Retraites : le pari de Macron face à la démagogie de Le Pen

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(Crédits : © Christian Hartmann / Reuters)
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui : le pari de Macron face à la démagogie de Le Pen des retraites.

Avec la présidentielle, que peut-on attendre sur le front des retraites ? C'est un sujet crucial. Il s'agit du premier poste de dépenses sociales en France, principal contributeur à nos écarts de dépenses publiques avec les autres pays de l'OCDE.

Les réformes ont rééquilibré le système, à court terme seulement

Premier constat. Les pensions versées aux retraités ou aux survivants représentaient plus de 15% du PIB en 2015, ce qui place la France très nettement au-dessus de la moyenne européenne. Grâce aux réformes de 2010 et 2013, le régime vieillesse est peu ou prou équilibré aujourd'hui. En léger excédent de 1,1 milliard, même, si l'on s'en tient aux comptes du régime général. En déficit de 2,6 milliards si l'on intègre les pertes du fond de solidarité vieillesse.

Mais le choc de la dépendance, c'est maintenant. Il est moindre qu'ailleurs, compte tenu de notre natalité, mais se concentre sur les deux décennies à venir. Les ajustements de 2010-2013 sont calibrés pour permettre de tenir la route financièrement. Mais au prix d'un allongement de la durée de cotisation et d'une perte relative de pouvoir d'achat des retraités par rapport aux actifs, pour dire les choses très vite.

Avec Marine Le Pen, c'est le retour à la case départ

Marine Le Pen propose d'annuler les ajustements faits jusqu'ici avec un retour à 60 ans de l'âge légal de départ à la retraite, le rétablissement à 40 ans du nombre d'année de cotisations,  et une meilleure prise en compte de la pénibilité et des carrières précoces. Elle prévoit également de revaloriser le minimum vieillesse, de le conditionner à la nationalité française ou au temps de résidence en France, et de majorer les pensions de retraite pour les parents de familles nombreuses.. Bref, il s'agit là d'un retour à la case départ et d'un total déni des contraintes de financement du système sur le long terme.

La réforme Macron : suppression des régimes spéciaux et du RSI, retraites à points

Emmanuel Macron, de son côté, propose un statu quo de surface. Il ne remet en cause ni le principe de répartition, ni le paramétrage du système issu des réformes de 2010 et 2013 : que ce soit l'âge légal, la durée de cotisation ou le montant des pensions.  Mais sa proposition de basculement vers un système de comptes notionnels (appelé par abus retraite à points) change beaucoup de choses dans les faits.

Dans ce système, chaque actif dispose d'un compte virtuel qui agrège l'ensemble de ses cotisations tout au long de sa carrière. C'est ce capital virtuel qui se transforme en droit à la retraite grâce à un coefficient de conversion. Ce coefficient est modulé en fonction de l'âge de départ à la retraite, et de l'espérance de vie de chaque génération au moment de son départ à la retraite.

Tout cela revient à supprimer les régimes spéciaux et le RSI,  en créant un cadre universel, identique que l'on soit fonctionnaire, salarié du privé, ou indépendant.

Le départ à 62 ans deviendrait purement théorique

Ce système incite ensuite à travailler plus longtemps, puisque plus l'âge de retraite est décalé, plus la pension est élevée. Et cette incitation est d'autant plus forte que l'espérance de vie augmente, puisque le rallongement de l'espérance de vie tend à diminuer le coefficient de conversion. Autrement dit, le maintien à 62 ans de l'âge légal devient très théorique. Et les gouvernements n'auraient plus à légiférer sur l'épineuse question de l'âge de départ.

Ce système crée enfin une incertitude sur le montant des pensions à terme, puisque le candidat propose un étalement sur 10 ans de sa réforme. Le distinguo entre la fonction publique qui retient les 6 derniers mois de rémunération hors prime, et le privé qui retient les 25 meilleures années de salaire,disparaît dans ce système. Les modalités de revalorisation du taux de conversion, fixé de sorte à équilibrer en permanence le système, créent aussi une forte incertitude sur la trajectoire future du pouvoir d'achat des retraites.

Le futur psychodrame ?

Difficile, dans ces conditions, et alors que la réforme Macron doit s'appuyer sur une longue concertation, de dire qui seront les gagnants et perdants. Mais indéniablement, une redistribution s'opérera. Et cet élément en apparence très technique du programme d'Emmanuel Macron pourrait bien être le psychodrame n°1 de son quinquennat.

