Présidentielle 2017 : inventons ensemble l’Europe post-carbone !

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(Crédits : © Arnd Wiegmann / Reuters)
Le 21 mars dernier, un groupe de réflexion sur la transition énergétique, The Shift Project, a publié un manifeste pour décarboner l'Europe. Il appelle le monde économique à exiger des responsables politiques une action européenne pour aboutir en 2050 à un objectif « aussi proche que possible » du zéro carbone. 9 candidats à la présidentielle ont répondu à la proposition d'engagement, sous des formes parfois personnelles. Par Matthieu Auzanneau, directeur du Shift Project.

L'Accord de Paris sur le climat engage l'Europe à réinventer la totalité de son économie. Tout ou presque reste à faire. Lancé par The Shift Project, groupe de réflexion sur la transition énergétique, le « Manifeste pour décarboner l'Europe » est un appel que le monde économique adresse aux responsables politiques européens afin de relever le défi historique de la transition énergétique. L'objectif de cet appel : « Lancer dès maintenant les politiques capables d'aboutir en 2050 à des émissions de gaz à effet de serre aussi proches que possible de zéro », conformément aux engagements pris lors de la COP21 à Paris en décembre 2015.

De nombreux acteurs économiques - grands, petits et moyens - sont prêts s'imposer comme les pionniers et leaders de la prochaine révolution industrielle, la révolution post-carbone. Mais pour qu'une telle révolution aboutisse, il faut un cadre politique européen en adéquation avec les objectifs de l'Accord de Paris : clair, stable, ambitieux.

La transition énergétique met en jeu chacune des activités essentielles encore dépendantes des énergies fossiles : l'industrie et la production électrique, les transports, le bâtiment, l'agriculture, et de manière indirecte la finance, l'assurance et les politiques publiques. L'enjeu est si vaste qu'il nécessite une impulsion politique cohérente à l'échelle de l'Europe tout entière.

Les signataires du « Manifeste » demandent aujourd'hui aux candidats à l'élection présidentielle française de s'engager, s'ils sont élus, « à plaider avec détermination au sein du Conseil européen pour que celui-ci adopte avant 2020 une stratégie et un plan d'actions à la mesure de l'Accord de Paris ». Une telle démarche s'inscrirait dans la tradition politique qui a abouti aux plus grands accomplissements de la construction européenne : Communauté européenne du charbon et de l'acier, marché commun puis marché unique, union monétaire,...

Parmi les quelque 2500 signataires du Manifeste pour décarboner l'Europe, figurent plus de 80 dirigeants de grandes entreprises et beaucoup d'autres moins grandes, des dirigeants d'organisations professionnelles ainsi que de nombreuses personnalités du monde académique français. Tous sont convaincus de la nécessité et de l'opportunité historique que constitue l'invention d'une économie post-carbone.

Ils écrivent :

« Le projet européen s'est construit après 1945 autour du charbon et de l'acier. Il peut maintenant se régénérer pour donner naissance à un monde nouveau, prospère et durable. Un monde de paix. Inventons ensemble l'Europe post-carbone. Cette invention est le souffle neuf dont l'Europe a besoin, et qu'elle peut offrir au monde pour empêcher la ruine des conditions de vie sur Terre. »

(...) Les solutions techniques et organisationnelles sont là. Il ne tient qu'à la volonté des Européens de les transformer en réponses politiques, capables de donner rapidement naissance à une économie différente, source de profits, d'emplois et de bien-être nouveaux. Nous prenons acte que ces réponses réclament de changer bon nombre d'habitudes : habitudes de production, habitudes de consommation, habitudes de penser surtout. Allons-nous renoncer parce que la tâche qui nous revient est immense ? Nous avons le devoir moral d'agir. Nous en avons aussi l'ambition. »

Pour maintenir le réchauffement climatique en-dessous de 2°C, les émissions mondiales de gaz à effet de serre doivent décroître d'au moins 5 % par an. La France et les autres nations européennes doivent et peuvent montrer la voie. Elles ont tout à y gagner.

Lisez et signez le Manifeste pour décarboner l'Europe : http://decarbonizeurope.org

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Les 9 candidats à la présidentielle qui s'engagent pour le climat

9 candidats à l'élection présidentielle ont répondu à la proposition d'engagement lancée par The Shift Project le 21 mars, suite à la présentation de la liste des premiers signataires du « Manifeste pour décarboner l'Europe », qui demandent la mise en œuvre de politiques « capables d'aboutir en 2050 à des émissions de gaz à effet de serre aussi proches que possible de zéro », conformément à l'ambition de l'Accord de Paris sur le climat.

