Saint-Nazaire passe en mode numérique

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Le Paquebot, héritage de l'architecture des années 1990, connaîtra en 2020 une véritable transformation en hébergeant au premier étage, un campus du numérique, avec notamment l'école d'ingénieurs du CESI, un Fab lab, un espace de co-working, un incubateur...
Le "Paquebot", héritage de l'architecture des années 1990, connaîtra en 2020 une véritable transformation en hébergeant au premier étage, un campus du numérique, avec notamment l'école d'ingénieurs du CESI, un Fab lab, un espace de co-working, un incubateur... (Crédits : Ville de Saint-Nazaire)
La municipalité de Saint-Nazaire a fait du numérique une priorité de son mandat. Tout en étant connectée au dynamique écosystème nantais, la cité portuaire mise sur ses propres atouts industriels et balnéaires pour faire émerger une véritable culture digitale, attirer des entrepreneurs attentifs à leur qualité de vie, et redynamiser un centre-ville en perte de vitesse.

« Cette fois, ce sont les Nantais qui viennent à Saint-Nazaire, et non l'inverse... », se félicite Sandra Retailleau, fondatrice de la startup nazairienne Digital And Co. Une forme de reconnaissance formalisée par un « Business Day », organisé à l'occasion du festival du numérique Digital Week, partagé pour la deuxième fois entre Nantes et Saint-Nazaire, où la cité portuaire a distillé près de 70 évènements pour sensibiliser et acculturer sa population. C'est presque autant qu'à Nantes ! Concoctée par la Communauté d'agglomération de la région nazairienne et de l'estuaire (Carene) et la Chambre de commerce et d'industrie de Saint-Nazaire, ce « Business Day » sonnait comme une invitation à la rencontre des deux écosystèmes numériques, et de TPE, PME, commerçants et professionnels du tourisme du territoire. Une journée de débats et de tables rondes clôturée par un apéro les pieds dans l'eau pour, au passage, montrer qu'ici, à Saint-Nazaire, on peut finir sa journée de travail sur la plage en se connectant au wifi gratuit tout récemment déployé par une ville tout à la fois industrielle et balnéaire mais résolument passée en mode numérique. Une carte postale en forme d'avis aux jeunes entrepreneurs soucieux, aussi, de leur qualité de vie.

La prise de conscience des villes de taille moyenne

« Nous étions très en retard dans le numérique », confesse volontiers le socialiste David Samzun, maire de Saint-Nazaire et président de la Carene, élu en 2014, qui a fait de cette question un pilier de son mandat. Au cours de celui-ci, 11 millions d'euros vont être alloués en faveur du digital pour répondre aux besoins des métiers de demain. Une dizaine de bornes offrant un accès wifi gratuit ont été disséminées dans la ville. Des propositions d'implantation d'un Fab Lab sont à l'étude. Le déploiement de la fibre, confié à Orange, a commencé par le nord de la cité. Ces travaux doivent être achevés pour 2020.

« Mais ça va moins vite que le réseau déployé par le Département. Ce qui créé des distorsions de concurrence entre les zones d'activité », s'impatiente Martin Arnout, adjoint aux finances et aux affaires juridiques, en charge du numérique.

« La transition digitale était une question jusque-là non traitée par la ville. Les cités de taille moyenne n'ont pas toujours conscience de cette nécessité et pas toujours les capacités d'investissement nécessaires. Nous, nous en avons fait une priorité de notre programme électoral », plaide Martin Arnout.

La feuille de route numérique ? « C'était une page blanche !», se souvient le Monsieur Numérique de Saint-Nazaire, 42 ans, plus urbaniste que geek.

« Il a d'abord fallu calibrer les services. Faute de pouvoir tout faire, on a construit les réseaux, le matériel et la maintenance par rapport aux besoins avec, à leur tête, des experts du numérique: Pascal Presle à la ville, et Lorraine Bertrand à la Carène. Et on a étudié ce qui se faisait ailleurs », explique-t-il.

