Avatars numériques : Silkke veut mettre de l'humain dans la réalité virtuelle

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Édouard Deslandes, CEO et fondateur de la startup Silkke
Édouard Deslandes, CEO et fondateur de la startup Silkke (Crédits : DR)
Fondée il y a quatre ans, la startup nantaise Silkke s'apprête à lancer la construction d'une centaine de « capsules » capables de scanner un individu en un instant pour produire son avatar, articulé, en 3D. Fin septembre, elle organise la première Silkke Academy où les développeurs pourront obtenir les clés pour introduire ces avatars dans leurs applis… Le monde virtuel bouge !

« Très prochainement, on ne parlera plus d'avatars, mais de "silkke. Le "silkke" sera la nouvelle identité digitale des gens dans les mondes immersifs », promet Édouard Deslandes, CEO et fondateur de la startup Silkke, qui lancera le 27 septembre prochain, la première Silkke Academy, à Nantes.

Une invitation -payante- aux développeurs de tous poils à venir retirer les codes personnalisés et le savoir-faire pour déployer les « silkke » sur leur plateforme (Unity 3D ou Unreal). Et ce, que ce soit un jeu, un programme de divertissement, un magasin, un centre commercial, une usine, un parcours bancaire...

« Tout est possible, tout est imaginable... Nous sommes à l'année « Zéro » de la réalité virtuelle. Jusque là, ce secteur proposait seulement des environnements en 3D que l'on parcourt avec d'énormes lunettes. Il y manquait de l'humain, des rencontres, de l'intelligence, de l'émotion... des univers où l'on puisse se projeter », explique Édouard Deslandes, qui après quatre années de recherche et développement, s'apprête à lancer, d'ici la fin de l'année la production d'une centaine de capsules destinées à scanner en masse la population pour peupler les mondes virtuels.

Comme une cabine photographique

Haute de trois mètres pour quatre de large, la capsule « silkke » ressemble à une grosse gélule. Elle a fait une apparition remarquée en avant-première lors du dernier tournoi de Roland Garros et au festival Futur en Seine. Pour douze euros, on y entre comme dans les célèbres cabines photographiques pour se faire tirer le clone. À l'intérieur, une centaine de capteurs détecte et scanne l'individu qui doit se tenir debout, immobile, les bras en croix. Clic, clac, c'est dans la boite. Le résultat ?

Physiquement rien à redire, la reproduction est fidèle. Si la démarche manque un peu de souplesse, on s'approche de la réalité. « Les enfants, les femmes en raffolent et veulent absolument entrer dans la cabine », constate le patron de Silkke.

Un début de voix synchronisée

Une heure après, la personne récupère sur son mobile, son avatar articulé en 3D, copie conforme, qu'elle va pouvoir introduire dans un jeu vidéo, pour visiter un centre commercial, un paquebot, participer à un défile de mode, mener des réunions avec d'autres "silkke"... pour peu que des plateformes ad'hoc aient été pensées pour les accueillir. C'est donc tout l'enjeu de la Silkke Academy.

Déjà, les développeurs de "silkke" ont commencé à travailler sur la voix. À synchroniser les lèvres, le mouvement des yeux, du visage sur les paroles prononcées. Si le résultat est perfectible, l'apparence finale est assez bluffante.

« En greffant des programmes d'intelligence artificielle, comme on le fait avec les robots, on va pouvoir leur apprendre beaucoup de choses, répondre à un entretien d'embauche, à une interview, etc. Et là, on va défricher de nouveaux marchés », esquisse Édouard Deslandes.

silkke

Un objectif international

Mise au point après trois prototypes, la fabrication de la capsule est confiée à deux sous-traitants, situés à Angers et Dubaï, à proximité du plus important hub aérien et maritime au monde qui permettra de se déployer sur la planète.

Déjà, de grands comptes de l'industrie, de la mode, du divertissement et des médias s'y intéresseraient de près. Dont France Télévisions où l'ensemble du comex et les vedettes du petit écran sont passés par la capsule. Pour en faire quoi ? La démarche serait confidentielle.

