Quelle réalité de l'immigration en France ?

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Migrants réfugiés en Grèce
Migrants réfugiés en Grèce (Crédits : Reuters)
L'économie internationale en campagne, avec le CEPII. Questions à Anthony Edo, économiste au CEPII.

-La France est-elle un pays d'immigration massive ?

Oui elle l'a été... à la fin des années 1920, lorsque le pays affichait un taux d'immigration record devant les États-Unis, ou dans les années 1950-1960. Aujourd'hui, avec en moyenne 200 000 immigrés (définis comme des personnes nées étrangères à l'étranger) qui sont entrés chaque année sur le territoire français entre 2004 et 2012 selon l'INSEE ou 235 000 en 2013, soit entre 0,3 % et 0,4 % de la population française, on est loin d'un phénomène massif. A titre de comparaison, ce chiffre correspond à l'arrivée de 291 supporters dans un Stade de France de 81 000 places. Avec un tel taux d'immigration, la France est en dessous de la moyenne des pays de l'OCDE, qui s'établit à 0,6 %. En outre, pour évaluer de façon pertinente le flux d'immigrés, il faut soustraire aux 235 000 entrées de 2013 les 95 000 immigrés qui ont quitté la France cette année là, ce qui porte le flux net d'entrées d'immigrés à 140 000.

Une autre façon de répondre à la question est de quantifier la contribution des migrations à la croissance de la population française. Pour cela, il convient de comparer le flux net d'immigrés au solde naturel (naissances moins décès). En 2013, la France comptait 243 000 naissances de plus que de décès. L'apport de l'immigration net à la croissance de la population française est donc de moins de 40 % (140 000 / (243 000 + 140 000)). A comparer aux presque 200 % que représente l'apport des migrations à la croissance de la population allemande, du fait d'un solde naturel négatif lié à une fécondité en berne.

-Donc pas tant d'entrées nettes que ça chaque année. Mais qu'en est-il de la présence immigrée en France ?

Au siècle dernier, la part des immigrés dans la population française est passée de 6,6 % en 1931 à 7,4 % en 1975, puis s'est stabilisée jusqu'au milieu des années 1990. En 2014, l'INSEE a recensé un peu moins de six millions d'immigrés en France, soit 8,9 % de la population. Parmi eux, 3,6 millions sont de nationalité étrangère et 2,3 millions, soit 39 % des immigrés, ont acquis la nationalité française. Selon l'OCDE, la France se situe ainsi au 17ème rang des pays développés pour la part d'immigrés dans la population ; en Allemagne et aux Etats-Unis, par exemple, 13 % de la population est immigrée en 2013.

-Ces chiffres sont-ils conformes à la perception que les Français en ont ?

Loin de là. Les Français interrogés en 2010 par le Transatlantic Trend Survey estimaient que la part des immigrés était de 24 % alors qu'elle n'était que de 8,5 %. Cette surestimation du nombre d'immigrés qui résident dans leur pays n'est d'ailleurs pas propre aux Français. Les Allemands et les Américains, par exemple, estiment le pourcentage d'immigrés dans leur population respective à 22 % et 37 %, bien au-delà des 13 % réels.

< Ces écarts sont-ils liés à l'immigration irrégulière ?

Chiffrer l'immigration irrégulière est par définition difficile. Mais si l'on s'appuie sur les 282 000 demandes de l'aide médicale d'État offerte en 2013 aux étrangers en situation irrégulière ou même sur le chiffre plus élevé qui circule de 500 000 immigrés en situation irrégulière, la part des immigrés dans la population française n'atteint pas 10 %. On est toujours loin de la perception des Français.

-Mais alors pourquoi un tel écart ? Est-ce dû à l'inégale répartition des immigrés sur le territoire ?

Probablement. La très forte concentration locale des immigrés et leur surreprésentation dans des quartiers précarisés et modestes peut conduire les Français à estimer qu'il en va ainsi ailleurs et donc à surestimer le nombre d'immigrés dans le pays.

Cet écart entre le chiffre et la perception tient aussi à des confusions, comme celle entre immigrés et personnes nées en France de parents immigrés qui, par définition, n'en sont pas. Cependant, si on ajoute à la population immigrée les individus nés en France dont au moins l'un des deux parents est immigré, on obtient une proportion d'environ 19 % de la population française en 2011, ce qui pourrait indiquer que cette confusion contribue à l'écart observé. Le regroupement familial fait l'objet d'une autre confusion lorsque le discours politique en fait la principale source d'immigration en France, alors qu'il a représenté moins de 24 000 personnes immigrées en 2014 selon le ministère de l'intérieur, soit 11 % seulement du total. C'est un dispositif qui permet aux étrangers vivant en France de faire venir conjoint et enfants de moins de 18 ans. Il ne faut pas le confondre avec l'entrée des membres étrangers de familles de Français sur le territoire qui représente la plus forte composante des admissions au séjour pour motif familial (99 374 personnes).

-Cette perception de l'immigration peut-elle changer ?

Pour cela, il faut informer davantage. Une étude réalisée par des chercheurs des universités d'Oxford et Bocconi montre clairement que les individus, lorsqu'ils sont informés des chiffres de l'immigration, sont moins enclins à considérer que les immigrés sont trop nombreux.

Source : INSEE

Propos recueillis par Isabelle Bensidoun & Jézabel Couppey-Soubeyran

-Pour aller plus loin

Chojnicki X. et Ragot L. [2012], « Pour une refondation de la politique migratoire française », Billet de Blog du CEPII, 18 juin.

Edo A. [2016], « Migrations et mouvements de réfugiés : état des lieux et conséquences économiques », in CEPII L'économie mondiale 2017, La Découverte, « Repères », Paris.

