Pourquoi le prix du pétrole devrait encore baisser

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(Crédits : Valérie Semensatis)
La baisse du prix du baril a été une surprise fin 2014. Les cours actuels font plus que surprendre. Les indicateurs aux Etats-Unis laissent entrevoir des perspectives encore plus étonnantes. A savoir, la probabilité d'une nouvelle baisse des cours. Par Gérard Vespierre, associé fondateur de Strategic Conseils, chercheur associé à la Fondation d'Etudes pour le Moyen-Orient (FEMO)

Depuis le mois de Septembre 2014, les cours du baril de pétrole captent les regards du monde entier. Baisse d'une ampleur surprenante, depuis les 110 dollars du mois de juillet 2014, à moins de 40 dollars en ce mois décembre, et un redressement à plus de 68 en Mai.

Un phénomène global que nous avions décrit en septembre 2014  dans ces mêmes colonnes, baisse structurelle des cours, par une augmentation de la production mondiale dépassant la croissance des besoins (la baisse de l'Euro et du baril)
Dans un autre article, du mois d'Août (Pétrole : le tournant de 2015) nous expliquions que cette année 2015 allait constituer un carrefour inattendu, où se rencontrent une hausse de la courbe de production et un ralentissement de la progression de la demande mondiale de pétrole.

Mais devant le niveau des cours atteints ces jours-ci, il faut se pencher à nouveau sur la situation pétrolière mondiale, où les grands producteurs, Arabie Saoudite, Russie et Etats-Unis ne semblent pas vouloir tenir compte de cette situation excédentaire de l'offre et réduire, en conséquence, leur production. L'Arabie Saoudite chef de file de l'OPEP, continue de produire à son plafond, et la Russie augmente légèrement sa production par rapport à l'an dernier.

Mais que se passe-t-il aux Etats-Unis ?

Les producteurs américains devant la chute des cours mondiaux créée en partie par l'accroissement de leur production de pétrole de schiste, ont commencé par réduire le nombre de puits en exploitation, de façon spectaculaire, comme l'illustre le graphique ci-dessous.

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La courbe de production américaine, après avoir atteint le niveau record de 9,61 Millions de barils jour en juin, a finalement commencé sa baisse ce même mois, graphique ci-dessous.

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On pouvait croire pendant l'été que l'Arabie Saoudite était en train de gagner son pari en conduisant les producteurs américains à baisser leur production. Celle-ci s'est en effet repliée à moins de 9,1 Millions de barils dès le mois de septembre (article de l'auteur, Pétrole : l'Arabie Saoudite en passe de gagner son pari).

 Mais, alors même que l'Agence américaine de l'information sur l'énergie annonçait une poursuite de la baisse de production américaine et un passage sous la barre des 9 Millions de barils début 2016, la production américaine, contre toute attente, et toujours dans un marché mondial excédentaire repartait à la hausse.... en repassant au-dessus des 9,2 millions de barils. Et cette situation étonnante ne se limite pas au seul niveau de la production, le niveau de stock de pétrole brut atteignant aux Etats-Unis, lui aussi, un niveau record.

Des stocks américains au plafond

De façon totalement paradoxale, alors que la consommation intérieure américaine n'évoluait que très progressivement (graphique ci-dessous) de quelques pourcents seulement, les Etats-Unis ont commencé à augmenter leur niveau de stock au-delà de sa valeur moyenne dès le mois de janvier 2015.

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En 4 mois les stocks américains sont passés de 380 millions à 490 millions de barils.... !
Plus de 25% d'augmentation ! Des stocks certes constitués avec un brut à meilleur prix qu'en 2014, mais les prix 2015 ne cessent eux-mêmes de diminuer... Quel est le sens d'une telle stratégie ?


Un soutien des cours

Ce brusque accroissement est d'autant plus étonnant que le niveau de stockage depuis plusieurs années était resté très stable, puisque le chiffre de 380 millions de barils était déjà celui enregistré en juin...2012... En outre, cette augmentation de stock correspond à des achats qui ont donc eu pour conséquence de participer à un soutien des cours...... Sans cette mise en stock, le cours du baril remonté à plus de 60 dollars en mai 2015 n'aurait pas dû revenir à ce niveau. 100 millions de barils sur environ 100 jours ouvrables, cela correspond à l'approvisionnement de 1 million de barils par jour au-delà des besoins .... soit un peu plus de 1% de la consommation mondiale... !

Ce 1% est justement l'ordre de croissance du marché mondial..... ! Les achats US ont ainsi doublé l'accroissement des besoins...mondiaux... Le maintien des stocks US à ce niveau signifie donc que les achats américains sont revenus à un niveau couvrant strictement les seuls besoins de consommation. La partie excédentaire des achats couvrant la mise en stock a donc disparu des marchés... les cours sont donc repartis à la baisse par la suppression de ces achats excédentaires.

