Comment Sweetch Energy exploite la salinité de l’eau ?

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(Crédits : DR)
Spécialisée dans les énergies propres, Sweetch Energy, une startup basée à Lorient développe une solution technologique visant à produire de l'électricité  en exploitant la différence de salinité des eaux. Elle vient de lever 1,4 million d'euros auprès de Go Capital et Emertec pour mettre en place un premier pilote en laboratoire au Biopôle de Rennes.

La transition énergétique possède ses technologies phares, l'éolien, l'hydrolien, le solaire. Mais d'autres ressources, telle l'énergie bleue, se font jour. À Lorient, la jeune entreprise Sweetch Energy a développé une technologie alternative de production d'électricité issue de la séparation de l'eau de mer et  de l'eau douce. Totalement renouvelable, « continue et non carbonée », cette énergie d'avenir sera tirée de l'exploitation de la différence de salinité des eaux, ou gradient de salinité.

Créée en avril 2015 à partir d'un dépôt de brevet issu d'un transfert de technologies de l'ENS Paris, la petite société veut aujourd'hui passer du stade de la R&D à un processus industriel capable de générer, sous 5 ans son modèle économique. Sweetch Energy va donc poursuivre ses recherches à Rennes en installant d'ici à l'été au Biopôle, un laboratoire d'essais pour lequel il recrute deux chercheurs. Avec l'objectif, dans les deux ans et demi, de valider ses résultats (Proof of Concept) à l'échelle du mètre. La création de ce premier pilote est rendue possible par la récente levée de 1,4 million d'euros réalisée auprès du fonds du Grand Ouest Go Capital Amorçage II, très impliqué dans l'accompagnement des biotech et des cleantech, et d'Emertec.

1er marché : le dessalement d'eau de mer

« Lorsqu'un fleuve se jette dans la mer, une grande quantité d'énergie est potentiellement libérée en raison de la différence de concentration en sel. Notre innovation consiste à générer de l'électricité, en exploitant ce gradient de salinité entre une eau douce et une eau salée.

L'énergie est produite lorsque le sel passe d'une eau à une autre et traverse une membrane, de quelques nanomètres d'épaisseur si l'on veut à terme l'installer dans un estuaire explique le fondateur et pdg de Sweetch Energy, Bruno Mottet, un ingénieur spécialisé dans le domaine des matériaux.

Cela ouvre plusieurs perspectives dans l'immédiat : produire de l'eau douce en dessalant l'eau de mer, et produire une énergie renouvelable continue pour abaisser le coût du dessalement. Les concentrats salins sont aujourd'hui rejetés en mer. Les valoriser permettra de récupérer l'énergie qu'ils contiennent pour la réinjecter dans le procédé de dessalement. »

Porté par des groupes comme Suez, Véolia ou General Electric, le marché du dessalement d'eau de mer affiche 10% de croissance par an selon Bruno Mottet. Le dirigeant estime que Sweet Energy peut faire baisser le prix du m3, actuellement à 3 dollars, de 20 à 25%.

2ème levée pour pilote industriel

L'entreprise entend donc d'abord se positionner comme fournisseur de technologie au service des industriels. Pour son développement, Sweetch Energy a de quoi voir venir. Lauréate du Concours mondial d'innovation, vainqueur du Cleantech Open France et primée lors du Concours iLAB du ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, la startup dispose d'un budget de plus de 2 millions d'euros. Outre la levée de fonds, elle bénéficie aussi du soutien de la délégation Bretagne de Bpifrance à hauteur de 700.000 euros.

Sweet Energy estime être à même de produire 100 kW par m2 de membrane de filtration sous deux ans, et passer ainsi à une nouvelle étape de recherche : celle du pilote industriel, avec à la clé une deuxième levée de fonds .

Bruno Mottet n'entrevoit cependant pas de production de machines en série avant 5 ans et évalue à 10 ans « l'apparition de centrales osmotiques permettant l'exploitation des gradients de salinité entre un fleuve et un océan. »

L'avenir industriel et commercial de l'énergie bleue passera en tout cas par la Bretagne.

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Commentaires
a écrit le 12/05/2017 à 10:12 :
Excellente information qui mériterait un titre plus accrocheur tellement cette innovation dont j'ai déjà entendu parler il y a quelques années maintenant, est profondément enthousiasmante.

Dommage que cela mette autant de temps car le lobby de l'énergie en place étant ultra puissant doit freiner des deux pieds comme il le fait à chaque fois que l'on sort de l'énergie conventionnelle pétrole, gaz, charbon, nucléaire (quoi que ce dernier fait moins le fier avec fukushima qui continue d'irradier le japon).

Le poids du conservatisme économique nous fait perdre un temps considérable.
a écrit le 12/05/2017 à 10:00 :
"produire 100 kW par m2 de membrane" : c'est une puissance énorme! ne s'agirait-il pas de Kw.h par j, mois, an?

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