Europa City  : les riverains seront-ils entendus ?

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Il est demandé à Europa City de préciser ses engagements en matière de formation pour les jeunes.
Il est demandé à Europa City de préciser ses engagements en matière de formation pour les jeunes. (Crédits : DR)
Le débat public organisé autour de l'opportunité du projet de méga centre commercial, culturel et de loisirs Europa City, dans le Val d'Oise a confirmé une tendance : l'acceptation du projet dépendra de la capacité du maître d'ouvrage, Auchan, à favoriser l'emploi local dans une zone où le chômage est très fort.

« Nous irons au bout du projet d'Europa City ». Par ces mots, Christophe Dalstein, le directeur du projet porté par la filiale immobilière du groupe Auchan, a donc réaffirmé sans surprise ce lundi sa volonté de poursuivre le méga projet de central commercial, culturel et de loisirs de 3,1 milliards d'euros dans la Val d'Oise. Profitant de la publication ce lundi des discussions menées par la Commission national du débat public (CNDP) sur l'opportunité de ce projet, il a sans délai réaffirmé la motivation de son institution.

Europa City vient en effet d'être soumis au débat public entre le 15 mars et le 13 juillet, soit plus d'une quinzaine de réunions avec les habitants les plus concernés par l'émergence du projet, dont le lancement de la phase de construction est prévu pour 2019 et l'ouverture pour 2024. Les discussions furent animées, car Europa City, qui s'étalera sur 80 des 300 hectares du triangle de Gonesse (Val d'Oise), entre les aéroports du Bourget et de Roissy, pourrait de fait révolutionner complètement l'écosystème du territoire.

L'emploi, principal sujet de réoccupation

Sans surprise, le thème qui est le plus revenu lors des discussions fut celui du nombre d'emplois qui seront créés pendant la phase de construction du projet, et pendant sa phase d'exploitation. Prenant place à côté de villes où le chômage chez les jeunes est particulièrement élevé, et où l'Etat éprouve toutes les peines du monde à agir pour inverser cette tendance lourde, Europa City revêtirait, il faut dire, un enjeu particulier. A Garges-lès-Gonesse, Aulnay-Sous-Bois, Villiers-Le-Bel ou Sarcelles, les taux de chômage sont effectivement supérieurs à 15 %, selon l'institut d'aménagement et d'urbanisme de l'Île-de-France.

Sans surprise, donc, les plus fervents défenseurs du projet sont ceux qui mènent « la bataille » de l'emploi... tout comme ses plus importants détracteurs qui craignent plus de destructions que de créations. Les directeurs du projet Europa City mettent pourtant en avant des chiffres impressionnants de créations de postes : 4.200 emplois par an en moyenne durant la phase de construction et 11.800 pendant la phase d'exploitation. Mais ces chiffres sont discutables, d'une part car ils commencent à dater (2011) et, d'autre part, car la méthodologie du cabinet Sémaphores qui a réalisé l'étude fut très peu détaillée. Ces chiffres ont d'ailleurs été quelque peu tempérés durant le débat public par des études commandées par la CNDP.

Gigantisme du projet

On craint aussi que le méga projet de 230.000 m² de surfaces commerciales ne détruise par ailleurs des emplois. Les principaux opposants aux projets se sont inquiétés du « gigantisme du projet et de son impact sur les activités existantes ». Dans le département de la Seine-Saint-Denis notamment, qui borde le triangle de Gonesse, les petits commerçants sont inquiets. Et personne n'a jusqu'ici pu délivrer de prévision sérieuse sur le solde net d'emplois que générera Europa City. Il est aussi demandé que l'emploi local soit privilégié. Et même si Auchan promet des formations aux jeunes, des doutes subsistent, notamment pour la phase de construction, où des majors du BTP risquent d'amener leurs propres effectifs sur place.

Les pourfendeurs du projet ont aussi mis en avant l'urbanisation des 300 hectares de terres agricoles du triangle de Gonesse - dont 80 pour le seul projet Europa City. Une contradiction en cette période post-COP 21 qui s'est, qui plus est, tenue à quelques encablures de Gonesse, au Bourget. « A la préservation du territoire, notamment des terres agricoles, s'oppose son urbanisation pour répondre à la concurrence des grandes métropoles internationales », relate Christian Leyrit, le président de la CNDP.

Un projet revu ?

Mais le Schéma directeur de la région Île-de-France (Sdrif) a déjà donné son aval par deux fois en 2008 et en 2013 à l'urbanisation du triangle de Gonesse à des fins de développement économique, quels que soient les projets qui s'y implantent, Europa City ou non. Du reste, le sujet environnemental fut, selon l'avis de Claude Brévan, qui menait les débats publics, moins mis en avant que le thème de l'emploi.

« En théorie » Europa City n'est cependant pas obligé de tenir compte des remontrances de ses détracteurs. Certes, Christophe Dalstein a réaffirmé ce lundi que certaines remarques des citoyens seront prises en compte afin d'amender le projet, mais la CNDP n'aura pas de pouvoir contraignant vis à vis du maître d'ouvrage privé. L'institution publique se considère en effet comme « un greffier éclairé » qui ne donne pas d'avis, seulement des recommandations.