Les signataires du « Manifeste pour décarboner l'Europe » et The Shift Project estiment que la France et l'Europe ont besoin d'adopter rapidement une démarche cohérente, qui soit réellement à la mesure du défi de la sortie des énergies fossiles. La nécessité vitale de limiter à moins de 2°C le réchauffement climatique, en anticipant en même temps l'épuisement des ressources naturelles, réclamera la mobilisation de toute la société.

Les candidats à l'élection présidentielle sont-ils prêts à se saisir de cet enjeu historique ? Comptent-ils faire de la mise en œuvre de l'Accord de Paris un axe fondamental du programme qu'ils proposent aux Français ?

The Shift Project, groupe de réflexion sur la transition énergétique, a proposé aux 11 candidats à la présidence de la République de prendre formellement et publiquement un engagement, s'ils sont élus, « à plaider avec détermination au sein du Conseil européen pour que celui-ci adopte avant 2020 une stratégie et un plan d'actions à la mesure de l'Accord de Paris (...) ».

Plusieurs candidats ont souhaité formuler leur engagement de façon différente, ainsi que The Shift Project le leur proposait, afin que cet engagement soit fidèle à leurs vues et transparent vis-à-vis des électeurs.

The Shift Projet publie aujourd'hui les réponses reçues, et met à votre disposition ci-dessous, par ordre de réception, des extraits des engagements des candidats :

  • 4 engagements argumentés, mais différents de la formulation proposée (Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, François Fillon etEmmanuel Macron),
  • 1 engagement identique à la formulation proposée (Nicolas Dupont-Aignan),
  • 1 proposition d'engagement déclinée (Benoît Hamon),
  • 3 refus argumentés (François Asselineau, Nathalie Arthaud et Philippe Poutou),
  • 3 absences de réponse à ce jour (Jacques Cheminade, Jean Lassalle ).

Les réponses intégrales sont disponibles sur la page web www.decarbonizeurope.org/les-reponses-des-candidatsThe Shift Project se tient prêt à publier les nouvelles réponses ou compléments de réponses qu'il recevra éventuellement d'ici au 20 avril.

Les quelque 2.500 signataires du « Manifeste pour décarboner l'Europe », parmi lesquels figurent plus de 80 dirigeants de grandes entreprises et beaucoup d'autres moins grandes, des dirigeants d'organisations professionnelles ainsi que de nombreuses personnalités du monde académique français, sont convaincus du devoir moral, de la nécessité et de l'opportunité historique que constitue l'invention d'une économie post-carbone.

Ces signataires, chaque jour plus nombreux, seront attentifs aux actions qui seront entreprises par le prochain président de la République française afin de sauvegarder notre climat, et de permettre à la France d'être pionnière et leader d'une économie durable, en Europe et hors d'Europe.

ENGAGEMENTS ARGUMENTÉS,
MAIS DIFFÉRENTS DE LA FORMULATION PROPOSÉE :

Jean-Luc Mélenchon

« Nous nous engageons à faire de la France un pays moteur de la transition énergétique. Nous nous fixons pour objectif d'atteindre 100 % d'énergies renouvelables en France et de diminuer par 4 nos émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050 en sortant du nucléaire et des énergies fossiles.

(...) Comme le soulignent certains des signataires [du Manifeste pour décarboner l'Europe] eux-mêmes, les seules logiques des actionnaires et de la maximisation des dividendes sont incompatibles avec un objectif de décarbonation de l'Europe. Or, ces logiques libérales sont au cœur des traités européens actuels. Les quelques directives européennes positives d'un point de vue écologique datent pour l'essentiel d'avant l'amplification des politiques austéritaires. Le fiasco retentissant du marché de carbone est par ailleurs la preuve, concrète, que nous ne pouvons faire reposer la lutte contre le changement climatique sur les mécanismes de marché.

Nous nous ne nous contenterons donc pas de "plaider avec détermination au Conseil [Européen]", mais nous proposerons une refondation de l'Europe sur des bases permettant de lutter concrètement contre le réchauffement climatique. Nous proposerons par exemple de mettre fin à l'indépendance de la BCE et de passer d'un objectif de seule lutte contre l'inflation à un objectif d'action en faveur de l'emploi et de la transition écologique. Celle-ci nécessite en effet d'importants investissements publics, notamment dans le domaine des énergies renouvelables (...).

Nous proposerons également de mettre en place un protectionnisme solidaire pour imposer que les produits importés en Europe respectent des critères sociaux et environnementaux. Nous mettrons également les entreprises stratégiques pour la transition écologique à l'abri des logiques de profit de court terme en les socialisant afin de constituer des pôles publics, investissant sur le long terme et développant des relations de coopération et non de concurrence avec les PME innovantes. (...) »

Marine Le Pen

« Je m'engage, si je suis élue présidente de la République française, à agir avec détermination pour que la France puisse se passer rapidement des énergies fossiles. Des coopérations industrielles entre pays européens, libres, seront utiles à l'avancement rapide de ce projet. Dans ce domaine, les technologies existent, leurs prix convergent vers ceux des technologies classiques, il ne manque donc plus qu'une volonté politique forte et nos outils de souveraineté (Etat stratège, banque centrale pour le financement, patriotisme économique pour une commande publique réservée, protectionnisme intelligent etc.) pour mener à bien ce changement.

