La médecine du futur (3/5) : Bionext modélise les effets des candidats médicaments

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Serge-Henri Albou, président de Bionext.
Serge-Henri Albou, président de Bionext. (Crédits : Olivier Mirguet)
[ Série d'été ] L'entreprise produit une plate-forme de bio-simulation qui vise à prédire en digital les effets d'une molécule sur le corps humain.

Le Big Data en renfort de la biologie : tel est le pari de Bionext, société de bio-informatique strasbourgeoise qui vient de mettre au point sa première plate-forme d'essais numérique.

"Nous voulons démocratiser l'accès au drug design", affirme Serge-Henri Albou, son président et fondateur, qui promet des tarifs entre 100 euros pour les laboratoires académiques et 2.000 euros pour les entreprises qui souhaiteront simuler la réponse des cellules humaines à l'action d'un candidat médicament.

"Un outil d'aide à la décision pour toute la chaîne"

Ce modèle économique inédit repose sur une prestation en ligne, fondée sur une analyse massifiée des données. La prédiction tient compte du type atomique, des propriétés physico-chimiques, des problématiques de voisinage, d'électrostatique, de la géométrie.

"Cette capacité à utiliser le digital pour cibler un problème sur une molécule peut représenter des économies importantes", explique Serge-Henri Albou. "Contrairement à nos grands concurrents, comme Schrodinger ou Dassault, notre offre est basée sur le cloud computing. C'est un outil d'aide à la décision pour toute la chaîne, de la startup aux laboratoires académiques et aux sociétés pharmaceutiques. Si une équipe de recherche doit se planter, il faut qu'elle le fasse le plus vite possible, avant les essais cliniques, et en ayant dépensé le moins possible", propose-t-il.

Comment convaincre des laboratoires peu friands de la recherche in silico, réputée performante pour reproduire des résultats qu'ils croient déjà connaître ?

"Un tiers des résultats sur une molécule test prédisent des choses nouvelles", répond Serge-Henri Albou.

"Nous produisons de la modélisation, pas des statistiques"

Pour mettre au point sa plate-forme, l'équipe de Bionext (15 salariés) a retravaillé des données scientifiques publiques et privées. "Nous produisons de la modélisation, pas des statistiques", prévient Serge-Henri Albou, qui prévoit l'intégration de 16.000 types de protéines d'ici à cinq ans.

Issue de l'incubateur strasbourgeois Semia, où elle a été accueillie en 2009, Bionext a financé ses travaux sur fonds propres jusqu'à sa première levée de fonds en 2014. Le FCPI Cap Innov'Est, déclinaison régionale du Fonds national d'amorçage, lui a apporté 800.000 euros. Pour gagner en visibilité, Bionext s'est présentée au concours national de l'entreprise innovante, dont elle a été lauréate en 2010 (450.000 euros).

Nouvelle levée de fonds pour 5 millions d'euros en 2017

Elle s'est investie en 2011 et 2013 dans deux projets européens de recherche. La jeune entreprise prévoit une nouvelle levée de fonds pour 5 millions d'euros en 2017, et vise entre 3 millions et 4 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2019.

"A l'opposé des jeunes entreprises du secteur des biotech, notre activité liée aux technologies de l'information ne présente pas de risques réels. Pour multiplier notre chiffre d'affaires par cinq, nos coûts marginaux seraient extrêmement faibles", calcule le fondateur.

Le domaine d'activité de Bionext vient de s'étendre avec la reprise des actifs intellectuels, études et brevets, de l'entreprise mulhousienne Rhenovia Pharma, en dépôt de bilan fin 2015. Une filiale TheraScape a été créée à cet effet. Rhenovia travaillait sur la modélisation du système nerveux central. Elle a apporté le fruit de ses recherches sur les cellules RPCG, des récepteurs couplés aux protéines G qui peuvent interagir avec certains médicaments, et ses chercheurs ont intégré la nouvelle société.

"Dans cinq ans, nous pourrions nous spécialiser dans la simulation du cerveau. Les neurones, c'est l'étape suivante après les protéines", annonce Serge-Henri Albou.

Selon une étude publiée en 2015 par l'institut MarketsandMarkets, le marché global de la biostimulation a représenté l'année dernière un volume d'affaires de 1 milliard de dollars. Il devrait atteindre plus de 2 milliards de dollars en 2020, soit une croissance annuelle supérieure à 15%.

Olivier Mirguet, journaliste correspondant Grand Est

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