Présidentielle  : le premier tour de la défiance

 |   |  751  mots
(Crédits : DR)
Par Jean Christophe Gallien, Professeur associé à l'Université de Paris 1 La Sorbonne, Président de j c g a

Mais que diable veulent-ils aller faire dans cette galère ? Pourquoi se battre pour affronter la tempête de l'échec qui s'annonce ? Même s'ils ne nous l'ont que très peu décrit, les candidats à la présidentielle ne peuvent ignorer le réel de notre pays et de son contexte à venir. Incroyable campagne présidentielle qui occulte ou presque le bilan de François Hollande et de son ministre Emmanuel Macron. Inquiétante campagne qui dissimule la réalité profonde de notre pays que fragilise encore le durcissement de l'environnement économique et géopolitique global. Quel que soit le candidat qui sera élu en mai, il sait qu'il héritera d'une situation déjà complexe, mais qui va se détériorer très rapidement.

Les candidats ne peuvent ignorer le clap de fin d'une série économique et géopolitique aussi rare que bénéfique qui associait des taux d'emprunt extrêmement favorables, un coût de l'énergie fortement tiré vers le bas par la chute des cours du pétrole, une faiblesse de l'euro favorisant la compétitivité européenne et une forme fragile, mais réelle de stabilité géopolitique multipolaire. Ils savent que ce basculement place notre pays dans une position de grande fragilité.

Notre pays a zappé ce programme inédit, et avec lui celui de la timide, mais bien réelle reprise européenne. Ainsi sur les trois dernières années - 2014, 2015, 2016 -, notre croissance économique cumulée a été de 3 % alors que la moyenne des 19 nations de la zone euro montait à 4,8%.

Au moment où les taux d'intérêt remontent, nous supportons collectivement une dette publique mesurée fin 2016 à 2147,2 milliards d'euros.

Une dette qui gonfle inexorablement

Rappelons qu'il y a 10 ans, elle pesait 1 253 milliards d'euros. Cette dette c'est 98% de la richesse produite par la France. C'était 20% en 1980 ! En dépit d'une augmentation des impôts de plus de 65 milliards d'euros et de cette baisse historique des taux, le déficit n'a été réduit que de 5,1 à 3,3% du PIB depuis 2011. En cause la hausse des dépenses publiques : de 52,2% en 2007 du PIB sur la période à environ 56% en 2017. Record battu et risque explosif. Pour faire face, nous devions déjà emprunter 180 milliards d'euros chaque année. La hausse des taux d'intérêt de 1 point depuis l'été 2016 générera une charge supplémentaire de 12 milliards d'euros pour le prochain quinquennat.

Nous l'évoquions juste au-dessus, en 10 ans, la fiscalité a augmenté de 2,4% du PIB. Depuis 2007, entre 60% et 74% de la création de valeurs ajoutées fut mangée par l'impôt. Sarkozy et Hollande ont, en valeur, augmenté les impôts respectivement de 76,2 et 79,7 milliards d'euros. Pour quel résultat ?

La France souffre d'un chômage de masse : 6,6 millions de personnes visitent Pole Emploi ! Pire, avec un taux à 23,3% au quatrième trimestre 2016, 23,8% si l'on inclut les Dom, les moins de 25 ans restent les premières victimes de ce fléau incontrôlé. Et de loin puisqu'en 5 ans, le taux de chômage a cru de 9,2 à 9,7% (de la population active). Pendant ce temps dans la zone euro, il a baissé de 10,1 à 9,6%.

Le déficit extérieur de notre pays s'est creusé en 2016 pour atteindre 48,1 milliards d'euros, contre 45 milliards en 2015. La part du « made in France » dans la zone euro est tombées de 17,3% en 2000 à 13,4% en 2016.

Pour chacun de ces cinq grands paramètres de mesure de la compétitivité et de la santé économique : croissance, chômage, finances publiques, fiscalité, commerce extérieur ... la France fait désormais moins bien que l'ensemble de la zone euro, et pas seulement que l'Allemagne.