Les énergies renouvelables seront utilisées essentiellement pour remplacer les énergies fossiles, le nucléaire français sera conservé et sécurisé. L'hydrogène, issu de l'électrolyse de l'eau, est probablement un des vecteurs de stockage d'avenir de l'énergie. L'Etat stratège doit mettre en place tous les moyens nécessaires pour que les technologies hydrogène, dont les piles à combustibles, soient matures le plus rapidement possible et commercialisées à des prix équivalents aux énergies classiques.

Cette stratégie permettra de répondre simultanément aux défis liés au changement climatique, à la pollution de l'air, à l'indépendance énergétique et apportera à la France un leadership dans les secteurs de l'économie durable. Je suis convaincue que, si un pays réalise avec succès sa transition énergétique, de nombreux autres pays adopteront la même démarche. Cette politique devrait permettre d'aboutir en 2050 à des émissions de gaz à effet de serre aussi proches que possible de zéro en France tout en créant de très nombreux emplois et de l'activité pour les entreprises françaises. »

François Fillon

« Les destructions et menaces sur l'environnement ne connaissent pas les frontières. Elles appellent des solutions mondiales. Notre politique étrangère doit donc intégrer ce que j'appelle une « diplomatie verte », sur les fronts du climat et de l'énergie, de la biodiversité et des forêts, de l'eau et des océans.

L'Union Européenne, sous l'impulsion de la France, devra se doter d'un véritable outil diplomatique pour compter davantage dans les grandes négociations internationales. Je souhaite aussi que l'Europe se recentre sur quelques objectifs stratégiques environnementaux : énergie dé-carbonée et grandes infrastructures de transport durables.

Dans ce cadre, je veillerai à l'application des accords de Paris et du respect, par chaque État, de ses engagements, notamment pour la mise en œuvre effective du fonds vert. Je souhaite également que notre aide au développement soutienne davantage d'actions concrètes de préservation de l'environnement. »

Emmanuel Macron

« Je me retrouve évidemment dans les grands principes de l'engagement que vous portez : il faut tout faire pour répondre aux défis du changement climatique et de la préservation des ressources, être à la hauteur de l'Accord de Paris, accélérer la transition énergétique, investir et accompagner tous les acteurs dans la transition énergétique qui sera la base d'un nouveau modèle économique. L'échelle européenne est, comme vous le soulignez, essentielle pour porter cette transition.

(...) Je propose notamment un plan d'investissement de 50 milliards dédiés à plus de 40 % à la transition énergétique et agricole, la fin des véhicules diesel ou essence en 2040, de nouvelles actions sur la rénovation des bâtiments et la lutte contre la précarité énergétique, la transformation du modèle agricole, l'accompagnement des entreprises vers une économie 100 % circulaire, ou encore le développement des énergies renouvelables pour réduire notre dépendance au nucléaire.

J'insiste sur ces mesures concrètes car j'ai une conviction : se fixer des objectifs ambitieux sans se donner les moyens de les atteindre, serait en fait continuer à ne pas être à la hauteur des enjeux et déjà renoncer à un futur durable.

C'est pourquoi, au-delà de votre manifeste, j'ai été particulièrement sensible à la lecture de vos neuf propositions concrètes pour que l'Europe change d'ère. Fermeture des centrales à charbon, développement des véhicules propres, lancer enfin le grand chantier de rénovation des bâtiments publics, agriculture et forêts durables... Quasiment toutes vos propositions font écho à celles qui se trouvent dans mon programme. Je serai donc heureux de compter sur votre mobilisation, et celles des entreprises représentées par leurs dirigeants signataires de l'appel, pour accélérer la transition énergétique dès le début du prochain quinquennat. »

ENGAGEMENT IDENTIQUE A LA FORMULATION PROPOSÉE :

Nicolas Dupont-Aignan

« Je m'engage, si je suis élu président de la République française, à plaider avec détermination au sein du Conseil européen pour que celui-ci adopte avant 2020 une stratégie et un plan d'actions à la mesure de l'Accord de Paris, capables de permettre à l'Union européenne de parvenir à un niveau d'émissions nettes de gaz à effet de serre aussi proche que possible de zéro en 2050, afin de sauvegarder l'Europe face aux défis du changement climatique, de la préservation des ressources naturelles et de l'indépendance énergétique, et lui permettre d'être pionnière et leader d'une économie durable. »

PROPOSITION D'ENGAGEMENT DÉCLINÉE :

Benoît Hamon

REFUS ARGUMENTÉS :

François Asselineau

« (...) Les sujets sur lesquels vous nous interpellez sont des considérations législatives et non pas présidentielles (...). Nos candidats aux élections législatives veilleront à faire avancer dans le débat public ces sujets (...).

