L'innovation en Midi-Pyrénées ne se limite pas à l'aéronautique (loin de là)

Par Perrine Créquy  |   |  902  mots
Quelque 200 chefs d’entreprise, financiers, banquiers et experts ont assisté au Club La Tribune Toulouse, mardi 26 novembre, en présence de Martin Malvy, ancien ministre et président de la Région Midi-Pyrénées. © Frédéric Lancelot (Crédits : Frédéric Lancelot)
Renforcement des liens entre les laboratoires et les entreprises, soutien aux projets collaboratifs, dynamisation des filières d'avenir régionales… Invité du Club La Tribune mardi 26 novembre à Toulouse, Martin Malvy, président de la Région Midi-Pyrénées, a longuement échangé avec les dirigeants de deux PME innovantes et de deux grands groupes ainsi que les représentants régionaux du Médef et de Bpifrance.

"Midi-Pyrénées investit 4% de son PIB dans la recherche depuis 2005, et même 5,6% cette année, alors que la France n'atteint pas l'objectif des 3% fixé par le Conseil européen de Lisbonne en 2000." Martin Malvy, ancien ministre et président de la Région Midi-Pyrénées, a vanté le dynamisme de sa région en matière de recherche à l'occasion d'un débat sur l'innovation organisé par La Tribune le mardi 26 novembre à Toulouse.

Investir dans les start-up de son territoire

Pour transformer ces recherches en produits et générer des créations d'emplois, la Région s'est dotée dès les années 1980 d'un fonds pour investir dans les start-up de son territoire. Elle œuvre désormais pour renforcer les liens entre les laboratoires et les entreprises. Parallèlement à l'action des pôles de compétitivité, notamment Aérospace Valley et Agri Sud Ouest Innovation pour lesquels elle s'est associée avec l'Aquitaine, elle lance des appels à projets collaboratifs qu'elle cofinance avec le Fonds européen de développement économique régional (Feder) et l'Etat, pour dynamiser les filières d'avenir dans la région.

Pôles de compétitivité

Sur les terres d'Airbus, l'un de ces projets, Aérosat, est dédié à l'aéronautique et aux satellites. Le projet Lapérouse vise lui à créer des applications utilisant des technologies spatiales pour l'agriculture raisonnée, la gestion de crise ou la santé. Mais d'autres filières sont aussi encouragées par la Région : Eco Innov pour l'efficacité énergétique, Agile IT pour les industries numériques et Epicure, dédié aux alicaments. Le secteur agro-alimentaire est en effet le premier employeur en Midi-Pyrénées.

Des biscuits à base d'insectes

Parmi les start-up de ce secteur, Micronutris met au point des biscuits à base d'insectes. « Notre localisation en Midi-Pyrénées nous permet d'avoir accès à des fournisseurs de proximité pour alimenter nos insectes. Et pour les transformer en matière première alimentaire, nous avons pu compter sur le soutien de l'agence Midi-Pyrénées Innovation », explique Cédric Auriol, le gérant de cette entreprises qui emploie six salariés. Il teste la commercialisation de ces produits avec un grand groupe de distribution à Labège (agglomération toulousaine).

Accélérer sa capacité d'innovation

Travailler avec une start-up permet aux grandes entreprises d'accélérer leur propre capacité d'innovation. Gilles Capy, membre du Comité exécutif et directeur interrégional d'ERDF Sud-Ouest, a ainsi noué des contrats avec deux PME innovantes de la région : Sigfox, premier opérateur de communication à bas débit pour les objets connectés, et avec le fabricant de drones Delair-Tech. « Notre mission de gestion des réseaux électriques implique que nous soyons capables de réagir au plus vite en cas d'incident, notamment dus aux intempéries. Nous signons des contrats avec les entreprises innovantes qui peuvent nous aider à atteindre cet objectif, et quand le test en région est concluant, la collaboration est étendue au niveau national », explique Gilles Capy.

« Les banques sont frileuses » !

Carole Léonard, PDG de Teknimed, compte l'américain Johnson & Johnson parmi ses clients. Sa société de 43 salariés, qui a réalisé à l'export 80% des 7 millions d'euros de chiffre d'affaires de l'exercice 2012-2013, est pionnière des substituts osseux en ciment et polymères résorbables. « Teknimed est une PME innovante, avec 50 projets de recherches en cours. Côté gestion, nous sommes à l'opposé de l'esprit start-up : plutôt que de lever des fonds pour grandir, nous nous développons par réinvestissement des bénéfices, sans prélever de dividendes. » Mais pour financer son projet de construction d'une salle blanche au sein de sa PME, elle doit mobiliser des financements, qu'elle peine à trouver. « Les banques sont frileuses, alors que nous, entrepreneurs, nous prenons des risques chaque jour ! », s'emporte la patronne.

Difficultés à se financer

Président du Medef Midi-Pyrénées, Daniel Thébault indique qu'un certain nombre de ses adhérents témoignent eux aussi de difficultés à se financer, « notamment ceux pour qui ces financements sont cruciaux pour la pérennité de leur activité. »  Stéphane Kolb, membre du directoire de Caisse d'Epargne Midi-Pyrénées, reconnaît que les nouvelles contraintes réglementaires de Bâle III contraignent les banques « à réaliser des arbitrages ». Mais il souligne également la créativité du secteur bancaire pour satisfaire les besoins des clients. « Nous faisons l'un des plus vieux métiers du monde, sourit-il. Notre intérêt est de prêter de l'argent à nos clients, si ce n'est pas sous forme de crédit ce sera sous forme de financement. Et dans la région, nous avons créé un fonds d'investissement, Midi Capital, qui épaule notamment des biotechs, dont les cycles de développement nécessitent un financement particulier. »

De nouveaux financements pour les opérations marketing

La variété des business modèles qui émergent est également prise en compte chez Bpifrance. Jean-François Rémy, le délégué Innovation de Bpifrance en Midi-Pyrénées, a ainsi annoncé lors de ce débat que de nouveaux financements seraient mis à disposition dès le début 2014 pour accompagner les entreprises qui innovent dans leurs process de commercialisation, leurs opérations de marketing ou sur des problématiques sociales. « Nos dispositifs d'aides pour les innovations technologiques sont nombreux mais nous souhaitons étendre le champ de notre soutien à ces nouveaux aspects. »