Nantes veut créer un pôle de radio-pharmacie de renommée mondiale

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Ferid Haddad, enseignant-chercheur à Subatech, directeur du GIP Arronax, fait découvrir aux élus et responsables politiques nantais,  les installations de pointe et sécurisées du Cyclotron Arronax.
Ferid Haddad, enseignant-chercheur à Subatech, directeur du GIP Arronax, fait découvrir aux élus et responsables politiques nantais,  les installations de pointe et sécurisées du Cyclotron Arronax. (Crédits : DR)
Huit ans après la création du cyclotron Arronax dédié à la recherche et à la production de radio-isotopes médicaux innovants pour lutter contre le cancer, les chercheurs nantais viennent de bénéficier de nouveaux crédits et équipements pour enrichir leur arsenal nucléaire, à travers le plan ArronaxPlus. Un levier pour accélérer l'industrialisation des médicaments du futur et l'émergence d'une véritable filière de radio-pharmacie sur l'agglomération nantaise.

« Avec le plan ArronaxPlus, nous allons pouvoir mettre à disposition des industriels du médicament tout le spectre des compétences académiques, de l'expertise et du matériel pour qu'ils puissent finaliser leurs études ou lancer la production de leur médicament », se félicite Ferid Haddad, directeur du groupement d'intérêt public (GIP) Arronax, qui pilote le cyclotron éponyme, installé sur 4.000 m², à Saint-Herblain, à proximité de l'Institut d'Oncologie de l'Ouest et de l'hôpital G&R Laënnec.

Au nord-ouest de l'agglomération nantaise, une véritable machine de guerre contre le cancer commence à livrer ses fruits.

Un cyclotron unique en son genre

Voulu dès le début des années 2000, inauguré par le Premier ministre François Fillon en 2008, cet accélérateur de particules, opérationnel depuis 2011, est unique en son genre en Europe.

Unique, "parce qu'il a d'emblée été spécifié pour pouvoir assurer différents types de recherches, assurer des actions en formation initiale et continue, produire des radiomédicaments destinés au diagnostic et au traitement de cancers", explique Ferid Haddad.

Comparé à la vingtaine de cyclotrons implantés en France (180 en Europe) essentiellement tournés vers la production de radio-médicaments pour l'imagerie, il dispose d'une capacité en énergie et en intensité bien supérieure, celle requise pour les travaux de recherche. À l'époque de sa construction, l'impasse a été volontairement faite sur certains équipements non prioritaires pour limiter l'enveloppe globale à 37 millions d'euros (terrain, bâtiment, cyclotron, équipements...). Très rapidement, le contrat de plan Etat-Région 2008-2015 est venu abonder à hauteur de 4 millions d'euros le projet, qui s'est enrichi de nouveaux matériels permettant  d'accueillir des équipes des laboratoires partenaires et de l'extérieur.

Un concentré d'équipes de recherche

En huit ans, sous l'impulsion de Jacques Barbet, responsable scientifique du projet ArronaxPlus, Arronax a ainsi déployé quatre plateformes spécifiques pour balayer l'ensemble de la chaîne de valeurs nécessaire à la fabrication des radiopharmaceutiques : l'une pour effectuer les études sur l'effet des radiations sur la matière inerte et sur la matière vivante, les autres pour développer de nouveaux vecteurs capables de cibler efficacement les cellules cancéreuses, trouver de nouveaux systèmes d'accrochage entre l'isotope et le vecteur, mesurer leur stabilité dans le temps, former des experts pour intervenir sur ces différentes plateformes, où collaborent  les unités de recherches Subatech (CNRS, Mines Nantes, Université de Nantes), CRCNA (Inserm/CNRS/Université de Nantes), Ceisam (CNRS/Université de Nantes), l'école vétérinaire Oniris, le CHU de Nantes, l'Institut de Cancérologie de l'Ouest, etc.

