À Toulouse, les transports sont la clé de la course au Capitole

Par Hugues-Olivier Dumez, à Toulouse - Objectif News  |   |  1280  mots
Le métro toulousain. Un mode de transport qu'entend développer le candidat UMP, alors que son rival socialiste mise sur le tram./ DR (Crédits : DR)
Jusqu'aux élections municipales des 23 et 30 mars prochains, La Tribune analysera les enjeux du scrutin dans une vingtaine des principales villes françaises. Deuxième volet : Toulouse. Et si la capitale occitane rebasculait à droite ? C'est en tout cas l'ambition du candidat UMP et ancien maire, Jean-Luc Moudenc, face au sortant socialiste, Pierre Cohen.

C'est l'histoire d'un duel entre deux hommes. À droite depuis 1971 et l'époque Baudis père et fils, Toulouse est retournée à gauche en 2008 avec la victoire de Pierre Cohen contre le maire sortant, Jean-Luc Moudenc. Sous forme de remake dans la course au Capitole, ce socialiste de 63 ans est de nouveau confronté à l'actuel député UMP Jean-Luc Moudenc, 53 ans. Le tout sur fond de guerre larvée entre l'avocat du tramway et le défenseur d'une nouvelle ligne de métro. Bref, un combat politique, au sens noble du terme, sur la vision stratégique à adopter quant aux modes de déplacements urbains. Tram ou métro, il faut choisir.

Car Toulouse, siège du géant aéronautique Airbus, est aujourd'hui une métropole attractive qui accueille 20000 personnes supplémentaires chaque année et dépasse à présent 1,1 million d'habitants. En 1993, Toulouse inaugurait sa première ligne automatique de métro, puis une seconde en 2007, tandis que l'année 2010 marquait le retour du tramway dans l'agglomération, puis le prolongement contesté jusqu'au Palais de justice.

« Le tram a sa place dans le centre-ville, nous l'avons prouvé lors de ce mandat, estime le maire actuel, Pierre Cohen. Le retard pris par rapport aux autres villes s'explique en raison du mythe du métro qui prolonge la culture de la voiture en ne rendant pas nécessaire le partage de l'espace public. Il ne s'agit pas d'éradiquer la voiture, mais de comprendre que la pollution deviendra demain un enjeu sanitaire. »

Si Pierre Cohen est réélu, son credo sera de pousuivre le maillage avec le projet d'une nouvelle ligne de tram longeant le canal du Midi et reliant la gare à l'aéroport. La boucle sera alors bouclée.

« Toulouse est asphyxiée car seulement une cinquantaine de kilomètres de site propre ont été réalisés en trente ans, explique le maire de Toulouse. Je propose 120 kilomètres supplémentaires en dix ans contre 20 kilomètres de plus avec une troisième ligne de métro. »

Une riposte à la proposition de Jean-Luc Moudenc qui n'est pas passée inaperçue dans la ville rose, juste avant Noël. Ce dernier promet aux Toulousains une troisième ligne de métro afin de relier l'aéroport et Airbus au futur campus Toulouse Montaudran Aérospace, en passant par la gare.

Une troisième ligne de métro pour 1,7 milliard d'euros

« Le métro parcourra les 20 kilomètres en 35 minutes alors qu'un tram en mettrait 60 minutes », souligne Jean-Luc Moudenc.

Un projet de 1,7 milliard d'euros dont le financement serait garanti sans augmenter les impôts, soutient celui qui a succédé comme maire à Philippe Douste-Blazy en 2004, lors de l'entrée de ce dernier dans le gouvernement.

« La troisième ligne de métro permettra de relier entre eux les principaux poumons économiques, à savoir le pôle aéronautique, le pôle spatial et les nouvelles technologies avec le futur quartier d'affaires et la gare TGV », détaille Jean-Luc Moudenc.

Soit un changement radical avec la politique du maire sortant privilégiant l'abandon des lignes structurelles au profit d'une offre multimodale.

