Quand les bulles éclatent...

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La chute des marchés ne sera pas sans conséquence sur l'économie réelle. Par Stéphanie Villers, économiste, Humanis

Trop c'est trop. C'est en filigrane ce que nous révèlent ces derniers jours les marchés financiers. On croyait qu'ils en voulaient davantage avec plus de liquidités et de plans d'assouplissement monétaire mais en fait, la dégringolade des bourses qui se poursuit depuis le début d'année nous montre que l'overdose est proche et que les marchés sont prêts à craquer. Les bulles se dégonflent.

Les marchés financiers font prendre l'eau à la croissance mondiale

Depuis quelques jours, toutes les raisons sont bonnes à prendre pour broyer du noir. Après la chute du pétrole, le ralentissement de la Chine et des Etats-Unis, maintenant voilà que les craintes se portent désormais sur les banques ou encore sur les valeurs technologiques. Vu des marchés, les fondations de la croissance mondiale lâchent de toutes parts. Les « esprits animaux » prennent le dessus et les investisseurs sombrent dans l'exagération et l'irrationnel.

Il est vrai que les banques se cherchent. Elles ont besoin de renouveler leur business model pour être en phase avec l'apport du numérique mais elles restent solides et dégagent de confortables résultats. De même, les startups, parties sur les chapeaux roues, nécessitent des ajustements mais leurs perspectives de croissance sont réelles.

En Chine, les autorités locales ont du mal à communiquer mais leurs objectifs de long terme sont clairement identifiés. La phase de transition menée afin de développer le secteur des services au détriment de l'industrie commence à porter ses fruits avec des pans de l'économie qui s'en trouvent déstabilisés. Mais pouvait-il en être autrement ? On n'abandonne pas un secteur au profit d'un autre sans dommage collatéral.

Des signes d'essoufflement aux Etats-Unis

Aux Etats-Unis, s'il est vrai que l'économie commence à montrer des signes d'essoufflement après six ans de croissance discontinue, reste que le potentiel au niveau du secteur des services demeure. De même, rappelons que les mesures prises par la Federal Reserve pour sortir le pays de la crise de 2008 ont fonctionné. Les trois Quantitative Easing lancés successivement entre 2008 et 2014 ont permis de relancer la machine économique. L'activité américaine est peu à peu repartie, le chômage a régressé. La confiance des ménages et des entreprises est venu en soutien de la croissance.

Le début de la fin annoncé par les marchés

Mais, si la déprime boursière se confirme, les marchés vont finalement avoir raison induisant des phénomènes auto-réalisateurs. Un éventuel krach boursier ne serait sans conséquence sur l'économie réelle. La contamination passera par les ménages américains. Lorsque les bourses vont plier, leur richesse diminueront et avec elle, leur envie d'y croire et de dépenser. Les deux tiers de la croissance américaine sont engendrées par les dépenses des ménages. Si les américains consomment moins, les chinois produiront encore moins et les effets de compression et de contagion se diffuseront par le commerce mondial.

La zone euro, « les promesses de l'aube » évanouies

La zone euro, à peine sortie la tête de l'eau, verra son économie sombrer de nouveau dans une croissance sans allant. Pourtant, le contre-choc pétrolier cumulé à la faiblesse de l'euro et les taux d'intérêt bas constituaient ensemble un contexte conjoncturel inédit et rarement égalé pour soutenir l'activité de l'économie européenne. 2016 devrait être l'année du rebond européen. L'investissement allait enfin sortir la tête de l'eau grâce à l'octroi de crédits facilité par le système bancaire.

Déjà, la BCE se félicitait du bien-fondé de sa politique monétaire non-conventionnelle lancé en mars 2015 et annonçait vouloir en faire davantage dès mars prochain. Mais, ce qui marche pour les uns, ne fonctionne pas forcément pour les autres. La conduite des actions de la BCE n'arrive plus à convaincre et les effets stimulants de sa politique sur les marchés boursiers se délitent.