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a écrit le 05/05/2017 à 14:23 :
Les comptes notionnels de Macron sont dramatiques pour tous les salariés. Les retraites seront très fortement diminuées et imprévisibles chaque année. On est loin des 25 meilleures années. C'est en gros le capital accumulé pour la pension divisé par l'espérance de vie. Catastrophique comme en Suède où 30 % ont le minimum vieillesse. Travailler ne sert à rien.
a écrit le 03/05/2017 à 22:54 :
Aujourd’hui, il y a presque 14 millions de retraités....rendez vous compte ce que cela représente en effort financier chaque mois ...en sachant que la France emprunte pour cela !
Que va t il se passer lorsque les équilibres ne seront plus là ...?
Réponse de le 05/05/2017 à 11:04 :
Ce sont les cotisations des actifs qui financent les retraites et les retraités ont été des actifs. La solution pour le gouvernement est donc de réduire le chômage promesse non tenue de Mr Hollande
a écrit le 03/05/2017 à 15:34 :
"Et cette incitation est d'autant plus forte que l'espérance de vie augmente"

Cette esperance de vie est calculé à chaque fois sur la population de baby-boomer très nombreuse nées dans les années 45/55 ,ceux qui ont pu au contraire partir plus tôt à 60 voir pré-retraite à 55 ou mis en disponibilité par l'entreprise dès 50 ans dans les grands -groupes souvent payé par le gel des augmentations salariales pendant des années des actifs restants c'est à dire ceux qui vont en plus se taper une retraite à 65 ans dans les projections actuelles , pas de pitié .De nombreux cadres et du management sont partis de cette façon et s'en sortent très bien financierement ,environ deux millions entre 90/2000, population très discrete sur ce sujet, on les comprends d'autant que beaucoup votent aujourdhui dans des partis qui veulent repoussée l'âge de la retraite à 65 ans ...pour les autres .Je peux me tromper , mais je pense au contraire que la durée de vie va chuter surement plus vite que prévue dans les années à venir , vu les conditions de travail , la précarité accrue , un systeme de soin qui part en sucette .Sans oublier, les métiers ou la durée de vie est inferieure de 7 ans par rapport à d'autres professions.
a écrit le 03/05/2017 à 14:34 :
E Macron ne propose t-il pas un système similaire à ceux de Arrco et Agirc ? Je n'ai pas vérifié en détail mais il me semble que ces retraites sont gelées depuis trois (?) ans et qu'à partir de 2018 (?) elles seront indexées à "inflation -1" (sans perte) de façon à pouvoir assurer l'équilibre.
Le grand changement serait pour les fonctionnaires.
Cordialement
Réponse de le 03/05/2017 à 15:48 :
@Bernardino

Le régime par points est le mécanisme de calcul de la retraite utilisé par les régimes de retraite complémentaires.Au lieu de calculer la retraite comme un pourcentage du revenu moyen, ces régimes attribuent aux assurés un certain nombre de points, calculé en fonction du montant de leurs cotisations. Les assurés acquièrent tout au long de leur vie professionnelle, sur la base des cotisations prélevées chaque mois sur leur salaire, des points qui, à la retraite, sont convertis en euros. La valeur du point est actualisée chaque année.

Dans le cas de l'Agirc, il existe un plancher de cotisation, appelé la "Garantie minimum de points", et qui correspond à l'acquisition de 120 points annuels. En 2017, ce montant plancher s'élève à 70,38 euros de cotisations (patronale + salariale) par mois.Les cotisations à l'AGIRC et à l'ARRCO sont majorées par un taux d'appel de 125 %, ce qui fait qu'une partie des cotisations versées ne génère pas de points.En pratique, cela signifie que sur 1 000 € de salaire, un salarié paiera 7,75 % de cotisations, soit 77,5 euros, mais n'accumulera des points que sur 6,20 %, soit 62 € à diviser par le prix d'achat du point.
Réponse de le 03/05/2017 à 18:47 :
@la chose
Je connais très bien les mécanismes que vous décrivez. Quand j'ai commencé à travailler, il semble me souvenir qu'on payait 120% pour 100% pour le calcul des points Arrco/Agirc et ensuite la cotisation a été augmenté à 125%.
On peut donc en déduire que le système proposé par E Macron n'affectera pas trop les gens du privé: ils ont l'habitude de se faire "squeezer".
En revanche, pour les fonctionnaires et assimilés, cela risque d'être douloureux surtout si on calcule le salaire moyen sur une durée à
25 ans au lieu des six derniers mois de salaire.
Cordialement
Réponse de le 07/05/2017 à 14:15 :
Si on veut homogénéiser les système de retraite, l'Etat va devoir introduire les primes (15% du salaire en moyenne) dans les salaires et donc dans les retraites pour les fonctionnaires ainsi il ne sera plus nécessaire de prendre les 6 derniers mois de salaire pour établir le montant de la retraite. Ensuite il y a le problème des apprentis qui commencent à payer de la sécurité sociale et vieillesse à 16-18 ans alors qu'un étudiant bien qu'il travaille à ses études universitaires jusqu'à plus de 25 ans il ne cotise à rien ce qui crée un delta de 10 ans au moins pour toucher une retraite maximum. Donc il y a beaucoup de problèmes à régler avant d'homogénéiser les retraites rappelons nous qu'en période d'activité maximum en France les compagnies de chemins de fer on imaginé plein d'astuces sur les primes et retraites pour garder leurs ouvriers et employés spécialisés près à aller dans le privé pour gagner plus à l'époque....
a écrit le 03/05/2017 à 13:37 :
Chacun essaie d'enfumer à sa manière. Le but recherché est de payer le moins possible de retraite, car les fonds collectés sont utilisés à d'autres fins. Le régime Hollande n'a fait que créer plus de pauvres en gelant toutes les retraites pendant son mandat. Il n'a cependant pas touché aux fonctionnaires, parce qu'ils représentent un électorat important. Déjà, à l'heure actuelle, ceux qui auront leurs 43 ans de coitsation auront beaucoup de chances :-)
a écrit le 03/05/2017 à 13:22 :
Suite. Je précise que tout cela est expliqué dans la note n°6 du conseil d'analyse économique, et qu'il est URGENT d'appliquer cette note. Il faut militer pour la faire connaître et l'expliquer.
a écrit le 03/05/2017 à 13:16 :
Le problème des retraites est effectivement le problème essentiel. Il faut répartir le financement des retraites sur le travail sous forme de cotisations sur les salaires, et sur la consommation, sous forme de TVA sociale et de taxe sur l'énergie. L'énergie permet de remplacer ou de compléter le travail humain. Il faut le comprendre; c'est urgent.
a écrit le 03/05/2017 à 12:45 :
REDUIRE LES ECARTS DANS LES RETRAITES ET UNE BONNEI IDEE DEPUIS LONGTENT. LE REGIME DES FONCTIONNAIRES SE SONT BIEN SUCREE SUR LE DOS DES BOITE PRIVES IL ET TEMP DE REMETTRE DE L ORDRE DANS CES INJUSTICES QUI COUTE CHERS AU CAISSES ET QUI LES ONT MIS EN DEFICIT DEPUIS DES ANNEES?ET CETTE AUGMENTATION DE 1.7 DE CSG ET UN MOYEN POUR RECUPREZ C ETTE ARGENT DONNE EN TROP AUX HAUT FONCTINNAIRES???
Réponse de le 03/05/2017 à 15:39 :
" LE REGIME DES FONCTIONNAIRES SE SONT BIEN SUCREE SUR LE DOS DES BOITE PRIVES "