« On a aussi scanné Marie José Perrec, Philippe Candeloro... ou Frédéric Lefebvre, le premier homme politique à se prêter à l'exercice », indique le fondateur de Silkke, qui rêve de constituer la plus grande base d'avatars au monde.

Des dirigeants de Facebook seraient même venus se faire scanner et seraient repartis avec leur avatar dans leur smartphone.

« Nous sommes les seuls au monde aujourd'hui à maîtriser cette technologie. Et tout le monde la veut. C'est un challenge énorme sur le business », assure le fondateur qui proposera ses capsules en location à des grands comptes pour des opérations marketing en interne, de l'évènementiel ou pour mettre en valeur leur marque.

À eux alors de déployer de vraies stratégies autour de l'avatar.

Peupler les univers virtuels

Il aura fallu quatre années de R et D menées avec une grande discrétion pour mettre au point cette technologie innovante. Ingénieur spécialisé dans l'informatique et l'intelligence artificielle, formé à l'EISTI (Ecole Internationales des Sciences du Traitement de l'Information) de Cergy-Pontoise, Édouard Deslandes, 47 ans, a, en une vingtaine d'années, touché au développement de logiciels et à l'électronique embarqué dans le domaine de l'armement ; travaillé sur la CAO-DAO dans le secteur de la navale et de l'aéronautique, multiplié les aventures entrepreneuriales ; développé et revendu plusieurs startups (Clever Age...) dans le conseil, etc.

Dans son parcours, l'homme évangélise à tour de bras les nouvelles technologies. Venu dans l'univers du luxe pour bâtir des environnements en 3D en temps réel, Édouard Deslandes prend conscience que ces environnements sont vides, sans émotion. Inhumains. C'est là que naît ce désir de peupler les mondes immersifs. De là se posait le problème de la manière de scanner les gens et de leur offrir ce personnage.

Des investisseurs français le suivent

Créé à Paris, la startup s'est déplacée à Nantes en 2013.

« Pour des raisons familiales, mais aussi en raison de l'écosystème. Nous aurions pu aller dans la Silicon Valley. Cela aurait été sans doute plus facile et plus rapide, les instincts d'investisseurs étant plus libérés alors qu'ici, il faut montrer patte blanche, et le traitement est beaucoup plus long. Cela dit, la région nantaise dispose d'un vrai potentiel de développement dans le numérique, avec un bassin industriel extrêmement pointu, des écoles d'ingénieurs de haut niveau comme Centrale, etc. Il y a tout ici. Avec notre système, nous avons besoin de tester de nombreuses technologies. Pour cela, nous avons pu bénéficier de la présence du techno-campus nazairien Smart Factory qui dispose des équipements de réalité virtuelle nécessaires » constate Édouard Deslandes, accompagné par l'agence Nantes-Saint-Nazaire Developpement.

Fondée à l'origine par l'actuel CEO de Silkke et deux investisseurs, auxquels il a, depuis, racheté les parts, la startup a bénéficié du concours d'une quinzaine d'investisseurs français indépendants, intervenus en nom propre. La jeune entreprise emploie aujourd'hui dix salariés.

Après une première levée de fonds d'un million d'euros, Silkke, discrète sur son chiffre d'affaires et ses perspectives d'évolution, compte en lancer une seconde très prochainement à hauteur de 500.000 euros cette fois, pour finaliser les projets de R et D en cours.

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Commentaires
a écrit le 19/09/2016 à 19:35 :
Et au lieu de passer ton temps sur les blogs...va bosser et tu pourras t'abonner ... ;-)
a écrit le 19/09/2016 à 16:57 :
Parfais, j'arrête de lire La Tribune. Il faudrait savoir si l'on vient là parce qu'on en apprécie la lecture ou si l'on vient pour faire ses courses (publicités). Et, quant on n'a pas de revenu, on ne peut pas prendre d'abonnement !
Bonne route, je file sur les blogs où j'en apprends autant, mais c'est avec regret.
Réponse de le 19/09/2016 à 19:33 :
On vient là parce qu'on n'a pas le temps d'aller sur les blogs et que la Tribune l'a déjà fait pour nous...

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