Certes la France demeure un poids lourd géopolitique...

Nous siégeons comme membre permanent du conseil de sécurité de l'ONU. Nous disposons d'une dissuasion nucléaire indépendante. Nous demeurons la deuxième puissance militaire du monde occidental. Certes la France est la sixième puissance économique du monde. Mais l'offre politique présidentielle semble vouloir ignorer ou survoler les indicateurs de la compétitivité réelle. Pas la demande politique des citoyens qui connaissent trop bien le réel et ressentent précisément la gravité de la situation à venir. Dans ce décalage démocratique qui dure depuis trop longtemps entre offre et demande politique poussent les racines de l'insatisfaction citoyenne, parfois de l'abstention et souvent de l'indécision électorale. Ce dimanche, le résultat du premier tour sera construit entre rejet ou adhésion, mais très largement sans confiance politique.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 22/04/2017 à 9:44 :
Les données sont effectivement terribles et montrent bien que l'on est pas sortis du marasme, et que la machine ne va pas repartir comme par enchantement, grâce à une croissance exogène principalement européenne.. Jamais offre politique n'aura été plus désespérante, entre extrémismes insupportables et à la limite du ridicule, ou le tintamarre des casseroles qui empêcheront la mise en place des mesures de sagesse nous permettant le retour à une situation financière un peu moins risquée, ou le demain-je-rase-gratis, de feu le PS (Merci pour ce moment, Hamon, d'avoir pulvérisé un parti historique..), mais aussi des gens qui veulent incarner le renouveau de la politique, en engageant déjà des mesures irréalistes très populaires, mais donc populistes: comment adhérer à son projet d'embauche d'un aide de vie par jeune handicapé quand on sait qu'ils sont 250 000 à 300 000, ou comment adhérer à la suppression de la taxe d'habitation pour 80% des foyers fiscaux, alors qu'il s'agit de remettre de la responsabilité dans le système, et de s'occuper des 10% les plus fragiles.. Nous irons voter, car l'heure est grave, mais sans remettre le sort de la France à qui que ce soit! l'heure est trop grave pour se reposer sur des politiques dont les pieds ne touchent pas le sol..
a écrit le 22/04/2017 à 9:40 :
Le plus dur c'est de faire la part des choses entre propagande et information, ce qui me pousse a dire que les moins médiatiques sont les plus sérieux!
a écrit le 21/04/2017 à 14:45 :
je reprend la remarque de johnmckagan :
"Quel intérêt de balancer des tonnes de chiffres si c'est pour les sortir de leur contexte?"

A commencer par le déficit de la balance.

DEFICIT BALANCE COMMERCIALE
Il a grimpé en 2016, alors qu’il avait diminué les années précédentes.
La progression des importations sont freinées en 2016 : +3,6 % après +6,4 % en 2015.
Tandis que la croissance des exportations passe de +6,0 % en 2015 à +0,9% en 2016.
Résultat, le solde extérieur a pesé davantage sur la croissance en 2016 qu'en 2015, soit −0,9 point après −0,3 point en 2019.
Mais les échanges commerciaux ont néanmoins augmenté.

2016, année catastrophe :
Freinage de la croissance mondiale, principalement Chine.
Réseau SNCF détruit par les intempéries.
Syndicats : blocage ferroviaire, ports, raffineries, aéroport,……
UBER : bordel dans Paris.
Boutonneux : blocage Paris loi El connerie.
Attentats : baisse touristique dont hôtelière. Baisse sortie culturelles et salons.
Météo pourrie : Récolte de céréales inférieure de 30% de la moyenne des 5 années précédentes, donc exportations en berne dans ce secteur majeur pour notre économie.
Etc.

Balance extérieure produits agricoles, sylvicoles, de la pêche et de l'aquaculture :
2015 : + 2, 617 milliards
2016 : + 252 millions
Perte en 2016 par rapport à 2015 : 2, 365 milliards.
Ici on a déjà quelques points de croissance qui s’envolent.
Il suffit de chercher un peu les infos, et d’analyser un minimum une situation donnée. Mais c’est plus compliqué que de faire un article à charge sans l’argumenter clairement !
Ce dernier chiffre est a comparé avec la différence de balance 2015/2016.