Les marchés doutent

Les marchés ont fini, en effet, par douter de l'efficacité des quantitative easing qui risquent de se transformer peu à peu en pierre d'achoppement contre laquelle les indices boursiers vont invariablement buter. A la décharge des marchés, leurs craintes proviennent peut-être aussi de l'incapacité de la zone euro à se renouveler et à remettre à plat les modèles du passé pour envisager à l'unisson les voies de la croissance pour demain. A quoi, en effet, des liquidités supplémentaires serviraient-elles si les perspectives de développement ne sont pas au rendez-vous ?

Les marchés financiers ont su miser sur le rebond de la croissance américaine depuis fin 2009 mais semblent aujourd'hui avoir du mal à envisager une réelle reprise en zone euro sans le soutien des Etats-Unis et de la Chine. Et même l'injection massive de liquidités n'arrive plus à stimuler l'enthousiasme. La capacité de la zone euro à prendre seul le relais de la croissance des deux premières puissances économiques qui s'essouffle semble peu probable.

Heureux qui comme les Etats-Unis ont connu les bienfaits de la croissance pendant plus de six ans. En zone euro, alors que la crise est venue d'outre-Atlantique, les perspectives restent conditionnées aujourd'hui à la capacité de la bourse américaine à ne pas sombrer trop rapidement dans le rouge. Les 10% de la population européenne au chômage qui pouvaient entrevoir un espoir de retour à l'emploi vont pour la plupart être empêchés par une croissance qui n'arrivera pas à renaître de ses cendres. Tel semble être le scenario économique que prévoient aujourd'hui les marchés financiers pour 2016.

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Commentaires
a écrit le 11/02/2016 à 14:53 :
Merci d'avoir fait paraître mon propos inverse à la pensée générale.
Je propose à Madame Villers de s'intéresser au Fonds de Stabilisation Boursier. Où comment "soigner le mal par le mal" avant d'adapter les réglementations.
a écrit le 11/02/2016 à 13:55 :
Si les marchés prévoyaient réellement le scenario décrit les volumes échangés seraient tellement à la hausse que l'AMF devrait encore débrancher le courant comme elle l'a déjà fait. Aveu lors d'une émission de Cash Investigation. Cette phase est normale dans le contexte actuel et annonce une forte hausse, forte hausse qui a échéance de quatre ans sera créatrice d'un environnement inverse. Je vous propose également d'intégrer l'effet comptable mark-to-market dans vos raisonnements qui fausse les cours à plus de 98% quotidiennement.
a écrit le 11/02/2016 à 13:34 :
Absolument rien dans le texte pour faire un quelconque rapport de causalité marchés vers économie réelle. L'inverse, oui, à la marge vu les QE.
a écrit le 11/02/2016 à 13:26 :
"Un éventuel krach boursier ne serait sans conséquence.."
-> ne serait pas sans conséquence
a écrit le 11/02/2016 à 13:20 :
merci de ne pas parler de 'marches' ou ' d'operateurs'
99% des operations sont faites par des robots, de preference pilotes par des banques americaines qui ont besoin de gagner sur leurs shorts, puis de pouvoir racheter pas trop cher
en clair, ils ne gagnent qqch que s'il y a de la volatilite
il suffit de voir que la baisse est expliquee par une suite hallucinante d'excuses... ben oui ma bonne dame, on justifie ca comme on peut, ce qui n'empechera pas de justifier la hausse avec les arguments contraires
un robot ca ne pense pas, on lui demande de se mettre short, il le fait ( avec effet de levier), apres faut faire courir la rumeur, histoire de justifier, et d'entretenir la flamme...........
je vous met a 1000 / 1 que quand les prix du petrole vont remonter, si ca a besoin de baisser, les marches vont nous expliquer que le petrole cher va amener la recession aux etats unis ( alors que le petrole pas cher amene la recession ailleurs donc aux etats unis aussi)

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