Spiruline : le rachat gagnant-gagnant des algues alimentaires de Globe Export par Hénaff

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(Crédits : DR)
Effectif au 1er octobre, le rachat de la PME agro-alimentaire Globe Export, spécialiste de la transformation des algues, par la conserverie de pâtés et rillettes Hénaff, ouvre de nouvelles perspectives en termes de débouchés. Dans le viseur : les protéines végétales et la commercialisation de spiruline fraîche.

Hénaff, c'est du porc et « le pâté du mataf ». Mais pas que. Au-delà du slogan, la conserverie bretonne de Pouldreuzic se diversifie et s'ouvre à de nouveaux horizons. Depuis 2014, elle conditionne les petits plats concoctés par Alain Ducasse que les astronautes de l'Agence spatiale européenne, comme Thomas Pesquet, emportent avec eux sur la station spatiale internationale (ISS). Et demain, ces menus intègreront vraisemblablement des protéines végétales tirées des algues alimentaires ou de la spiruline.

5 grammes de spirule = 2 œufs ou 2 steaks

A l'heure où l'industrie agro-alimentaire se tourne vers ces nouveaux marchés, le rachat à 100 % de Globe Export, effectif depuis  le 1er octobre, offre à Hénaff un accès privilégié à ces deux superaliments.

« Les deux entreprises unissent leurs savoir-faire pour constituer un pôle fabricant-créateur breton de produits agroalimentaires premium » commente Hénaff dans son communiqué.

Le rapprochement se veut stratégique pour les deux entreprises. En matière de produits innovants, Globe Export, mise beaucoup sur la commercialisation d'ici à deux ans de la spiruline fraîche. Pionnière dans la création de la filière des algues, la PME créée en 1986 à Rosporden (Finistère), transforme 350 tonnes d'algues fraîches par an. Elle s'est lancée en 2015 dans la culture de la spiruline, dont elle doublera la production cette année. Cette microalgue à fort potentiel protéinique (5 grammes = 2 œufs ou 2 steaks)  est cultivée sous serres dans la Drôme.

1 million à 1,5 million d'euros d'investissements en 2018

« Les activités des deux entreprises sont complémentaires. Ce rachat crée des opportunités d'innovation. Il va aussi nous permettre de nous renforcer dans la grande distribution et conquérir de nouveaux marchés » souligne Christine Le Tennier, fondatrice de l'entreprise, qui prend en charge la direction des relations publiques.

Il y a deux ans, cette entrepreneure franco-canadienne avait cédé 50% de son entreprise à Mathieu Isoard, jeune ingénieur agronome passionné d'innovation.

Dans le périmètre Hénaff, Globe Export conserve son autonomie opérationnelle, et Mathieu Isoard est maintenu à la direction générale de l'entreprise. Il va toutefois pouvoir se dégager de la gestion administrative pour se concentrer sur la R&D et les développements.

Forte de la centaine de produits culinaires haut de gamme comme la laitue de mer sauvage ou les spaghettis aux algues qu'elle écoule dans les magasins spécialisés, les épiceries fines et les restaurants gastronomiques, Globe Export ( 30 salariés) est une PME en croissance.

40% des ventes à l'export

Avec ses marques Algues de Bretagne, Christine le Tennier, Algae Bio et Miss Algae, elle tire 95 % de son chiffre d'affaires (4,2 M€ attendu en 2017)  de la transformation des algues et réalise 40 % de ses ventes à l'export (Asie, Europe, Etats-Unis). En 2018, son programme d'investissement oscillera entre 1 et 1,5 M€. En 2009, l'entreprise avait déjà innové en cuisine moléculaire avec la gamme Perles de saveurs : ces petites sphères gélifiées enrobées de membranes d'algues explosent en goût lorsqu'on les croque.

« Plusieurs groupes agro-alimentaires (Savéol, Triballat, Prince de Bretagne..) investissent dans la filière des algues. Il nous faut grandir et développer de nouveaux produits pour ne pas subir cette concurrence analyse Christine Le Tennier. C'est le bon moment pour nous adosser à un groupe comme Hénaff. L'accès à des moyens accrus va nous permettre d' assurer le développement, de renforcer les équipes et de moderniser notre site de Rosporden. Une acquisition pour mieux organiser la production et la transformation des algues fraîches est également envisagée

Produits végétariens et spiruline fraîche

De son côté, la conserverie dirigée par Jean Hénaff (232 salariés, 46,6 M€ de chiffre d'affaires en 2016) s'est déjà diversifiée dans les saucisses fraîches, les palets et le saucisson, mais voit dans ce rapprochement un moyen de « conquérir de nouveaux circuits de distribution ». Y compris sur le marché international où elle est à la peine. « Globe export apporte à Hénaff son expertise dans la transformation des algues, avec de nombreux champs d'application dans l'alimentation » ajoute le groupe.

Dans un marché du porc tendu en raisons des hausses de prix, l'entreprise, par ailleurs attaquée au début de l'été par l'association de défense L214 sur les conditions d'élevage porcin dans deux établissements du Finistère, oriente aussi sa stratégie industrielle vers de nouveaux relais de croissance. Le marché  des produits végétariens est une piste.

Le défi de l'exploitation de spiruline fraîche

C'est d'ailleurs via le projet Spi'Life, mené conjointement au sein du pôle de compétitivité Valorial avec le laboratoire Adria et l'ESA Angers, qu'Hénaff s'est rapproché il y a un an de Globe Export. Via ce programme de R&D de trois ans, les deux partenaires travaillent sur l'exploitation de spiruline fraîche, dont la durée de vie n'excède normalement pas 24 heures après récolte. L'objectif est donc de mettre en place des produits et une logistique de commercialisation en  parvenant au préalable à une date limite de consommation d'au minimum huit semaines.

« Vendre de la spiruline en frais, c'est une rupture sur le marché international tant le produit est innovant, pour les consommateurs comme pour la restauration » s'enthousiasme Christine Le Tennier.

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