Île-de-France recherche industrie désespérément

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L'Île-de-France cherche à se réindustrialiser
L'Île-de-France cherche à se réindustrialiser (Crédits : © Vincent Kessler / Reuters)
Connue comme une économie de services, la région Île-de-France a su pourtant conserver une industrie puissante. Un atout qui s'effrite néanmoins dangereusement...

C'est bien connu, l'économie régionale d'Île-de-France est dominée par les services. Le secteur tertiaire représente en effet 87,5 % de la valeur ajoutée de l'économie francilienne, et 84,5 % des 6 millions d'emplois salariés dans la région, d'après une étude élaborée conjointement par l'Institut d'Aménagement et d'Urbanisme (IAU), l'Insee et la CCI Paris-Île-de-France. Il tire même l'emploi vers le haut. « Le secteur tertiaire marchand hors intérim a créé environ 6 000 postes supplémentaires au deuxième trimestre 2015 en Île-de-France, soit une hausse de 0,2 %, et presque 27 000 en un an (+ 0,8 %) », constate l'Insee. De quoi soutenir la très légère hausse de l'emploi sur ce trimestre (+ 0,1 %). De même, lors les dix dernières années, l'emploi dans le secteur tertiaire marchand a augmenté de 7 % en Île-de-France, participant à la hausse globale de l'emploi dans la région capitale d'un peu plus de 3 % sur cette même période.

 4 % du PIB européen

Ce poids prépondérant du secteur des services participe à faire de l'Île-de-France la deuxième région la plus attractive d'Europe après le Grand Londres, selon une étude préfectorale. La région capitale accueille ainsi de nombreux sièges sociaux d'entreprises et le niveau de vie moyen y est élevé. « Le PIB par habitant est 1,9 fois plus élevé dans la région qu'en province », note la préfecture de Paris. En volume, le PIB francilien (630 milliards d'euros) représente même 31 % de la richesse nationale et « près de 4 % du PIB de l'Union européenne, devant le Grand Londres et la Lombardie », expliquent aussi les auteurs de l'étude de l'IAU, l'Insee et la CCI Paris-Île-de-France.

Cultiver l'histoire industrielle

Malgré son poids économique important, la région capitale ne fait pas l'économie de difficultés. Certes inférieur à la moyenne nationale, son taux de chômage s'élève tout de même à 8,8%, après avoir atteint 9 % fin 2014, son plus haut niveau en 10 ans. En 2008, le chômage était à 6,3 %. Cette mauvaise passe s'explique notamment par le fait que l'Île-de-France éprouve les plus grandes difficultés à cultiver un secteur qui a fait sa force par le passé : son industrie.

En effet, contrairement aux autres grandes métropoles mondiales comparables, « la région capitale dispose d'une force industrielle, avec notamment un tissu dense de PME-PMI », explique-t-on à la préfecture. Mais cette tradition traverse une crise profonde. « En 20 ans, l'emploi salarié dans l'industrie a été divisé par deux dans la région. Les industries liées au textile ont été lourdement frappées par cette érosion de l'emploi. Quant aux industries franciliennes de la construction automobile, elles fabriquaient en 2000 environ 1 million de voitures, contre 500.000 en 2008 », déplore une note du conseil régional d'Île-de-France.

5.000 emplois supprimés

Malheureusement, cette tendance ne semble pas s'infléchir. « Environ 5 000 emplois ont été supprimés en un an (- 1,1 %) dans l'industrie francilienne, dont 700 au deuxième trimestre 2015 (- 0,2 % par rapport au premier trimestre) », constate l'Insee. Et si 14 % des effectifs industriels du pays se situent en Île-de-France, soit environ 480.000 emplois, la part de la valeur ajoutée de l'industrie dans l'économie de la région capitale ne représente plus que 7,7 %, et la part des emplois salariés 9,4 %.

Conséquence directe de la relative faiblesse de l'industrie francilienne, et de la force de ses services : la région capitale affiche un solde négatif de sa balance commerciale, d'un peu plus de 50 milliards d'euros en 2014. Avec 77 milliards d'euros d'exportations de biens (sans les services), l'Île-de-France reste malgré tout la région la plus exportatrice en France (18,1 % des exportations de biens du pays), et est sans surprise celle qui importe le plus (25,9 % des importations).

Industries diversifiées

Très diversifiée, les industries franciliennes sont davantage implantées en Grande couronne, et notamment en Seine-et-Marne et dans les Yvelines. Ce dernier département accueille notamment le premier bassin d'emploi industriel de la région parisienne avec près de 45.000 emplois dédiés, sur le territoire Seine Aval (grosso modo entre Poissy et Mantes-la-Jolie). Cette zone est notamment spécialisée dans les domaines de la mécatronique (automobile, mobilité durable, aéronautique, aérospatiale, propulsion, systèmes embarqués) et des éco-industries (traitement de l'eau, valorisation des déchets). Les éco-industries sont d'ailleurs en forte croissance et réalisent dans la région 17 milliards d'euros de chiffres d'affaires soit plus du quart du chiffre d'affaires national.