Surtout les cadres , comme dans le privé d'ailleurs.Pour les non-cadres qu'ils soit du privé ou du public ce sera une peite retraite ni plus ni moins.

On peut rappeler qui a accentué cet écart entre privé et public ,faut dire qu'avec 400 députés de droite aux legislatives en 1993 ( appelé vague bleu horizon ) ça aide un peu :

La réforme Balladur de 1993 a allongé la durée de cotisation nécessaire pour liquider sa retraite à taux plein de 37,5 ans à 40 ans dans le privé ; elle a également, toujours dans le privé, fait passer de 10 à 25 le nombre d'années de salaire prises en compte pour le calcul de la pension de retraite.
Une troisième mesure a eu un impact très important sur le niveau des pensions de retraite : c'est le passage d'une indexation sur les salaires à une indexation sur les prix pour le calcul des pensions et leur réévaluation annuelle dans le régime général.
a écrit le 03/05/2017 à 12:38 :
L'un nous fait entrer sans le monde de l'abstrait avec l'UE de Bruxelles alors que l'autre veut nous remettre les pieds sur "Terre"! La France est une "mutuelle" qui se transforme en entreprise privée!
a écrit le 03/05/2017 à 12:35 :
L'un nous fait entrer sans le monde de l'abstrait avec l'UE de Bruxelles alors que l'autre veut nous remettre les pieds sur "Terre"! La France est une "mutuelle" qui se transforme en entreprise privée!
a écrit le 03/05/2017 à 11:57 :
vous oublier de preciser que Mr macron va augmenter de 1.7% la CSG pour les retraites donc une perte du pouvoir d'achat equivalente et ne parle pas des revalorisations pour les annees a venir ,car son mentor Mr hollande na pas revalorise les retraitres depuis trois ans!!!
a écrit le 03/05/2017 à 11:30 :
Tous les salariés concernés par des régimes de retraites spécifiques,fonctionnaires,SNCF,politiques,vont descendre dans la rue..Plus tous ceux qui vont de nouveau se mobiliser contre la loi travail bis de Mr Macron il devrait y avoir du travail pour les CRS et les syndicalistes à défaut de réduire le chômage...
a écrit le 03/05/2017 à 11:26 :
Vous oubliez un détail:Macron a dit que la réforme du régime de retraites prendrait dix ans.Donc suivant le bon vouloir de la CGTCFDTMEDEF on attendra sagement
a écrit le 03/05/2017 à 10:21 :
Vous avez un niveau bien supérieur à ce titre digne des médias de masse.

En ce qui concerne la retraite étant donné que macron redistribuera comme d’habitude les milliards aux milliardaires il est évident qu'il ne remettra pas l'individualisation des gains et la socialisation des pertes en question, du coup on peut quand même tranquillement penser qu'avec la mort de notre économie penser 40 ans voir 20 ans à venir semble réellement optimiste hein.

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