Vite, retrouver le chemin de Téhéran

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(Crédits : DR)
Il faut retrouver le chemin de Téhéran, renouer avec la place de la France en Iran. En évitant de se lier les mains avec nos "nouveaux" amis, ennemis de l'Iran, l'Arabie saoudite et les pays du Golfe. Par Jean Christophe Gallien, professeur associé à l'Université de Paris 1 la Sorbonne, CEO de ZENON7 Public Affairs et Président de j c g a

Cette fois, c'est un accord véritable, définitif ou presque ! Voici que s'ouvre, sous nos yeux, la porte du retour de l'Iran dans le Monde de l'économie mondialisée. L'accord sur le nucléaire sonne le signal de départ de la réouverture officielle du marché iranien. Sorte d'Eldorado contemporain fantasmé par tous ceux qui cherchent de nouveaux leviers de croissance. En ces temps de crises sans fin, l'enjeu est imposant. L'Iran c'est un marché interne aux besoins énormes et immédiats : entre 100 et 150 milliards de dollars de projets seraient gelés ne serait-ce que depuis deux ans. L'Iran c'est surtout de gigantesques réserves de pétrole et de gaz, peu coûteuses à exploiter ... de quoi modifier en profondeur le paradigme énergétique en Europe et dans le Monde ! Certains y voient même un événement géopolitique d'une importance comparable à la chute de l'Union Soviétique.

Aller plus loin

Somme nous prêts, nous français, à retrouver le chemin de Téhéran ? On voit s'organiser depuis plusieurs semaines des opérations collectives ou individuelles. Il faut beaucoup plus et plus loin ! Prenons conscience que les USA sont actifs et depuis longtemps. Ils n'avaient jamais vraiment quitté la Perse ! Ils pensent même cette Région comme une « zone réservée ». D'autres acteurs européens comme l'Allemagne le sont aussi. L'Iran fut une terre de business français mais la France fut l'un des grands perdants de l'embargo.

De quatrième partenaire commercial de l'Iran au début des années 2000, notre position a chuté jusqu'à la 15e position. Insurmontable ? Non car notre histoire commune n'a jamais cessé d'être féconde. Il faut d'urgence mobiliser une véritable équipe de France qui se projette sans aucune retenue sur le terrain Perse. Il faut que la France et ses entreprises participent à l'écriture de cette nouvelle histoire. Total, PSA Peugeot Citroën et Renault bien sûr, mais beaucoup d'autres encore qui doivent marcher dans les pas d'une relation ancienne et intense et pas seulement sur le terrain culturel, diplomatique ou militaire.

 Ne pas ses lier les mains avec l'Arabie saoudite, les monarchies du Golfe

Sommes-nous prêts à mieux expliquer et partager notre diplomatie régionale ? Dans sa volonté stratégique légitime de prendre toute sa place diplomatique et économique, la France mobilise ses énergies pour renforcer une position potentiellement plus ouverte, du fait des ajustements américains, dans la reconstruction géopolitique du Moyen Orient. C'est vrai que les économies des Monarchies du Golfe Persique et de l'Arabie Saoudite sont attractives et que leurs besoins concrets ne sont pas moins intéressants.

L'Iran qui n'a pas aimé notre position plus ferme que celle des Etats-Unis depuis 2007 sur le nucléaire, encore moins la rudesse de la France durant les derniers rounds de négociations, n'apprécie que très peu les nouvelles géométries régionales de la diplomatie française. Les pays avec lesquels nous avançons désormais main dans la main sont non seulement très opposés à l'accord avec l'Iran, mais en conflit non dissimulé avec le futur géant Perse. On tremble chez les « partenaires » de l'OPEP. Il ne faut pas que la France tremble avec eux.

De vrais défis business et diplomatique pour notre pays ! Nos diplomaties économiques publique et privée doivent s'unir pour être au rendez-vous de cet événement historique pour renouer une conversation diplomatique, commerciale et économique équilibrée et durable avec un Iran renouvelé et repositionné au cœur de la Mondialisation.

*Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

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Commentaires
a écrit le 19/01/2016 à 0:46 :
Les entreprises françaises doivent s'organiser en pool, et apprendre à chasser en meute !
Exemple: ADP visant la gestion de l'aéroport de Téhéran, Bouygues la rénovation dudit aéroport, et Air France un partenariat avec une compagnie iranienne, tandis qu'Airbus fournirait le pays en avion neuf : voilà une meute efficace, si chacun ne tire pas la couverture à soi...
a écrit le 18/01/2016 à 22:38 :
Perso, je pense que du côté de l'aérien, il y a mieux à faire !
AirFrance pourrait trouver un partenaire sur la route de l'asie... en concurrence directe avec les compagnies des monarchies du golfe...
Téhéran, situation idéale sur la route de l'Asie..
Iran, pays de 80 millions d'habitants... un marché intérieur non négligeable..
République d'iran, un état qui sort d'une période de sanctions qui a entrainé un retard énorme ...
AirFrance a tout intérêt a proposer un deal avec IranAir ou Mahan .
a écrit le 18/01/2016 à 21:35 :
"Ne pas ses lier les mains avec l'Arabie saoudite", c'est déjà plus que fait ! un choix qui peut sembler pertinent aux vus des contrats militaires en cours. Sauf que pour les saoudiens cela peut évoluer rapidement si les républicains américains arrivent au pouvoir car les gages de "la nouvelle entente" vont exploser. Et comme les finances du royaume ont baissé, nos beaux contrats seront probablement remis en cause au profit du matériel militaire US. Concernant l'Iran l'attitude agressive de L.Fabius risquent d'avoir plombé l'ambiance des affaires. Les iraniens sont des pragmatiques et ils chercheront a ménager un pays membre permanent Conseil de sécurité des Nations unies, mais probablement a minima, reste que le contrat avec Airbus semble important.

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