Meilleur climat de confiance

Les débats retranscrits par la Commission pourront toutefois être invoqués plus tard dans la procédure administrative, qui devrait durer jusqu'à 2018. Concrètement, si in fine un juge administratif est saisi en contentieux au motif que la participation citoyenne aurait été considérée « de manière insuffisante » par le porteur du projet, alors il pourra se tourner vers les comptes-rendus de la commission nationale du débat public pour étayer sa décision.

En attendant, la CNDP a tout de même appelé à « la création d'un meilleur climat de confiance », qui « impliquerait dans cette hypothèse que des engagements précis soient pris par le maître d'ouvrage vis-à-vis (..) des citoyens, notamment dans les domaines de l'emploi local et la formation des jeunes du territoire, la participation des PME et entreprises locales à la réalisation du projet ». Reste à savoir si sur ces sujets Europa City acceptera de modifier son projet. Prochain rendez-vous dans trois mois.

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Commentaires
a écrit le 14/09/2016 à 12:25 :
La déclaration immédiate d’Auchan à l’issue du débat, par la voie de Christophe Dalstein, de poursuivre son projet démontre bien son mépris pour la concertation. 6 mois de contributions sont balayés d’un revers de main. De la communication aux objectifs sous-jacents et aux actes, on est loin.

Nous venons d’apprendre que Wanda détient 49 % des parts d’EuropaCity, pour « l’apport de savoir-faire en matière de loisirs, de services et de détente ». L’article « It’s a Wanda-ful life » paru le 14/02/2015 dans The Economist explique que « la récente diversification [de Dalian Wanda] dans les industries culturelles a clairement été faite avec l’aval du gouvernement [chinois]. Le président Xi Jinping (…) considère la promotion de la culture traditionnelle chinoise (…) comme vitale pour projeter à l’étranger le soft power de la Chine et maintenir l’emprise du Parti Communiste à domicile. ».
Il ne devait pas y avoir d’activités concurrentes avec les activités économiques existantes, mais EuropaCity annonce déjà réfléchir à des cinémas, alors même qu’Aéroville et O’Parinor ont fortement investis dans ce domaine et déjà sursaturé le territoire de leur offre. Mais c’est sûrement la contrepartie nécessaire de l’alliance avec Wanda-Cinémas qui vient de racheter les studios Legendery Entertainment.

Il a été démontré l’usage abusif des termes d’écosystème par le promoteur, qui dans sa conception architecturale, écologique, et économique est intrinsèquement hors sol.
Si EuropaCity devait voir le jour, il ne serait qu’un vaste temple de la consommation de masse chinoise, en concurrence avec les activités économiques existantes.

Dès lors si le territoire veut développer de l’activité, des emplois, EuropaCity est un très mauvais signal. S’il faut libérer les énergies, valoriser les richesses humaines des habitants, c’est au cœur des centres ville et des lieux de vie qu’il faut agir : en développant culture et agriculture de proximité, réemploi, recyclage, artisanats, circuit-courts, services à la personne. C’est de plus en plus la demande des consommateurs français, c’est un potentiel de bien-être humain considérable. Les pouvoirs publics doivent être au service des hommes et des femmes, pas de l’impérialisme de la grande distribution ou du régime Chinois.
a écrit le 14/09/2016 à 8:41 :
Mais qu'attend le gouvernement pour réaliser une vraie décentralisation et arrêter d'élargir Paris ?

=> toutes les sociétés publiques devraient quitter Paris
=> organisation par pôle de compétence
- par exemple : EDF quitte Paris pour aller à Rennes (pres de Supelec Rennes - école d ingénieur avec spécialisation possible en électricité). Rennes et ses environs sont déclarés pôle de compétences électrique. Areva, GE énergie sont invités à s'installer à côté, les laboratoires de recherches publiques et les écoles spécialisées en électricité se déplace près de Rennes
- Toulouse : Aerospace (déjà fait avec succès en grande partie), les entités Aerospace devraient elles aussi partir à Toulouse (si pas déjà fait)


Pour inciter les sociétés 100% privée à déménager possibilité de baisse ponctuelle d'impôt. + elles seront incitées de toutes les manières par la présence de client / sous traitants / employés potentiels formés
a écrit le 13/09/2016 à 21:56 :
Toujours plus grand, toujours plus gros, toujours plus mégalo.

Une chose est certaine c'est que la société de consommation nous enferme alors que c'est dehors qu'il faudrait aller voir.
a écrit le 13/09/2016 à 21:43 :
Les riverains des centrales nucléaires sont-ils embauchés en priorité dans les centrales nucléaires ? Et ceux qui habitent près des stations de métro, c'est la RATP qui les recrute avant tout ? Quant à ceux qui habitent les Hauts de Seine, ils travaillent dans les Hauts de Seine ? Non ? Ben alors ? Pourquoi faudrait-il faire autrement parce que c'est un investisseur privé qui développe un projet ? Du racket qui ne s'avoue pas, peut-être ? Une vision très écolo, en tous cas : on habite au village, on se marie au village, on travaille au village, on dépense au village on part en vacances au village, on est enterré au village...

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