Nous souhaitons rappeler que promouvoir la mondialisation et agir pour décarboner le monde est un non-sens. En effet, les traités de libre-échange de la mondialisation ont des effets directs sur la pollution de notre planète. (...)

Nous voudrions toutefois vous rappeler les grands axes du programme de M. François Asselineau sur ce sujet. Réduire la dépendance de notre économie aux hydrocarbures. Réduire nos émissions de gaz à effet de serre. (...) Concilier la recherche économique et la recherche écologique en France. (...) Soutenir le secteur des économies d'énergie, en particulier par un accent porté à la rénovation énergétique des bâtiments anciens. Améliorer le tri sélectif et soutenir le secteur du recyclage des déchets. Rapprocher les producteurs et les consommateurs en favorisant les circuits courts. (...) »

Nathalie Arthaud

« (...) La nécessité de tenir compte de l'environnement pour le bien être des générations futures est bien évidemment au cœur de mes engagements. Je suis communiste et en tant que telle c'est précisément l'avenir de l'humanité qui détermine mes combats. (...) Et je partage votre souci de voir « décarboner » la production. Mon ambition irait même au-delà de la simple Europe !

(...) Est-il nécessaire de rappeler que ces groupes capitalistes n'ont comme seule et unique ambition que de réaliser du profit. Le maximum de profit. C'est pour cela qu'ils polluent sans vergogne la planète. Les obliger à produire autrement ne pourra se faire que contraints et forcés. (...) »

Philippe Poutou

« (...) Les atteintes à l'environnement sont globales, nous ne pouvons pas nous contenter de décarboner l'Europe alors que les entreprises européennes continuent de polluer le reste de la planète.
(...) Nous ne pouvons pas signer votre manifeste car nous refusons les fausses solutions comme le nucléaire dont nous prônons l'arrêt, les OGM, les LGV que nous classons parmi les Grands projets inutiles, imposés et nuisibles à l'environnement... Nous retenons parmi vos 9 propositions : la révolution du transport en commun en ville qui passe par son développement et sa gratuité ; · la fermeture des centrales à charbon ; la rénovation des logements anciens, ou pas, des bâtiments publics. Nous défendons aussi le passage à l'agrobiologie en 10 ans. Nous voulons engager une réflexion sur les transports publics et la réduction des transports de marchandises.
La transition écologique qui s'amorce n'est pas la nôtre et le combat est plus que jamais nécessaire pour lutter contre le basculement climatique déjà engagé et créer les conditions d'un autre monde. »

PAS DE RÉPONSE A DE JOUR : Jacques Cheminade, Jean Lassalle

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Commentaires
a écrit le 20/04/2017 à 14:15 :
Suite. C'était aussi l'idée exprimée par Nicolas Hulot consistant à "basculer la fiscalité du travail sur la fiscalité énergétique". Cela correspond à la situation en Allemagne et en Suède. Tout ça est expliqué dans le livre de Benjamin Dessus, "déchiffrer l'énergie". Il faut agir indépendamment des autres pays européens. Il faut aussi se référer au livre de Claude Turnes "transition énergétique".
a écrit le 20/04/2017 à 13:43 :
La solution est très simple. Il faut répartir progressivement les charges sociales sur la production, c'est à dire à la charges des entreprises, et sur la consommation, c'est à dire sur la TVA sociale, sur la CSG et sur une fiscalité sur l'énergie, comme le propose la note n°6 du CAE. Et il faut rétablir l'équité de cette mesure par allocation universelle. Mais les Français sont opposés à cette mesure. Pourquoi? C'est un mystère. D'ailleurs les candidats ne proposent pas cette solution qui correspond à l'idée émise par Jean Tirole de taxer l'énergie pour protéger le climat. Si on ne le fait pas, la situation économique se dégradera rapidement. Ce sera d'abord le cas d'AIRFRANCE, puis de la SNCF après ALSTOM et d'autres entreprises.
a écrit le 20/04/2017 à 12:31 :
Il n'y a que deux façons d'avoir assez d'électricité sans émission de CO2 : le nucléaire ou le charbon avec capture.
Rénover les bâtiments prendra très longtemps et coûtera cher.
Limiter la puissance des voitures sera refusé par l'Allemagne. (a même été déjà refusé ?)
Inventer l'industrie lourde post-carbone... YAKA !

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