Grigorieff A., Roth C., Ubfal D. [2016], « Does Information Change Attitudes Towards Immigrants? Evidence from Survey Experiments », Available at SSRN: https://ssrn.com/abstract=2768187, November 12.

Héran F. [2005], « Cinq idées reçues sur l'immigration », Population et Sociétés, n° 397.

Insee Première [2014], Les immigrés récemment arrivés en France, n° 1524, novembre.

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Commentaires
a écrit le 27/07/2017 à 18:17 :
Ai trouvé un excellent article/étude de @bernard jomard sur les évolutions démographiques ,le vieillissement, les migrations et réfugiés , à lire sur : http://bernard-jomard.com/2016/03/09/refugies-migrants-regardons-la-verite-en-face/
a écrit le 27/01/2017 à 8:30 :
Ouiais je prend les transports en commun en île de France et Paris depuis 35 ans et mon ressenti c est que le nombre des personnes de couleurs a explosé et sur certaines lignes a partir de 22h00 je suis le seul blanc dans la voiture.
a écrit le 21/01/2017 à 10:34 :
ARTICLE INUTILE??? ///LA PLANETE PEUT POUVOIR AUX BESOINS DE TOUS MAIS PAS A LA CUPIDITE DE CERTAINS/// GANDHI///
a écrit le 21/01/2017 à 10:33 :
ARTICLE INUTILE??? ///LA PLANETE PEUT POUVOIR AUX BESOINS DE TOUS MAIS PAS A LA CUPIDITE DE CERTAINS/// GANDHI///
a écrit le 20/01/2017 à 14:08 :
Cet article est d'une mauvaise foi ! On peut vraiment tout faire dire à ces chiffres. La réalité c'est que toutes ces personnes non assimilées qui vivent dans les cités sont déjà françaises et ne sont plus dans vos statistiques. Qui d'ailleurs comptent en vrac les immigrés d'origine européennes comme les ingénieurs allemands ou les roms de Bulgarie, les étudiants bac+5 africains ou les réfugiés économiques du Sahel.
La réalité est toute autre que vos statistiques, il n'y a qu'à voir une école vers Béziers ou en Seine Saint Denis : plus aucun blanc.
a écrit le 17/01/2017 à 21:19 :
La dernière blague chez les "migrants" :
- Tu sais, Mohamed il a reçu ses papiers !
- Ah, oui, qu'est que c'est ?
- Une OQTF !
Réponse de le 17/01/2017 à 21:50 :
Bôf, une OQTF étant rarement mise à exécution par la contrainte, elle équivaut presque à une carte de séjour...
a écrit le 17/01/2017 à 20:12 :
Résoudre un problème c'est savoir avant tout se poser les bonnes questions. "Entre 1998 et 2015, la hausse de la natalité en France (+ 3,0%) est due uniquement aux naissances issues de couples dont au moins un des conjoints est né à l'étranger (quelle que soit sa nationalité). Il y avait ainsi en 2015, 225 119 nouveau-nés dont au moins l'un des parents était né à l'étranger, soit 29,6 %, contre 23,3 % en 1998 soit une augmentation de 27 %." (cf 30s de recherche wikipédia, statistiques provenant de l'insee). CQFD, le ressenti des Français vient de là. Isabelle Bensidoun & Jézabel Couppey-Soubeyran ont visiblement encore une marge de progression pour devenir des journalistes d'investigation.
a écrit le 17/01/2017 à 19:49 :
Le problème, c'est que les 10% d'immigrés sont concentrés essentiellement dans les grandes métropoles en particulier en île de France. C'est la raison de l'inquiétude des français. Le vote FN traduit ce déséquilibre géographique.
Réponse de le 17/01/2017 à 21:52 :
ceci étant le vote FN est bien plus faible en Ile de France qu'en Hauts de France, en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes ou encore PACA...
a écrit le 17/01/2017 à 18:14 :
"Aujourd'hui, avec en moyenne 200 000 immigrés (définis comme des personnes nées étrangères à l'étranger) qui sont entrés chaque année sur le territoire français entre 2004 et 2012"

Et donc entre 1976 et 2004, personne ?

Décret du 29 avril 1976
Le regroupement familial fut rendu légal, et institutionnalisé, par le président Valéry Giscard d'Estaing, son premier ministre Jacques Chirac et le ministre du Travail Michel Durafour.
a écrit le 17/01/2017 à 17:06 :
Le point positif est que la personne interviewé comprend pourquoi la perception de l immigration est differente de ses chiffres. Le probleme c est que sa conclusion reste "il faut faire de la communication" ("il faut informer davantage") alors qu il devrait se demander pourquoi les francais considerent que quelqu un né en France est toujours un immigré... Petit indice pour l aider : si vous revendiquez les traditions du pays d origine de vos parents, si vous parlez mal le francais, si vous mettez le souk en france (cf Traore a Persan Baumont) ou que vous portez un voile islamique eh bien oui, on vous considere comme immigre malgre votre carte d identite francaise ...
a écrit le 17/01/2017 à 16:30 :
"Aujourd'hui, avec en moyenne 200 000 immigrés", ça c'est le chiffre officiel, mais il y a aussi tous les illégaux que l'on ne déporte pas ou que l'on régularise périodiquement. Ceux-là, en Amérique du Nord, on les met dans l'avion !!! Alors, quand les socialos disent que 30 000 personnes à accueillir, c'est pas beaucoup, ils oublient de dire que c'est 30 000 de plus et qu'ils créent un appel d'air pour les autres. Quand on entend Hamon qui refuse de donner un chiffre d'accueil, il sous-entend que c'est l'opération portes ouvertes qu'il envisage. Et comme il prône le revenu universel, c'est-à-dire pour tous, on est certain que le pays sera complètement démantelé si les socialos ne disparaissent pas de la scène !!!

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