée en 2015 à la suite de l'élection, à la tête de la ville, d'Ada Colau, issue de Barcelona en Comu, une plateforme citoyenne constituée en parti politique. C'est désormais la logique

bottom-up qui prévaut : les initiatives et les décisions viennent de la base, de la population, pour être remontées à la collectivité. Revenu pour partie entre les mains des citoyens, le pouvoir est décentralisé et partagé. Les responsabilités aussi... Le risque derrière tout cela, c'est que ce pouvoir soit accaparé par une poignée de citoyens plus impliqués que les autres. Nous assisterions alors à une nouvelle forme de ghettoïsation de la ville, qui exclurait de fait les personnes les moins actives. Il est donc primordial de développer et de maintenir une coopération forte entre les citoyens et les collectivités locales, garantes de l'équité et de l'intégration de l'ensemble de la population. Toujours est-il qu'en s'exprimant et en agissant, les citoyens rendent leur ville plus dynamique, plus vivante et surtout plus humaine. Voilà qui constitue une réponse enthousiasmante à la ville intelligente, rationnelle et pragmatique que l'on a pu nous prédire. En opposition à cette smart city, Carlos Moreno, spécialiste de la ville [voir son article ci-contre, NDLR], parle d'une « living city » où chacun participe et où l'on considère que le bien-vivre et le bien-être sont aussi importants que l'efficacité et la productivité.

Cette réappropriation de la ville par ses citoyens va bien au-delà de la qualité de vie qu'elle apporte : elle renforce l'attractivité des métropoles. A contrario de la ville globalisée et uniformisée, la ville DIY (Do It Yourself) que créent les citoyens devient unique et exprime son propre caractère, et ce alors même que les grandes métropoles mondiales sont en compétition pour attirer les talents, les investisseurs et les entreprises. Que ce soit par la démocratie participative, le piratage urbain ou toute autre initiative, les citoyens transforment leur ville. Et leur premier terrain de jeux, c'est l'espace public.

Face à la densification de l'habitat, un nouvel usage de l'espace public s'est développé. Avec en moyenne 12 m2 de surface habitable en moins par rapport aux besoins exprimés lors d'un premier achat immobilier (Ifop 2011), les citoyens n'ont d'autre choix que d'organiser leur vie sociale en dehors de leur logement. Puisqu'il n'y a plus la place pour accueillir des invités chez soi, c'est donc dans l'espace public que l'on se retrouve : réunions familiales sous forme de pique-niques au parc, fête des voisins dans la rue... C'est ainsi que le sociologue François de Singly a exprimé la nécessité de créer un espace public du « libres ensemble » qui doit rendre possible la cohabitation de différentes sphères sans qu'elles ne se dérangent entre elles. Un parc, par exemple, ne peut plus être qu'une vaste étendue de gazon. Il lui faut des buissons, des séparations qui découpent l'espace en plusieurs petits univers.

L'enjeu désormais est de permettre aux citoyens de vivre un temps personnel (en famille ou entre amis) parallèlement à un temps partagé avec des inconnus.

Pour cela, et plus que jamais, l'espace public se doit d'être inclusif envers chaque typologie de citoyens. C'est l'un des combats de Womenability, qui pose la question du genre dans la ville.

Pendant sept mois, les fondateurs de l'association ont visité 25 villes de par le monde, toutes dirigées par des femmes. Si des problèmes de genre se posent partout, Womenability a tout de même relevé une multitude de bonnes pratiques pour que les femmes puissent, elles aussi, s'approprier pleinement l'espace public. Cela va des rampes pour poussettes à Malmö jusqu'à des constats plus anecdotiques, mais tout aussi porteurs de sens, comme le dessin de la silhouette de Kate Sheppard, célèbre suffragette néozélandaise, à la place du petit bonhomme (masculin) du feu rouge à Wellington...