DEFICIT COMMERCIAL FRANCE
Solde FAB-FAB (Douanes)
2011 : - 74,510 milliards
2012 : - 67,582
2013 : - 61,540
2014 : - 58,306
2015 : - 45,669
2016 : - 48,115 milliards
Réponse de le 21/04/2017 à 15:45 :
Pas d'accord du tout cher Marco1, les chiffres sont bien les bons et pas sortis du contexte que vous décrivez à votre sauce. La tendance est belle et bien là déclinante et incertaine compte tenu du contexte global que vous invoquez !
Réponse de le 21/04/2017 à 15:59 :
Et bien ! C'est vous qui réécrivez le réel sans honte ! Les chiffres sur 10 ans sont bien ceux délivrés dans ce très bon papier et la liste de cette triste tendance pourrait être rallongée sans difficulté!. Êtes vous susceptible d'être au chômage ? Vivez vous dans l'univers concurrentiel ?
Réponse de le 21/04/2017 à 17:48 :
L'article indique: "Le déficit extérieur de notre pays s'est creusé en 2016 pour atteindre 48,1 milliards d'euros, contre 45 milliards en 2015"
C'est grave mais anecdotique puisque la tendance depuis plusieurs années est à la baisse.
....
veuillez noter svp que je n'écris pas que la France va super bien, ou qu'il n'y aurait pas des progrès à faire, je rétablis juste la réalité.
.......
INDUSTRIE TOTALE FRANCE
Est-ce que les emplois dans l’industrie totale française déclinent ?
Avant 2011 : oui fortement
Depuis 2012 : oui moins rapidement
En pourcentage d’emploi :
1980 : 24,1%
1990 : 20,3
2000 : 16,7
2005 : 14,8
2006 : 14,4
2007 : 14,1
2008 : 13,9
2009 : 13,3
2010 : 12,9
2011 : 12,8
2012 : 12,7
2013 : 12,5
2014 : 12,4%
Parallèlement la part de l’industrie dans le PIB a quasiment stoppé sa chute depuis 2011.
........
La part mondiale de l’économie française a enrayé sa chute en 2014, les chiffres CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement) confirment aussi pour l'année 2015.
........
PIB FRANCE
2012 : 2087 milliards
2013 : 2115
2014 : 2140
2015 : 2181
2106 : 2232

DEFICIT BUDGETAIRE
2012 : 87,2 milliards.
2015 : 70,5
2016 : 69,9

DEFICIT PUBLIC
2012 : 100,448 > 4,8% du PIB.
2015 : 76,509 > 3,6 du PIB.
2016 : 75,9 > 3,4% du PIB
DEFICIT SECURITE SOCIALE :
2012 : 13,3 milliards. L’héritage.
2015 : 4,7
2016 : 2,9

POUVOIR D’ACHAT MENAGES:
2013 : stagnation
2014 : +1,1%
2015 : +1,6%
2016 : +1,9%

