Six bonnes idées pour renforcer l'innovation en Alsace (et ailleurs)

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Le Club La Tribune a organisé une conférence-débat vendredi 15 novembre à Strasbourg auquel ont participé les dirigeants de trois PME innovantes, de la Région, de Bpifrance et d’Alsace Innovation, ainsi que de nombreux chefs d'enrtreprise et experts. © O.Mirguet
Le Club La Tribune a organisé une conférence-débat vendredi 15 novembre à Strasbourg auquel ont participé les dirigeants de trois PME innovantes, de la Région, de Bpifrance et d’Alsace Innovation, ainsi que de nombreux chefs d'enrtreprise et experts. © O.Mirguet (Crédits : O.Mirguet)
L'Alsace a choisi de soutenir en priorité les entreprises innovantes dans les biotechs, l'aménagement de la maison ou encore les véhicules du futur. A l'occasion d'un débat organisé à Strasbourg le 15 novembre par La Tribune, les représentants de trois PME innovantes, de la Région, de Bpifrance et d’Alsace Innovation ont pris le pouls de l'innovation dans la région et ont formulé des propositions pour faire mieux.

"Trois Prix Nobel exercent actuellement en Alsace. Aucune autre région française ne peut se vanter d'une telle excellence de sa recherche universitaire", a souligné Jean-François Jacquemin, le directeur général d'Alsace Innovation, lors d'un débat organisé à Strasbourg le 15 novembre par La Tribune. Née de la fusion des expertises en la matière de la Région et de celles de la CCI, cette agence de promotion de l'innovation accompagne les projets, de la formulation de l'idée à la commercialisation du produit. Elle aide les entrepreneurs à mobiliser des financements. Alsace Innovation pilote également des dispositifs d'accompagnement pensés par la Région, comme le dispositif "homme-ressource" qui consiste en une prise en charge pendant deux ans de la moitié du salaire chargé d'un jeune ingénieur ou jeune chercheur embauché par une PME. Ainsi les entreprises innovantes embauchent à moindre coût, et les jeunes diplômés acquièrent une première expérience.

Cinq pôles de compétitivité

D'autres structures contribuent à encourager les entreprises alsaciennes à innover, notamment les seize grappes d'innovation et les cinq pôles de compétitivité que compte le territoire. "Le pôle de compétitivité à vocation mondiale Alsace Biovalley a changé ses méthodes de travail pour se rapprocher des entreprises. Il n'est plus seulement question de communication. C'est un réseau qui se construit, et qui nous donne une visibilité à l'international", souligne Jean-François Hoeffler, le président d'Alsachim.

Secteurs prioritaires

François Loos, vice-président de la Région, précise que "l'Alsace a défini les secteurs prioritaires pour sa croissance et son développement économiques dès 2008. Des choix destinés à bâtir des filières industrielles, à l'image de ce qu'a initié récemment le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg", s'enorgueillit François Loos. En revanche, il se dit quelque peu déçu du faible taux d'entreprises alsaciennes bénéficiant du crédit impôt recherche par rapport à la moyenne nationale. "Je me console en me disant que seules l'Ile-de-France et Rhône-Alpes font mieux. Et ce phénomène s'explique également par la forte présence d'entreprises à capitaux étrangers dans la Région."

Organiser l'écosystème

L'Alsace a en effet attiré dès les années 1960 de nombreux industriels, comme le groupe pharmaceutique américain Eli Lilly et le constructeur automobile General Motors. "L'implantation de ces usines a permis de maintenir le taux de chômage bas et de générer un niveau de revenus élevé dans la région mais ils ont généré peu d'innovation. Il faut donc organiser l'écosystème", explique Jean-François Jacquemin.

