Séverine Sigrist mobilise sa startup Defymed contre le diabète

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Pour boucler les études cliniques de son pancréas bioartificiel qui vont débuter aux États-Unis, Séverine Sigrist devra encore lever 10 millions d'euros.
Pour boucler les études cliniques de son pancréas bioartificiel qui vont débuter aux États-Unis, Séverine Sigrist devra encore lever 10 millions d'euros. (Crédits : Décideurs en région)
L'entreprise créée à Strasbourg par cette jeune chercheuse a mis au point un pancréas bioartificiel dont la mise sur le marché, prévue après 2019, représenterait une révolution pour le confort de vie des diabétiques. En attendant, pour boucler les études cliniques qui vont débuter aux États-Unis, Séverine Sigrist devra encore lever 10 millions d'euros. Une course aux capitaux.

« Quand on me demande ce que je cherche, je réponds que je recherche de l'argent. » Depuis six ans, Séverine Sigrist, fondatrice de la startup Defymed, refuse de promettre un traitement qui guérirait les diabétiques. Son projet, la mise au point d'un pancréas bioartificiel, contient pourtant les espoirs d'une vraie innovation thérapeutique : un jour peut-être, les patients qui porteront cette poche en polymères implantée sous la surface de l'abdomen n'auront plus à subir le désagrément des injections d'insuline. À l'état de prototype, le pancréas bioartificiel présente la forme d'un disque d'une dizaine de centimètres de diamètre. Il contiendra des cellules productrices d'insuline, cette hormone naturelle qui peut maintenir à sa valeur normale la glycémie du patient diabétique.

À la fin de 2016, Defymed s'est associée avec la société américaine Semma Therapeutics, fournisseur des cellules souches embryonnaires indispensables au bon fonctionnement du pancréas de substitution. C'est aux États-Unis que Séverine Sigrist entend poursuivre la validation préclinique de son dispositif, baptisé Mailpan, avant de passer à la phase d'essais réglementaires sur l'être humain. « Je cherche dix millions d'euros cette année pour boucler cette phase de recherche », annonce-t-elle. Des fonds orientés Medtech, chez Medtronic ou chez Roche, figurent parmi ses cibles prioritaires.

Passion pour la thérapie cellulaire

Rien ne prédestinait cette chercheuse, titulaire d'une thèse en sciences médicales sur l'amyotrophie spinale infantile, à devenir chef d'entreprise. « Quand j'étais étudiante, j'ai enchaîné des stages. Chimie de synthèse, boues urbaines épaisses, thérapies cellulaires, j'ai tout essayé », raconte-t-elle. « Après un contact avec l'Association française contre les myopathies, j'ai su que je voudrais travailler pour des malades ». Restait à savoir lesquels. Prise de passion pour la thérapie cellulaire, elle décroche en 2000 son premier job au Centre européen d'étude du diabète (Ceed). Six ans plus tard, elle dirige le laboratoire de cette association strasbourgeoise, portée par des financements européens.

« Je n'aime pas la recherche qui n'intéresse que les chercheurs. Tout le monde me conseillait de créer mon entreprise », se souvient Séverine Sigrist. « J'ai longtemps hésité parce que je ne sais pas bien vendre ma science. Je ne me voyais pas demander à un financier de me donner 3 millions d'euros, et lui promettre d'en récupérer vingt fois plus quand ma startup aurait décollé. » C'est pourtant ce qu'elle a fait... en laissant de côté les promesses d'une folle rentabilité.

« Rendre ce qu'on m'a donné »

« Dès la création de mon entreprise en 2011, j'ai décroché 500 000 euros de subventions locales et européennes, dont 300 000 euros apportés par des concours que nous avons gagnés. En 2013, j'ai bouclé une levée de fonds auprès du Centre européen d'étude du Diabète, mon employeur devenu investisseur, et du Fonds lorrain des matériaux. À cette époque, il n'existait pas de fonds régional d'amorçage en Alsace. Alors, je suis allée chercher dans la région voisine », raconte celle qui est devenue une spécialiste du financement de l'innovation. En 2015, le nouveau fonds d'amorçage alsacien Cap Innov'Est et le Fonds lorrain des matériaux, qui a signé pour une deuxième participation, ont apporté 1,9 million d'euros supplémentaires à Defymed, permettant le bouclage d'une phase de recherche consacrée à la mise au point du dispositif médical implantable.

Trois ans avant le lancement des études cliniques, Séverine Sigrist pense déjà à la suite de son aventure entrepreneuriale. Le chiffre d'affaires ne décollera pas avant 2019. « Nous venons de retarder d'un an le projet Mailpan pour mettre au point une autre application, moins complexe, de largage de médicament », annonce-t-elle. Ce dispositif implantable similaire au pancréas bioartificiel ne contiendrait pas des cellules, mais simplement un médicament, délivrable sans recours à une injection intraveineuse. Cette méthode, jugée moins contraignante pour le patient, permettrait de traiter des maladies auto-immunes.

« Rien n'est gagné parce qu'on ne maîtrise jamais la compliance, c'est-à-dire la capacité d'un patient à accepter un traitement qu'on a développé pour lui », prévient Séverine Sigrist.

Soutien de l'écosystème régional de la santé

À terme, elle envisage deux stratégies classiques pour une startup : cession de l'entreprise ou transfert de licence à une Big Pharma. La recherche sur d'autres pathologies (foie artificiel, rein artificiel, hémophilie) prendrait alors le relais dans la croissance de la jeune pousse strasbourgeoise.

L'action collective des acteurs alsaciens de l'innovation thérapeutique permettra peut-être d'accélérer le mouvement. S'estimant soutenue depuis la création de Defymed par l'écosystème régional de la santé, Séverine Sigrist a pris la présidence d'Alsace Biovalley en 2014.

« J'essaie de rendre ce qu'on m'a donné », explique-t-elle.

Avec 100 entreprises membres, ce pôle de compétitivité labellisé depuis 2005 constitue le fer de lance politique des entreprises régionales de la santé. « Je suis apolitique », s'empresse de corriger Séverine Sigrist. Apolitique, mais militante:

« On me sollicite souvent en tant que femme chef d'entreprise. Je ne demande pas la parité, mais l'équité. Je ne crois pas que les femmes soient empêchées d'accéder aux responsabilités. Je pense plutôt qu'elles se mettent elles-mêmes des verrous. L'entreprise, c'est comme mon bébé. Mon style de management est celui d'une mère de famille. Parfois, je prends trop de temps à régler un problème de ressources humaines. Mon échec, c'est quand je ne parviens pas à garder un salarié ».

Ils sont onze chez Defymed, une petite équipe dont les effectifs ne vont pas exploser : d'ici à trois ans, Séverine Sigrist prévoit quatre recrutements.

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REPERES

  • 2019 Prévision d'essais cliniques sur le pancréas bioartificiel, suivis de sa mise sur le marché.
  • 2017 Projet de levée de fonds (10 millions d'euros) pour Defymed.
  • 2014 Devient présidente d'Alsace Biovalley.
  • 2011 Création de Defymed.
  • 2006 Chef de laboratoire au Centre européen d'étude du diabète, à Strasbourg.
  • 1999 Thèse consacrée à la « thérapie cellulaire de l'amyotrophie spinale infantile », à l'université Louis-Pasteur de Strasbourg.
  • 1993 DEUG de chimie-biologie à Tours.
  • 1973 Naissance à Tours.

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