Une ville inclusive et solidaire

L'enjeu semble d'autant plus crucial que l'espace public est devenu l'une des principales sources de sérendipité dans la ville. C'est dans les espaces publics que l'on peut rencontrer de manière totalement fortuite d'autres citadins aux modes de vie et aux repères urbains différents des nôtres. Dans notre sphère privée (vie sociale et familiale) ou professionnelle, nous nous retrouvons systématiquement entre membres de la même tribu. Les espaces publics sont ainsi particulièrement stratégiques pour construire une ville inclusive et solidaire.

Alors que leur nombre explose depuis plusieurs années, les tiers-lieux se veulent être de véritables prolongements de l'espace public. Accessibles et ouverts à tous, ils naissent d'une volonté de créer des lieux de rencontres et d'échanges entre citoyens. Leur effet sur la ville est non négligeable puisqu'ils permettent de redynamiser la vie d'un quartier et d'y développer un sentiment de communauté. SNCF Immobilier met ainsi temporairement à disposition des artistes certains de ses sites urbains non exploités.

En offrant une nouvelle vie à ces lieux oubliés, la SNCF entend « réinventer et faire des espaces urbains, des nouveaux terrains de jeu et d'échanges ».

D'un point de vue plus général, les tiers-lieux redistribuent le pouvoir aux citoyens, principalement grâce aux interactions qui s'y créent. À terme, ces nouveaux espaces peuvent ainsi devenir un élément moteur du fonctionnement de la cité.

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OuiShare organisera du 5 au 7 juillet la cinquième édition du Paris OuiShare Fest sur le thème « Villes de tous les pays, unissez-vous ! »

* We-Lab est un webzine consacré aux innovations sociétales, urbaines et environnementales « qui nous aideront à construire un futur positif et collaboratif », considère Céline Beaufils.

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Commentaires
a écrit le 07/06/2017 à 7:50 :
Il Faut demonter la nomenclature GENEALOGIQUE du CODEX de l'Alter-Réalité , J , du marché immobilier MONDIAL , selon MODULI, V, des variations de la BOURSE international A BB & B et B ++++ J.E : H 111.01.1.10 G-3 A : 33.3 X3 % = 99,9% VARIATION Binaire 0.1.1.1.2 //1.0.1.2.0: Dont: 0-1.Agence; 1-0 .Client; 1-1 Agence: 1-2 Agence; 2-0 Client Sociétés Economies MIXTES- Sociétés d'Entrepôts sous-traitants de sociétés en BTS (Bâtiment), PERSPECTIVE GESTION -ACTUAIRES Assoc - FIDUCIAIRES, HOLDINGS -SCI IMMO familiales affiliées , non tenues de dévoiler leurs revenus, au Registre des Sociétés et du COMMERCE , .....pour sortir du Marché IMMO VIRTUEL et reconquérir le PAYSAGE URBAIN , la Qualité de VIE et le PATRIMOINE CULTUREL HISTORIQUE des VILLES et des PROVINCES , Victimes de l'Abolition par Mme HIDALGO du COS (Coefficient de lOccupation du SOL) et de l'anéantissement pure et simple du rôle de l'Institution ABF " Architectes Bâtiment de France " , jadis de protéger le Patrimoine URBAIN , CULTUREL et HISTORIQUE du Pays , dont la FONCTION a été démontée, et a succombé depuis 2003-2006, au MONTAGE d'un marché immobilier VIRTUEL, concentré en seule MAIN de quelques personnes en tête des SEM des réseaux METROPOLITAINS 2020 -2040 , dont le centre et le Coeur de l'Île de France / l'Île de la Cité de PARIS , i.e l'Hôtel de VILLE.de la MAIRIE de PARIS et son Conseil MUNICIPAL .
a écrit le 05/06/2017 à 14:28 :
Amusant cet article, car pour l'instant ce sont des maires comme Hidalgo dans les grandes villes ou ses confrères pour les plus petites qui décident de tout. L'habitant électeur n'a qu'à subir et se taire. Rare sont les élus qui tiennent réellement compte des désidératas de leurs concitoyens.
a écrit le 04/06/2017 à 17:39 :
La politique de la ville doit etre totalement transversale et inclusive.

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