CONSOMMATION MENAGES :
2013 : +0,3%
2014 : +0,7%
2015 : +1,5%
2016 : +1,8%
.....
Et je suis en accord avec "Mais l'offre politique présidentielle semble vouloir ignorer ou survoler les indicateurs de la compétitivité réelle."
Ce n'est pas une raison faire un amalgame-bricolage-partisan avec les chiffres.
.....
C'est justement faire le jeu des extrêmes, qui nous font des jolis discours, mais planteront notre économie à coup sur s'ils sont réellement élus.
a écrit le 21/04/2017 à 14:23 :
Quel intérêt de balancer des tonnes de chiffres si c'est pour les sortir de leur contexte?
La dette? En pourcentage de PIB, elle est en baisse cette année.
La croissance? Se limiter aux trois dernières années masque la réalité. La France n'a rien a envier aux autres pays de la zone euro car elle a globalement mieux résisté à la crise que certains pays voisins et les rattrapages récents de certains pays ne changent rien à ce constat. En fait seul l'Allemagne sort du lot à long terme.
Le commerce exterieur? Pour information le déficit commercial était de 67 milliards en 2012.
Quant au niveau de dépense publique, il ne faut pas oublier que le secteur public créé des richesses au même titre que le privé et contribue au pib. Ce qui est fondamental, ce c'est que l'argent public soit bien utilisé et si c'est le cas, il contribue au développement économique du pays (santé, éducation, recherche, infrastructures). Mais à lire cet article, on peut penser que l'argent public est brulé dans des incinérateurs.
Réponse de le 21/04/2017 à 15:48 :
Encore une fois que cela vous plaise ou pas, les chiffres sont bien là et ils décrivent un déclin. Ouvrez les yeux et préparez vous à commenter un autre match très prochainement. Quid du chômage ? Quid de celui des jeunes ? Quid de la fiscalité ? ... la liste peut être longue ...
a écrit le 21/04/2017 à 13:07 :
#jeanchristophegallien, j'aime bien le pointage de l'absence de confiance mais j'insisterai aussi sur la nouveauté des 4 demi-finalistes ! Ce que vous avez fait sur France Info cette semaine il me semble. C'est là une bonne nouvelle !
Réponse de le 21/04/2017 à 19:21 :
Definitif, vous avez raison, voici l'essentiel : l'émergence de 4 courants très distincts en terme de base idéologique autant que citoyenne. C'est vraiment la good news qui va trouver un prolongement au coeur des législatives.
a écrit le 21/04/2017 à 12:21 :
#jeanchristophegallien je tweet et retweet ca : "Ce dimanche, le résultat du premier tour sera construit entre rejet ou adhésion, mais très largement sans confiance politique." Bravo
Réponse de le 21/04/2017 à 13:08 :
@ClicClac c'est vrai que je partage votre enthousiasme mais encore une fois je pousserai les points positifs de cette élection : l'émergence de 4 offres politiques qui ne se superposent pas. La friction est bonne !
a écrit le 21/04/2017 à 11:57 :
#jeanchristophegallien je tweet et retweet ca : "Ce dimanche, le résultat du premier tour sera construit entre rejet ou adhésion, mais très largement sans confiance politique." Bravo
Réponse de le 21/04/2017 à 19:19 :
Merci ClicClac pour ces compliments. Je pense en effet que la confiance a disparu pour un temps de l'espace politique.
a écrit le 21/04/2017 à 11:02 :
"Ce dimanche, le résultat du premier tour sera construit entre rejet ou adhésion, mais très largement sans confiance politique. "

Et oui, vérité qui ne fait pas la une des journaux, les gens vomissent les politiciens, le peuple serait largement prêt à une auto gestion mais c'est le système pyramidale qui continue de nous être imposé.

Du coup ce sont les candidats des médias qui une fois de plus seront élus, qui continueront de favoriser 30% de revenus pour les milliardaires qui continueront d'appauvrir le peuple.

Quand tout progressisme est éradiqué dès sa naissance par des gens qui s'affirment progressistes.

Démocratie ?

Sinon je regrette de ne pas lire Santi avant ces élections mais bon je comprends que ses articles intelligents et objectifs gênent puissamment la fabrique à opinion, dommage en ces temps de promesses mensongères et de fanatismes militants la clairvoyance étant toujours rassurante à lire.
Réponse de le 21/04/2017 à 12:16 :
Citoyen Blasé, je crois que ces colonnes poussent dans le sens d'une ouverture vers des paroles libres, ouvertes parfois en friction. C'est l'honneur du travail de @LaTribune depuis de longues années et avec sa nouvelle équipe. Et oui il n'existe plus de confiance !
Réponse de le 21/04/2017 à 13:10 :
@CitoyenBlasé etes vous certains que tous les candidats sont à placer au même niveau d'imposture ?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :