Métropole du Grand Paris : trois ans de travail pour rien ?

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Philippe Laurent, à gauche, élu avec François Baroin a la direction de l'Association des Maires de France, croit que la Métropole sera celle des maires
Philippe Laurent, à gauche, élu avec François Baroin a la direction de l'Association des Maires de France, croit que la Métropole sera celle des maires (Crédits : AMF)
La Métropole du Grand Paris qui sortira des débats de l’Assemblée Nationale sera «light». Un compromis minimal. Patrick Devedjian n’y voit plus qu’une nouvelle couche au millefeuille sans aucun pouvoir stratégique et Emmanuelle Cosse déplore la grande victoire de l’égoïsme municipal. Mais Philippe Laurent y voit la reconnaissance du rôle des maires qui vont la construire d’ici 2020. S’ils arrivent à convaincre l’Etat d’arrêter de tout vouloir contrôler....

« La métropole c'est de la norme, de la péréquation et un peu d'aménagement de logements. Rien qui fasse rêver. Rien qui justifie que l'on soit 348 élus pour faire cela.»

Le constat de Patrick Devedjian, président du syndicat d'élus Paris Métropole, est assez terrible : même si l'on ajoute un peu de développement économique, la Métropole qui sortira des débats de l'Assemblée nationale et qui reprendra le texte de Paris Métropole voté après les municipales et la victoire de l'UMP, est extrêmement light. Elle n'est qu'un simple EPCI (établissement public de coopération intercommunal) absolument pas un outil stratégique de développement et d'organisation. Les élus UMP, le PC et, pour des raisons différentes, la Mairie de Paris ont tout fait ces dernières semaines pour affaiblir l'édifice métropolitain et privilégier le niveau d'en dessous, les territoires, qui, eux, ne sont dangereux pour personne et préservent toutes les situations acquises; Chaque fois Manuel Valls a d'ailleurs arbitré au profit de Paris contre la Métropole.

Au final, une simple intercommunalité

Ceux qui espéraient en faire le bras armé de la reconquête face au Grand Londres ont déchanté : elle n'aura ni les moyens financiers ni les moyens politiques de travailler sur l'attractivité du Grand Paris. Ceux qui pensaient qu'elle aurait une compétence économique forte, surtout depuis que Gérard Collomb a fait passer un amendement en ce sens au Sénat, vont devoir aussi un peu en rabattre. François Hollande a tout fusillé en annonçant la création d'une Agence Nationale du développement économique pour, essentiellement, s'occuper des territoires les moins favorisés. Alors que l'Etat devrait donner pouvoirs et compétences aux Régions et aux Métropoles, il recentralise. Il est bien sûr tout à fait possible que cette Agence ne voit jamais le jour tant elle mécontente de monde ; mais elle lance un message fortement jacobin. Dans la foulée de celui sur l'aménagement urbain.

La Métropole du Grand Paris a en effet pu penser avoir son mot à dire sur la construction et l'aménagement du territoire ; mais Manuel Valls a lancé Grand Paris Aménagement et confié à son patron, Thierry Lajoie la responsabilité des OIN sur le Grand Paris. L'Etat va prendre en mains lui-même les stratégies de logement et d'aménagement. Nul ne remet en cause le talent de Thierry Lajoie, mais les élus savent qu'il va vouloir de très grandes OIN et qu'assez rapidement, il coordonnera le travail de la plupart des grands établissements d'aménagement de la petite couronne. Une stratégie parfaitement justifiable, mais qui indique très clairement que l'Etat pense que, dans le Grand Paris, s'il ne fait pas les choses lui-même rien ne se fait.

« L'égoïsme municipal a de beaux jours devant lui »

Il faut dire qu'on ne peut lui donner toujours tort sur la question. Il n'est qu'à avoir la question du logement. «L'égoïsme municipal en matière de logement a de beaux jours devant lui. Les maires ne veulent pas avoir de vision globale de l'habitat » estime Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale d'EELV et, surtout, en charge des politiques de l'habitat au Conseil régional d'Ile de France :

«J'ai arrêté de me soucier des débats au Parlement, c'est trop énervant. La Métropole ne se fera jamais si elle est uniquement portée par les maires. J'en arrive même à me demander si l'Etat ne devrait pas reprendre en main la politique de l'habitat en Ile-de-France et en PACA !"


C'est le règne du chacun pour soi en Ile de France ». Jean Paul Huchon la soutient : « personne n'a voulu d'autorité régionale du logement et comme la Métropole est reprise en main par des élus hostiles à la péréquation et à une vision métropolitaine du logement, ce n'est pas un bon signe ». Jean Paul Huchon n'a jamais été un farouche partisan de la métropole, mais en matière de logement c'est sa vision de l'Ile de France qui a fixé l'objectif de 70 000 logements par an. On n'en est même pas à la moitié.

 « La Métropole ne pouvait pas être un truc flamboyant »

Avec un gouvernement qui ne veut rien déléguer à des maires pas toujours raisonnables, on ne peut pas avoir une métropole forte.  Beaucoup pensent qu'on a perdu trois ans ?  Philippe Laurent, le maire UDI de Sceaux et secrétaire général de l'Association des Maires de France, admet :

«C'est vrai qu'il y a beaucoup trop de temps perdu, mais ce n'est pas forcément grave. La Métropole se fera en marchant, l'important c'était de reconnaitre enfin le rôle central des maires car ce sont eux qui décident en fin de compte. Les OIN sont un mal nécessaire, car nous avons du mal à nous accorder sur l'urbanisme. Mais sur le reste on y arrivera. Le danger, le grand danger pour la Métropole est qu'elle soit dirigée par des fonctionnaires d'Etat et pas des territoriaux. Si la fonction publique d'Etat en prend le contrôle, la Métropole sera comme la Région, une copie conforme et en plus petit de l'Etat, loin des réalités des territoires. Aucun intérêt. Sur tout le reste on y arrivera, aussi bien sur les questions financières que sur le logement. On y arrive toujours. L'erreur a été de croire que la Métropole pouvait être un truc flamboyant. Le flamboyant c'est Paris, c'est Paris qu'il faut vendre dans le monde, et la Métropole est un instrument »

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Commentaires
a écrit le 18/02/2015 à 17:45 :
Combien de nouvelles émeutes de banlieue faudra-t-il avant que les choses changent ? C'est la question. On aurait pu penser que les grandes émeutes de 2005, qui nous ont couvert de honte sous le regard des caméras du monde entier, auraient servi de leçon à tous ces politicards. Ben non. Je comprends de plus en plus les Communards de 1871 qui ont foutu le feu à tous les palais nationaux. Elites aveugles, obtuses, autistes, vivant dans leur entre-soi bobo ou germanopratin. Tout ça finira par péter tôt ou tard.
Réponse de le 18/02/2015 à 22:05 :
les politiques n'ont pas compris que la france fabrique des ghettos et du chomage par l'exclusion ! la france est un pays foutu car elle a abandonné sa population, et a laissé faire ses castes de fonctionnaires et de patrons dégueulasses et corrompus.
a écrit le 18/02/2015 à 10:57 :
C'est comme la loi Macron, six mois de discussions, des centaines d'amendement, pour aboutir à une loi imparfaite certes, mais approuvée par le patronat et chose rare, par les français. Tout ça pour au final qu'elle soit rejetée par le parlement. C'est impossible de faire quoi que ce soit dans ce pays et tout le monde en porte une part de responsabilité.
Bref, pendant que le Grand Paris est mort-né, le Grand Londres prospère.
Réponse de le 18/02/2015 à 15:26 :
Notre glorieuse municipalité parisienne va pouvoir continuer à importer les habitants de Sarcelles dans les HLM qu'elle leur construit et à chasser les parisiens au-delà du périphérique !
Jusqu'en Belgique, peut-être d'ailleurs...
L'immobilier et les impôts y sont bien plus cléments !
a écrit le 18/02/2015 à 10:46 :
nos politiques ne sont pas à la hauteur des enjeux: l'ile de france en perte de vitesse en europe alors qu'elle en a été une région phare. Symbole de la lente mais inéxorable descente de la France qui se fige dans un immobilisme affligeant quand le monde change à toute vitesse. Même au niveau du tourisme, Paris et l'ile de France montre des signes de fatigue par rapport à ses concurrents européens.
Quelle tristesse de voir un potentiel gaché pour des bisbilles de potentats payés par nos impôts.
a écrit le 18/02/2015 à 10:20 :
bien fait: il n'y avait qu'à voter pour un éluPS à la tête du grand paris et le gouvernement aurait tout fait pour le soutenir.
a écrit le 18/02/2015 à 10:19 :
A quoi sert le GrandParis,quand celui-ci n'inclut pas Roissy!!,et de ce fait le Val d'oise!!!!
pourtant des villes comme Cergy,Argenteuil,ont un énorme potentiel d'extension,avec un raccordement direct sur Paris StLazare
Alors foutaise cette étude,
B
C"est ben vrai!!!
Réponse de le 18/02/2015 à 10:34 :
pourquoi pas inclure marseille aussi pendant que t'y es ! ras le bol de ce parisianisme qui veut tout bouffer avec son pognon.
Réponse de le 18/02/2015 à 15:38 :
Pourquoi les pauvres auraient-ils plus le droit de s'exprimer que les autres ?
Ah oui... C'est la justice sociale !
Moins on contribue, plus on a droit de décider...
Réponse de le 18/02/2015 à 22:07 :
Les pauvres sont une majorité et ils vont te faire bouffer le pognon par l'arrière si tu les prends pour tes esclaves.
a écrit le 18/02/2015 à 9:12 :
Le grand paris passé par la dissolution de Paris et du 92, c'est a dire par une intervention de l'etat qui n'est malheureusement pas en capacite de s'imposer. C'est tres dommageable, car le grand Paris pourrait etre le tremplin d'un rebond francais don't nous avons bien besoin.
Réponse de le 18/02/2015 à 10:33 :
au contraire, y a trop de centralisation, trop pour paris, tous les boulots sont là bas !! la france est foutue à cause de ce paris !
a écrit le 18/02/2015 à 8:44 :
Les conservateurs sont incapables de réformer la France, trop peur de perdre leurs privilèges !
Réponse de le 18/02/2015 à 10:28 :
pour faire bouger la france il faudrait déjà:
-couper dans les effectifs d’élus trop nombreux: par exemple moins de 100 sénateurs, moins de 200 députés, mais aussi même choses dans les territoires(la pléthore des conseils régionaux est à mourir de rire)
-limiter le nombre de mandats successifs(comme pour le président)
Réponse de le 18/02/2015 à 12:01 :
commençons par délocaliser fonctionnaires et politiques : ex l assemblée nationale à Lyon , le sénat à tours ...virons le siège des grandes entreprises comme edf à Marseille ..taxons les assos ( abbé pierre?!) qui ont siège à paris ..
Réponse de le 22/02/2015 à 17:03 :
D'abord délocaliser les JO de 2024, ainsi que l'expo de 2025 ! (Si ces événements sont attribués à Paris).
a écrit le 18/02/2015 à 7:48 :
Trois ans de "travail" ? Donc le résultat est lui-même un "accident du travail" alors ?
a écrit le 18/02/2015 à 7:43 :
A quoi servent ces hommes politiques à part lever impôts et taxes sur les contribuables? Incompétence totale, incapacité de promouvoir les réformes. Un fois encore le manque de réformes progressives amènera une révolution. Elle s'approche.
a écrit le 18/02/2015 à 7:18 :
... de l'argent perdu, la gabegie...! et on va nous casser les C.... avec les retraites à nouveau...!
Y'en a marre, nous voulons les vraies réformes pour le bien des citoyens une bonne fois pour toute...!
Stop à l'incompétence de nos représentants qui ne pensent qu'à leur petite carrière

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