Pourquoi les candidats doivent faire de l'industrie du futur l'une de leurs priorités

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3 millions d'emplois pourraient être détruits par la numérisation. Les candidats l'appréhendent-ils vraiment? Par Franck Gayraud, Fondateur d'Arcure

Après les importantes transformations apportées par l'informatique il y a deux décennies, l'industrie, les services et même l'agriculture vont connaitre de profonds bouleversements générés par l'émergence des robots et de l'Intelligence Artificielle.

Cette rupture, qui peut être vue comme une menace mais aussi comme une opportunité, ne peut laisser indifférents les décideurs publics. A quelques jours du premier tour des élections présidentielles, pourquoi les candidats doivent-ils faire de l'industrie du futur une de leurs priorités ?

La machine menace-t-elle l'homme ?

 Comme tous les changements majeurs, la robotisation et la généralisation de l'Intelligence Artificielle alimentent les pires fantasmes cataclysmiques. Une étude du cabinet Roland Berger dévoile qu'à l'horizon 2025, 3 millions d'emplois pourraient être détruits par la numérisation. Dans une vision statique de l'économie, cela peut effrayer. Rappelons-nous qu'au début du 19ème siècle en France, les deux tiers de la population active travaillaient dans l'agriculture. Les progrès techniques ont réduit ce ratio à 3% aujourd'hui et la famine a disparu. Fallait-il taxer les machines ou même les interdire il y a deux siècles au prétexte que 62% de la population allait devenir « inutile » ? On voit bien que les mutations de l'économie transforment les besoins et créent sans cesse de nouveaux métiers. La robotisation n'est en rien plus menaçante que les progrès précédents, elle est juste l'expression actuelle du progrès technique et industriel.

 Nouvelles opportunités

Ce qui est certain, c'est que le progrès ne s'arrêtera pas et que, pendant que l'on commente et que l'on élabore des théories pour le ralentir ou l'empêcher, on ne se prépare pas à en tirer le meilleur pour améliorer la vie de chacun et protéger notre environnement. L'Allemagne a mis sur pied un grand plan Industrie 4.0 et la Chine a fait de même avec son plan 2020. Qu'en est-il en France ?

 Les mutations importantes que génèrent l'Intelligence Artificielle et la robotisation nécessitent des adaptations sur le plan de la formation de tous tout au long de la vie pour éviter la casse sociale. Ce sont aussi l'organisation générale de la société et les dispositifs législatifs et administratifs qui doivent évoluer pour accompagner les nouveaux usages. Par ailleurs, ces nouvelles opportunités ont besoin de capter une part importante des investissements afin que des champions français se glissent parmi les grands leaders des services et des produits de cette nouvelle économie. Pourquoi l'agriculture de demain, très productive, qualitative, une agriculture du savoir, sans pesticides et fortement robotisée ne naitrait-elle par en France, puissance agricole historique majeure ?

 Quelles propositions?

Quelles propositions pour l'industrie du futur ? Les candidats semblent avoir fait de l'industrie, la grande oubliée de ces élections. Benoit Hamon a pourtant suscité la controverse en évoquant une possible taxe sur les robots. Bien que qualifiée d'anti-économique par certains, cette proposition recoupe les positions de Bill Gates et d'autres acteurs économiques de premier plan. Si le travail d'un homme est taxé, pourquoi celui d'un robot ne le serait-il pas ?

 Emmanuel Macron, de son côté, prévoit de créer un fonds pour l'industrie et l'innovation de 10 milliards d'euros pour financer l'industrie du futur. Il propose d'accompagner cette transition par la formation professionnelle, voyant la robotisation « non pas comme une crainte, mais comme une opportunité, comme une chance ». Saurait-il financer ce plan ? La présidente du Front National, Marine Le Pen défend une « ré-industrialisation sectorielle » visant en particulier les secteurs ayant souffert de la concurrence des émergeants. N'y a-t-il pas plus d'opportunités de croissance et d'emploi dans la nouvelle économie ?

 François Fillon dit vouloir « faire de la France le leader mondial du numérique ». Cela représente une ambition considérable quand on connait les fortes positions de nos concurrents, en particulier des Etats-Unis. Quelles mesures pour servir cette ambition ? Enfin, de son côté, Jean-Luc Mélenchon prône la « planification écologique » sans pour autant prendre la mesure du rôle majeur que les robots pourraient y jouer.  Il est parfois tentant pour un candidat de miser sur les peurs plutôt que d'expliquer des mutations complexes. Pourtant, la révolution des robots représente une formidable opportunité pour la France, de reprendre une place de choix dans le concert des nations industrielles qui comptent, comme elle a su le faire il y a quelques décennies dans le secteur aéronautique et spatial par exemple. Par ailleurs, il est illusoire de faire croire que nous aurions le choix entre la marche vers le progrès technique et une autre voie.

Par Franck Gayraud, Fondateur d'Arcure

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Commentaires
a écrit le 27/04/2017 à 14:41 :
Ne savez-vous pas que "l’industrie du futur" est déjà lancée en France depuis 2015 via son opérateur public/privé qu'est l'Alliance Industrie du Futur à l'image de la plateforme Industrie4.0 qui d'ailleurs est plus restrictive que notre initiative. Par contre je vous rejoins qu'ayant démarré plus tardivement que l'Allemagne notre visibilité est encore en un peu en retrait par rapport à eux ... mais nous avançons au pas accéléré !
a écrit le 20/04/2017 à 19:07 :
Le progrès technique a toujours fait peur (révoltes des canuts). Mais le progrès technique est inévitable; il va dans le sens de l'histoire, et ne s'arrêtera pas. L'homme a du mal à s'intégrer au progrès technique. C'est un problème de formation. La formation ne semble pas être adaptée aux besoins. Il faut des penseurs (les prix Nobel de l'économie) et des acteurs, journalistes, économistes, politiques... La solution ne parait pas évidente. En tout cas à l'occasion de cette élection présidentielle. On est reparti pour un tour jusqu'à la prochaine élection. Mais dans quel état serons nous?

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