« C'est le choix entre deux stratégies, poursuit le candidat de la droite. Celle fondée essentiellement sur le tram et les bus à haut niveau de service que l'on fait pénétrer dans le centre-ville au risque d'organiser une congestion de l'espace disponible en surface, et celle plus ambitieuse privilégiant l'attractivité plutôt que la contrainte sournoise d'une politique anti-automobiliste. »

Toulouse attend encore l'arrivée du TGV

Interrogé sur la pertinence et la crédibilité d'un tel projet en période de disette financière, Pierre Cohen dénonce le « coup de bluff électoral » de Jean-Luc Moudenc :

« Le financement ne tient pas la route et la mise en service ne pourrait pas avoir lieu avant 2030... »

Plusieurs points font pourtant consensus entre les deux élus, en particulier le projet Aérotram lancé par Pierre Cohen. Ce téléphérique urbain, d'un montant de 60 millions d'euros, permettra de relier en 2017 l'Oncopole, centre de lutte contre le cancer, au CHU de Rangueil, situé sur les hauteurs.

Mais le principal consensus politique concerne l'arrivée du TGV, en 2014.

« Il y a là un véritable enjeu de plate-forme multimodale », confie Pierre Cohen, tout en soulignant qu'un quartier d'affaires n'est pas un objectif en soi.

Lui préfère s'atteler, en matière économique, à la réussite du projet Toulouse Montaudran Aérospace, un campus dont la vocation est de rassembler les acteurs privés et publics dans l'aéronautique, le spatial et les systèmes embarqués.

« Un quartier d'affaires ne se décrète pas, il se mérite », insiste Pierre Cohen.

La diatribe reprend dès lors ses droits :

« L'idée d'un quartier d'affaires a été évacuée par la municipalité par des déclararations dogmatiques, estime Jean-Luc Moudenc. Des villes comme Lille ou Lyon, pourtant dirigées par des socialistes, ont toutes aménagé un centre d'affaires au contact direct de l'infrastructure. »

Le retour d'un débat idéologique

Le député UMP de Haute-Garonne entend ainsi se positionner comme le candidat « ami des entrepreneurs » et dénonce « l'idéologie à laquelle adhère Pierre Cohen qui voit dans l'entreprise un lieu d'exploitation de l'homme par l'homme ».

Pour étayer son jugement, Jean-Luc Moudenc met en avant l'intention de l'édile d'augmenter la cotisation foncière des entreprises (CFE), possibilité offerte aux collectivités locales dans le projet de loi de finances 2014 :

« Lorsqu'on s'engage sur la stabilité fiscale, on doit s'engager auprès des ménages, mais également auprès des entreprises. »

Si l'UMP a fait de Toulouse l'une des priorités de sa reconquête nationale, l'élu socialiste demeure crédité d'une majorité des suffrages, selon les sondages. Par ailleurs, Jean-Luc Moudenc doit aussi faire face à une possible triangulaire avec le Front national.

« Les responsables socialistes locaux espèrent cette triangulaire pour se sauver », craint le candidat UMP.

De son côté, Pierre Cohen, qui avait gagné les dernières municipales dans un mouchoir de poche, à 1209 voix près, assure pouvoir l'emporter nettement, et dans un duel.

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>>> FOCUS

LA DROITE TOULOUSAINE REDOUTE DES TRIANGULAIRES

Si la droite et le centre semblent partir unis lors des municipales, comme en témoigne le ralliement de plusieurs responsables centristes dont le président du MoDem en Haute-Garonne, c'est sans compter la candidature de la députée européenne UDI Christine de Veyrac, ancienne élue UMP.

C'est pourtant la performance de l'extrême droite, menée par le candidat FN Serge Laroze, qui sera la grande inconnue de ce scrutin. Absent lors des dernières municipales, le FN pourrait, selon les sondages, atteindre le second tour. À gauche, Pierre Cohen aura face à lui plusieurs listes concurrentes menées par Europe-Écologie-Les Verts et le Parti de gauche, ainsi que celle du sénateur radical Jean-Pierre Plancade.

Parmi les principaux thèmes de campagne abordés, les transports et la sécurité ressortent des débats. Le leader de l'opposition municipale, Jean-Luc Moudenc, propose ainsi la création d'une deuxième rocade à une vingtaine de kilomètres de Toulouse.

Objectif : séparer le trafic de proximité, celui des automobilistes toulousains, du trafic de transit, en reliant par une autoroute à péage l'axe de Narbonne à celui de Paris.

« Nous devons rouvrir le dossier de l'engorgement du périphérique, plaide Jean-Luc Moudenc, sans exclure l'éventualité d'une rocade à étage. Toulouse est en tête des agglomérations françaises les plus bouchonnées. »

En matière de finances publiques, le chantre de la dette zéro entend s'attaquer à la hausse des dépenses de fonctionnement de la ville et de la métropole.