Aéronautique et automobile

Plus précisément, l'Île-de-France est en première ligne en matière d'aéronautique puisqu'elle accueille environ 800 établissements industriels et près de 100 000 emplois, ce qui la place en tête des régions françaises pour ce secteur. « Les plus grands donneurs d'ordre publics ou privés français, européens ou étrangers sont présents en Île-de-France (Cnes, Dassault, Eads, Goddrich (UTC), Honeywell, Safran, Thales, Zodiac,...) », explique la préfecture d'Île-de-France. Un autre secteur phare de l'industrie, l'automobile, est également très représenté en Île de-France avec 100 000 emplois répartis dans près de 400 établissements, soit un peu plus de 20% des effectifs nationaux du secteur.

Moteur de croissance pour les services

SI l'industrie francilienne reste donc malgré tout très puissante, la période est à « l'effritement » du poids de la région, avec « une tendance longue au rééquilibrage national », note la préfecture. Elle ne peut lutter contre la tendance lourde à la « tertiarisation » des plus grandes métropoles mondiales.

La région a pourtant tout intérêt à maintenir le poids de son industrie, car celle-ci reste l'un des moteurs de la croissance du secteur tertiaire francilien, puisqu'elle est très consommatrice des services des activités de conseil, des SSII, des bureaux d'études, des organisations de rencontres et événements professionnels etc.

Faible niveau d'innovation

Pour retrouver son niveau d'antan, il lui faut donc innover. Or, sur ce point « les principaux indicateurs (dépôts de brevets, créations d'entreprises innovantes) montrent une relative faiblesse de l'Île-de-France sur ces aspects : la « machine à innover » francilienne a encore un trop faible rendement », déplorent les services de la préfecture.

Pour contrer cette tendance, sept pôles de compétitivité soutenus par les pouvoirs publics ont été lancés, notamment AsTech pour l'aéronautique et le spatiale, Mov'eo pour l'automobile et les transports, et Systematic pour les systèmes numériques et les systèmes complexe. Désormais « l'Île-de-France lutte pour la réindustrialisation », assure la région. Un enjeu d'intérêt national.

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Commentaires
a écrit le 03/01/2016 à 23:09 :
Sans compter les stratégies des industriels eux-mêmes qui ne jurent que par les délocalisations aux PECO ou au Maghreb, qui parlent de re-engenering pour ne pas évoquer des suppressions de postes, qui sont plus enclins à mettre en place des Plans d'adaptation des emplois et des compétences et à réaliser des réductions de dépenses y compris de R&D quitte à obérer l'avenir.
Les politiques sont des boucs émissaires bien pratiques pour des dirigeants peu inspirés et pas conquérants !
a écrit le 03/01/2016 à 21:02 :
Je crois que les derniers décrets publiés sur la pénibilité ne risquent pas d'aider à la reindustrialisation de la région ni de la France ... Ou comment se tirer une balle dans le pied en plus d'un code du travail incompréhensible ....
a écrit le 03/01/2016 à 19:14 :
Quand tu penses que nous avions les meilleures formations techniques alors que, maintenant, même les ingénieurs ne savent plus souder... Comment veux-tu comprendre quelque chose que tu n'as jamais fait..??
a écrit le 03/01/2016 à 11:41 :
Le choix politique de faire de la France une nation de services au détriment de l'industrie est gravé dans le marbre par les gouvernements, les législateurs (députés et sénateurs) et les partis politiques. Même les chercheurs du CNRS, les politologues des écoles de commerces HEC ESCAE, autres énarques et autres professeurs d'écoles normales supérieures ont clamé haut et fort que la France devait être une nation de prestations de services et que l'industrie était inutile : la majorité ont rédigé des articles économiques vantant ce choix. Il faut en assumer les conséquences. L'absence de création de richesse et in fine de valeur ajoutée est la conséquence inéluctable de la destruction des industries. Sans industrie pas de services profitant de cette valeur ajoutée.
Réponse de le 04/01/2016 à 14:38 :
Les gens à courte vue accusent bien sur le gouvernement actuel (qui ne fait pas énormément mais un peu plus que ceux d'avant), mais ça ne date pas d'aujourd'hui comme vous le soulignez si bien. J'ai toujours en mémoire, "l'entreprise sans usine" de Tchuruk qui était le credo des décideurs de 1990 à 2013 (à peu près), phrase que j'ai retrouvé dans les discours d'Anne Lauvergeon par ex.
a écrit le 03/01/2016 à 11:31 :
Réindustrialiser l'Ile de France, voici un sacré challenge pour le nouvel exécutif francilien !

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