Objectifs de mission

La Région encourage la performance en donnant des objectifs de mission à chacun de ses partenaires, qui doivent veiller à porter un message unique auprès des entreprises. "Clarté, transparence et unité sont les clés d'une politique d'innovation efficace", assure François Loos. Côté financement, outre les 20 millions d'euros annuels d'aides à l'économie, le Conseil régional mobilise "quelques dizaines de millions d'euros" pour les projets liés à la rénovation thermique, mais intervient aussi en capital et en garanties de risque de prêts. Il mène des actions de financement conjointes avec Bpifrance, qui a apporté des solutions de financement en Alsace pour 30 millions d'euros en 2012. "La moitié de ce montant est allouée à des projets collaboratifs, qui réunissent plusieurs entreprises et au moins un laboratoire", précise Alban Stamm, délégué à l'innovation de Bpifrance Alsace.

Soutien crucial de Bpifrance

De telles aides sont bienvenues pour les entreprises innovantes qui débutent. Sami Saad, le président de RSI Video Technologies, a trouvé un soutien financier "crucial" auprès de Bpifrance en 2001-2002, alors que les investisseurs privés se montraient frileux, refroidis par l'explosion de la bulle Internet. Une décennie plus tard, sa société d'équipement de surveillance compte 110 salariés et prévoit de réaliser 60 millions d'euros de chiffre d'affaires, dont les deux tiers à l'export.

Traverser la « vallée de la mort du financement »

Menant actuellement des études pré-cliniques sur un pancréas bio-artificiel, Defymed a également traversé "la vallée de la mort du financement". "Les études de faisabilité peuvent être financées facilement. Mais pour lever des fonds en vue de commercialiser un prototype, c'est bien plus compliqué", explique Séverine Sigrist, présidente de Defymed et responsable du Centre européen du diabète. Un fonds d'amorçage national est en cours de mise en place en Alsace pour remédier aux carences de financement des entreprises de la région à ce stade de développement.

Les propositions des intervenants

Pour faciliter encore l'innovation en Alsace, les six intervenants du Club Tribune Innovation de Strasbourg ont émis une série de propositions :

- L'exemplarité comme source d'inspiration

Jean-François Jacquemin, le directeur général d'Alsace Innovation : "Faire connaître les réussites des Alsaciens qui innovent peut aider des porteurs de projet à oser créer leur entreprise. Il faut rompre avec le pessimisme ambiant."

- Assouplir les contrôles fiscaux liés au crédit impôt recherche

Sami Saad, le président de RSI Video Technologies : "Je ne remets pas en question la nécessité de vérifier la bonne utilisation de ces fonds publics. Mais les fonctionnaires qui contrôlent devraient être accompagnés par un auditeur privé, connaissant les contraintes de la gestion d'une entreprise."

- Faciliter l'accès des PME aux marchés publics

Jean-François Hoeffler, le président d'Alsachim : "Il y a un manque de cohérence dans l'action publique en faveur de la création d'entreprises innovantes et les contraintes réglementaires qui ne permettent pas aux PME innovantes de proposer leurs produits dans des appels d'offres publics."

- Faire connaitre l'engagement de la Région en faveur de l'humain

François Loos, vice-président de la Région Alsace : "Mille ingénieurs sont formés chaque année à Strasbourg, et le dispositif homme-ressource permet de faciliter l'embauche des jeunes talents.»

-    Créer un réseau d'entrepreneurs alsaciens pour partager les expériences

-Séverine Sigrist, présidente de Défymed : "En dialoguant sur les erreurs et les solutions apportées à leurs problèmes, les entrepreneurs gagneront du temps."

-- Faciliter l'accès au financement des PME, et veiller à la stabilité des fonds

-Alban Stamm, délégué innovation chez Bpifrance Alsace : "Il ne faut pas hésiter à mixer les financements privés et les aides publiques. »

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Commentaires
a écrit le 27/11/2014 à 13:47 :
Au-delà de sa croute de choux, de sa mousse de houblon, il n'y a pas de région qui soit plus vide que celle qui est pleine d'elle-même. Leur écosystème en deux mots, l'exotisme alsacien, c'est le biais égocentrique de se croire sur une île entre Vosges et Forêt Noire!

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