« Ces compétences étaient hier disséminées dans différents laboratoires, elles sont désormais coordonnées et en mesure d'effectuer toutes les opérations allant de la production d'isotopes jusqu'aux études précliniques et cliniques », précise Ferid Haddad.

Pour faciliter la production des médicaments, l'équipe d'Arronax a mis en place, en collaboration avec le CHU de Nantes, une "annexe de la pharmacie à usage intérieur" (APUI), agrée par l'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) et l'ASN (Autorité de sûreté nucléaire) permettant de produire des radiomédicaments pour les essais cliniques.

« Dès lors, un certain nombre d'outils est proposé aux médecins qui choisissent en fonction de la pertinence clinique», explique Ferid Haddad.

Pour l'instant, parmi les projets les plus avancés, une étude clinique destinée au diagnostic des tumeurs endocriniennes, pilotée par Françoise Kraeber-Bodéré, chef du service de médecine nucléaire au CHU de Nantes pourrait être lancée courant 2017. À condition d'obtenir les financements. Cet outil de diagnostic viendra en complément de scanners et d'IRM qui fournissent des informations morphologiques sur la forme et la position des organes.

« Le radiomédicament apportera, lui, des informations sur le métabolisme et leur fonctionnement », ajoute Ferid Haddad.

Un cluster de renommée mondiale

"Nous avons réussi à bâtir un socle académique fort, permettant d'offrir du matériel de pointe, des compétences et de l'expertise aux entreprises et industriels du médicament. Il s'agit maintenant de mettre en place un cluster pour démultiplier  les actions, favoriser la rencontre des industriels et des académiques", dit le patron du cyclotron.

C'est tout l'enjeu du plan ArronaxPlus.

Pour accroître ses moyens technologiques et de recherche pour le développement de l'imagerie moléculaire et la radiothérapie vectorisée considérés aujourd'hui comme des outils majeurs dans la lutte contre de nombreuses pathologies et du cancer, le cyclotron a bénéficié du dispositif national de soutien à la recherche (Equipex) mis en place dans le cadre des Investissements d'Avenir, gérés par l'Agence nationale de la Recherche (ANR), dont le GIP a été lauréat en 2011. Une enveloppe de 8 millions d'euros financée par l'ANR, la Région Pays de la Loire, Nantes Métropole et le Feder.

Ce nouveau plan ArronaxPlus doit permettre de faire émerger un groupe de recherche de niveau mondial et, à terme, une filière industrielle radiopharmaceutique. Mais aussi de mener des projets de recherche translationnelle en imagerie moléculaire et en radiothérapie ciblée et de favoriser le rayonnement et l'attractivité à international.

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Photo: Une partie du cyclotron utilisée pour la production des isotopes.

Un deuxième cyclotron

Le projet pourrait prendre 5 à 10 ans.

« Pour cela, il faut accompagner le transfert de technologies et faire venir les entreprises », observe Adrien Reymond, recruté en janvier dernier par le pôle de compétitivité Atlanpole Biothérapie, pour piloter le projet La Fabrique; un pôle industriel dédié aux entreprises et startups positionnées sur la biothérapie, sous la bannière Isotop4life, créée depuis quelques années pour regrouper et fédérer les entreprises du secteur.

« La radiothérapie est un marché de niche, mais c'est aussi une filière en émergence où Nantes dispose l'un des pôles le plus actif d'Europe. Le nombre de radiomédicaments utilisés pour le diagnostic et les traitements ne cesse d'augmenter», souligne-t-il.

Un ou deux terrains auraient été identifiés à proximité du cyclotron Arronax pour bâtir un bâtiment industriel de 3.000 m², doté de salles blanches, des équipements nécessaires  à une dizaine d'entreprises et startups et d'un nouveau cyclotron de taille plus modeste, mais spécialisé dans la production de radiomédicaments à l'échelle industrielle. Globalement, le budget de l'opération est estimé à près de 25 millions d'euros.

« L'objectif est que le bâtiment soit opérationnel d'ici à quatre ans », estime Adrien Reymond, en charge aujourd'hui de trouver... un modèle économique.

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