Et maintenant ?

Quelles peuvent être les perspectives ? A un moment ou à un autre, rapidement ou progressivement, cet excédent par rapport aux besoins opérationnels des Etats-Unis devra baisser. Cela se traduira par des approvisionnements américains inférieurs à ce qu'ils sont actuellement, et donc contribuera à une baisse de la demande qui ne peut avoir qu'un effet négatif sur les prix.
Le graphique ci-dessous fournit une courbe projective du Département US de l'énergie. Il fournit une perspective de ce que pourraient être les premiers mois de 2016..... et donc une poursuite de la baisse des cours.

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Goldman Sachs est allé jusqu'à projeter un cours du baril descendant au niveau de 20 dollars... !
La baisse, à venir, des stocks américains est un des mécanismes qui dirige le prix dans cette direction.
En outre, du côté de l'offre, la levée des sanctions vis-à-vis de l'Iran va permettre à ce pays d'offrir plus de volume sur le marché mondial. Cette nouvelle offre ne saurait concerner au début que quelques centaines de milliers de barils supplémentaires. Mais, dans un marché déjà excédentaire, cela va continuer d'accroître le déséquilibre.

Enfin, les exigences de la COP 21 et la nécessité de diminuer la consommation des énergies fossiles, charbon et pétrole, vont contribuer au ralentissement de la croissance de la demande, autre facteur poussant à la baisse des prix.
Nous nous sommes retrouvés fin 2014 dans une situation que peu avait prévu d'un baril à 60 dollars, nous pourrions avoir en ce début 2016, des niveaux de prix plus étonnants encore....

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Commentaires
a écrit le 26/12/2015 à 8:07 :
CA VAS DANS LE BON SENS? MAIS UNE BAISSE TROP INPORTANTE PEUT FREINE LES INVESTISEMENT AUX NOUVELLES ENERGIES? C EST JE CROIE QUE C EST UNE DERNIERE SPECULATION DES TRUSTS PETROLIER DES PAYS VIVENT DE L OR NOIR???
a écrit le 24/12/2015 à 17:42 :
Les prévisions sur le pétrole et sur le dollar sont la dernière des choses à faire.
A moins d'être grassement payé pour çà.
Croire à ces prévisions, c'est comme croire que les promoteurs des énergies renouvelables veulent sauver la planète.
Ces gens font des métiers sans aucun risque : on remplace une prévision par une autre, et on croûte sur les subventions.
Pas très respectable ?
a écrit le 24/12/2015 à 17:26 :
Le calme avant la tempête. Les bénéfices actuels due par le bas cout du pétrole devraient être investi à 100% dans les énergies renouvelable et à établir un modèle sans pétrole.

Nous arrivons à la fin du pétrole et à l'arrivée conjointe de nouveaux émergents aux allures de mastodontes qui vont faire exploser son prix dans les quelques décennies à venir.

Il serai avisé de conserver de haut niveau de stock ainsi que les gaz de schistes sous le coude au cas où les choses deviendraient incontrôlable.

Il y a même de forte chance que les choses deviennent incontrôlable. Avoir du pétrole sous la main quand il est haut est une bonne stratégie qui va payer!

Ceci dit, des tensions énorme vont se faire sur le prix du baril entre forte baisse et hausse rendant de nouveaux puits rentable et donc faisant baisser les prix. Un joli terrain de jeux pour la spéculation, jusqu'à éclatement.
a écrit le 24/12/2015 à 16:01 :
Ce qui est amusant avec les experts c'est leur inaptitude à prévoir. Lorsque le baril était à 150 dollars, nombre d'entre eux nous expliquaient pourquoi le prix du baril allait encore augmenter et pourrait dépasser les 200 dollars. Las, quelques temps après le baril baissait fortement et maintenant ils viennent nous expliquer pourquoi la baisse devrait continuer...
a écrit le 24/12/2015 à 11:28 :
les USA ont augmenté leurs stocks de plus de 25% ; pourquoi ?
y aurait-il une éventualité de rupture brutale dans la production de certains pays gros producteurs au Moyen Orient ,ou autres ?
les seules évolutions de l'offre par rapport aux fluctuations d'une demande mondiale ne semblent pas être le levier principal des prix de marché ; les américains vont sans doute rappeler rapidement au reste du monde " qui est le patron ".
a écrit le 23/12/2015 à 23:59 :
Sauf que plus les prix baisseront et moins les gisements américains et canadiens de schistes bitumineux seront rentables : nous vivons actuellement cette fable du commerçant qui perd de l'argent sur chaque article qu'il vend mais espère se rattraper sur la quantité écoulée... En général, ça ne dure pas.
a écrit le 23/12/2015 à 22:22 :
Avec leur stock, puis leur réserve les USA peuvent aussi baisser le prix du pétrole encore plus bas. Ils peuvent aussi fournir leurs pétroliers en billets de banque à volonté.
Ils peuvent aussi faire monter le prix à 100 dollars, car ils ont tous les leviers.
a écrit le 23/12/2015 à 21:50 :
Ce qui est formidable avec les experts, c'est qu'ils peuvent argumenter avec le même parfait aplomb un point de vu exactement inverse sur le même sujet....
Blablabla pourquoi le pétrole pas cher c'est fini, blablabla pourquoi le pétrole ne fera qu'augmenter...et maintenant blablabla pourquoi le pétrole va continuer à baisser....

