EON Reality France veut s'affranchir de la dépendance des marchés export

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(Crédits : Eon Reality)
Venu sur le marché français en 2014 avec l'ambition de constituer un hub national pour rayonner sur le proche marché européen, le spécialiste de la réalité virtuelle et augmentée Eon Reality peine à trouver son rythme sur un marché hexagonal qu'il juge immature.

« On devrait être en train de parler de massification, on en est encore à parler de pilote ! », s'impatiente Yann Froger, directeur général d'Eon Reality France. Dix-huit mois après son implantation à Laval, la filiale française de l'américain Eon Reality, leader mondial en réalité virtuelle et augmentée pour le transfert du savoir dans l'industrie, l'éducation et le ludo-éducatif, réalise encore 70% de son chiffre d'affaires hors des frontières nationales. « Et ça, ce n'est pas notre vocation. Il faut absolument inverser la tendance. Or, le marché français n'est pas à la hauteur », dit-il. Installée sur 1.000 m² à Laval, Eon Reality a réalisé un chiffre d'affaires de 6,7 millions en 2015 (pour un résultat net de 600.000 euros) et devrait atteindre 9 millions d'euros en 2016. La quasi-totalité de ses collaborateurs (28 personnes et 52 prévus en 2017) est issue de son centre de formation créé en interne. Il a formé 120 spécialistes en réalité virtuelle depuis sa création.

Un secteur privé à la traine

« Si les objectifs de démarrage ont été validés, les objectifs de croissance sont à poursuivre... Nous sommes en retard sur le marché hexagonal, avec un bémol toutefois, en cette période de clôtures budgétaires où l'on ressent un léger frémissement », reconnaît Yann Froger, qui a bénéficié d'un soutien sans faille de l'écosystème lavallois et régional, depuis son arrivée. « Nous avons trouvé des infrastructures, des compétences, de l'accompagnement et les partenaires nécessaires au développement de notre centre de formation. Pôle emploi, le Rectorat et les entreprises ont joué le jeu pour embaucher la moitié des étudiants qui sortaient de notre centre de formation ou pour tester une plateforme éducative 3D en réalité virtuelle et augmentée sur mobile. Le maillage territorial a bien fonctionné. Si le secteur public a joué son rôle, il faudrait maintenant que le privé se mette en en route... » Au point que l'immaturité technologique du marché français a ralenti l'émergence d'un hub technologique nécessaire pour déployer des satellites dans les agglomérations du territoire français. « Pour l'instant, le pari n'est pas réussi. Le risque, c'est de voir revenir les technos dans cinq ans de Corée... Soit le contraire de ce que je me suis donner comme mission », admet Yann Froger à qui il resterait moins de deux ans pour relever ce défi.

Un catalogue pré-formaté pour convaincre

« Le marché raisonne de manière trop franco-française. Il cherche souvent à acquérir de l'équipement pour être maître de l'ensemble du circuit. Or, ça n'a pas beaucoup de sens quand les besoins portent sur du contenu et de l'usage. » A ses yeux, par exemple, le secteur de l'immobilier pourrait être énorme. « On dispose des méthodes, de la technologie et l'expertise qui permettraient de mettre 80% des catalogues en réalité virtuelle. Que voit-on ? A part une solution imaginée par trois étudiants dans un garage, rien. Les acteurs sont encore très frileux. Ils veulent bien tester mais rechignent à investir ». Malgré une maison mère leader mondial, la filiale française souffre aussi de sa jeunesse pour capter des appels d'offres plus conséquents sur les secteurs de la défense ou de l'aérien. « Nous n'avons pas encore l'assise d'un réseau qui nous permettrait d'accéder à de grands marchés nationaux. On intervient souvent en deuxième rideau ou inclus dans des appels d'offres de grands groupes. »

Faute de rencontrer rapidement une demande, Eon Reality France a choisi d'intensifier sa force commerciale auprès des PME et des ETI de pré-formater une quinzaine d'offres sous la forme d'un catalogue en réalité virtuelle mêlant animations, vidéos, etc. Dont l'un des avantages est de limiter les coûts de fabrication et d'expédition liés aux supports « papiers ». La première d'entre-elles vient d'être lancée ces jours-ci par e-mail auprès de 150.000 prospects. Elle propose une solution de carte de vœux personnalisable à partir d'une simple page web intégrant, de façon simple, les outils de la réalité virtuelle. Les autres, dont une dédiée à l'immobilier pour découvrir des biens à 360°, suivront. Selon la sophistication, la solution est commercialisée de 1.000 à 5.000 €. « Il s'agit avant tout d'élargir et de massifier », explique Yann Froger.

L'inattendu soutien des Pokemon...

« On trouve des solutions, mais on voit bien que la taille moyenne des commandes est très inférieure à ce que l'on peut rencontrer en Asie ou aux Etats-Unis. On est dans un rapport de un à trois. Et pourtant nous sommes face à un marché de 60 millions d'utilisateurs potentiels suréquipés. Il n'y a pas de problème de réseaux. Les technos démarrent dans l'industrie, dans la formation... On intervient sur de la maintenance, mais pas sur de grands programmes liés à la sécurité par exemple. On ne voit pas, non plus, de villes françaises équipées d'applications interactives pour les réseaux de bus alors que c'est une des applications les plus évidentes. Je ne vois ni transporteurs ni d'ateliers de picking équipés en réalité augmentée pour optimiser les temps de parcours, la rotation dans les emplacements, les process de commande par opérateur, le merchandising, le marketing... », observe le patron d'Eon reality France.

Pour Yann Froger, cette mise en conformité pourrait permettre d'optimiser 20% à 25% d'un site et justifierait largement l'investissement. « Un important travail d'évangélisation est à mener », estime Yann Froger. « La French Tech, est une bonne chose. C'est une marque mais elle doit permettre de faire émerger des projets, de développer des compétences, de faire du chiffre, sans cela ça ne servira pas à grand-chose. » La promotion des réalités virtuelle et augmentée a reçu un soutien des plus inattendus avec la déferlante Pokemon Go. « L'attention a été portée sur le mot réalité augmentée. Ça éveille la curiosité et les consciences. Signe aussi que techno est mûre », estime la patron d'Eon Reality France.

Par Frédéric Thual,
correspondant des Pays de la Loire pour La Tribune

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Commentaires
a écrit le 21/11/2016 à 10:26 :
La réalité n'est déjà pas tellement belle à voir, l'augmenter n'est certainement pas une bonne direction, et ce n'est pas en la virtualisant qu'on va l'améliorer.
Les déceptions seront encore plus grandes lorsqu'on retirera son "casque" virtuel, sans compter les migraines, le mal à la tête, aux yeux... Déprime assurée.
Vive le ciel, les arbres, les ruisseaux, les petits zoziaux et autres réalités naturelles apaisantes.

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