Pffff j'aurais du faire expert, c'est si cool.....
a écrit le 23/12/2015 à 18:09 :
Les professeurs doivent bien servir à quelque chose, expliquer l'inexplicable. Comment penser que le pétrole a un "marché" alors qu'il est improbable qu'il soit monté si haut et si rapidement ? Il s'agissait uniquement d'une action politico-économique : au lieu de faire un Q.E on a augmenté les prix du brut. D'autant que l'on sait depuis longtemps que les américains avaient volontairement fait passer les prix par un multiple de 4 au grand étonnement des bédouins renommés "princes" ou "roi" à cette époque, lorsqu'il coûtait 1 dollar. Il s'agissait de politique, pas de marché. Ce "chercheur" qui ne creuse pas beaucoup l'a lui aussi volontairement oublié. Rappelons-lui pour garder un peu de cohérence. Le pétrole a gonflé toute l'économie depuis les années 60. C'est fait, l'économie trouvera de nouveaux tremplins, c'est ainsi, alors, disons le. Aussi ne se gêne t-on guère pour faire baisser les prix comme on ne l'a pas fait pour les faire progresser. Bien entendu il s'agit ici d'un résumé, les choses sont un peu plus compliquées. Aujourd'hui comment aborder la question du prix ? Si on peut trouver maints critères d'évolution, comme pour le dollar soit dit en passant, ils ne sont pas le déterminant qui lui est politique. Ceci s'entend pour une gestion sereine de la problématique accompagnée d'un rendu plausible que notre chercheur sert ici à justifier : c'est qu'il faut que l'on y croit... comme au Père Noêl qui remplace tristement une autre vérité. Les prix (il y en a deux Londres et N.Y) vont probablement s'établir à 17 dollar, un bon seuil avec une variable en pic provisoire vers 25. C'est l'objectif économique cohérent. Plus bas serait dommageable, plus haut il n'est plus souhaité. Son atteinte doit-elle se produire rapidement ? En 3 mois ou sur 2 ans ? Pour le second cas si l'économie venait à souffrir par trop ou déclencher une attaque systémique, il est probable que l'on fasse remonter les prix pour obtenir une pente plus favorable. Si la situation se trouve plus favorable comme en ce moment l'objectif pourrait être rapidement atteint et se caler là. C'est la meilleure posture, celle d'une nouvelle stabilisation, pertes connues et prix fixé. Les Q.E actuels bien que faibles en rapport à ce choc permettent d'amortir la partie émergée des pertes en la titrisant progressivement. Allons, notre chercheur s'emploiera bientôt à publier son nouvel opus : "Comment l'économie s'est emparée du Pétrole ?"
a écrit le 23/12/2015 à 17:43 :
Il n'y a guère que les états du golfe persique pour produire à moins de 20 dollars le baril, et encore uniquement onshore.
Tous les autres pays et mode de production sont en dessous de leur coût de revient, la situation ne devrait pas pouvoir s'éterniser pour eux, maintenant que les stocks sont pleins.

Et même pour les états du golfe, la baisse des rentrées va être compliquée à gérer, l'Arabie Saoudite notamment commence à avoir des problèmes de trésorerie.
a écrit le 23/12/2015 à 17:40 :
la COP21 n'aura aucun impact, des pays comme la Chine et l'Inde et à leur suite la plupart des émergents et des pauvres vont accroître leur utilisation des énergies fossiles. la COP21 a accouché d'un accord bidon non contraignant et aussi vague que possible ...
a écrit le 23/12/2015 à 17:37 :
la baisse du nombre de puits n'est pas un indicateur fiable, la production par puits ayant beaucoup progressé car les technologies ont évolué rapidement, faisant baisser le Prix de Revient des m3 de gaz extraits. Cercle vertueux sauf pour les écolos accros aux EnR ruineuses ...

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