Martin Arnout, Nantes,

(Martin Arnout, le Monsieur Numérique de Saint-Nazaire. Photo : F. Thual)

Une stratégie transversale pour dynamiser le centre-ville

La stratégie s'articule en trois points : la relation avec les habitants (simplification et généralisation des démarches, concertation numérique, politique d'open data, adaptation des sites d'information, dématérialisation des procédures...), la médiation/diffusion (connexion des groupes scolaires, équipement d'écoles pour accompagner les pratiques pédagogiques et favoriser la création numérique par l'ouverture d'espaces publics...), et le développement du territoire (structurer l'écosystème, soutenir l'industrie du futur et la digitalisation des TPE-PME, développer l'entreprenariat étudiant, créer un observatoire, développer les objets connectés, l'éclairage intelligent, etc.).

C'est dans ce domaine que se niche le projet le plus emblématique qui consiste à créer un campus numérique en plein centre-ville. Tout le premier étage du « Paquebot », cet édifice construit dans les années 1990 pour créer un pôle commercial va être réaménagé pour accueillir un Fab Lab, des espaces de co-working, un incubateur, des startups... et permettre, à l'horizon 2020, le transfert de l'école d'ingénieurs du Cesi, actuellement basée à Saint-Marc-sur-Mer, à quelques kilomètres. L'investissement porte sur une dizaine de millions d'euros.

Résoudre la problématique immobilière

« Au-delà du développement du numérique qui doit aider notre tissu de PME à s'engager dans la transition digitale, on souhaite que ce projet participe à la redynamisation du centre-ville. Car, aujourd'hui, on n'y vient plus seulement pour trouver des commerces, mais aussi des services. L'arrivée de 400 à 700 étudiants va permettre de diversifier les fonctions du cœur de ville », explique Martin Arnout.

Confrontée à un problème de vitalité de son centre, en raison de loyers jugés trop élevés pour les prestations offertes, Saint-Nazaire et le groupe immobilier Sonadev ont commencé à racheter une dizaine d'emplacements commerciaux, qu'ils vont rafraichir, relouer à des tarifs plus abordables et revendre. Les carences immobilières sont une des difficultés de Saint-Nazaire, où l'habitat, reconstruit à la hâte au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, est mal isolé, souvent dépourvu d'ascenseur...  « En tout cas, il ne satisfait pas aux exigences de confort actuelles pour les personnes que l'on voudrait attirer à Saint-Nazaire », constate l'adjoint de la ville engagée dans une importante politique de rénovation de l'habitat.        

Nantes et Saint-Nazaire : la nécessité de travailler ensemble

C'est en mars 2016, lors d'une « Learning Expedition » à Québec aux côtés de Johanna Rolland, maire de Nantes et présidente de Nantes Métropole, que David Samzun, le maire de Saint-Nazaire, a ressenti le besoin d'accélérer sa transition digitale par la coopération. La proximité, les affinités de génération et la couleur politique de ces deux chefs de file consolident le projet.

Début 2015, déjà, les deux agences de développement économiques fusionnaient pour donner naissance à Nantes-Saint-Nazaire Développement, une structure d'une trentaine de personnes pensée pour rayonner à l'international et attirer de nouveaux talents et compétences sur le territoire. En 2016, 90 nouvelles entreprises sont venues s'installer sur le territoire promettant 1.360 nouveaux emplois.

Pour l'instant, il faut bien reconnaître que la plupart a plutôt profité à l'agglomération nantaise. Sur les 23.277 emplois numériques du territoire, seuls 2% concernent l'agglomération nazairienne.

« Il n'y a pas de compétition entre nous. On ne joue, de toute façon, pas dans la même cour, mais on a, en revanche, une vraie nécessité à travailler ensemble. Saint-Nazaire, c'est la mer à 30 kilomètres de Nantes. Avec STX, Airbus et quelques autres, l'industrie du futur est là. Et le carnet de commandes plein jusqu'en 2026. Le mouvement va se faire naturellement », affirme Franky Trichet, adjoint au numérique de la ville de Nantes. C'est lui qui a emmené, à l'occasion de la Digital Week, une délégation d'une trentaine de décideurs et d'influenceurs du numérique à la découverte de Saint-Nazaire, où est implantée l'école de la filière numérique IMIE, une vingtaine de startups (Digital And Co, Escale Littorale, Move & Rent, GEPS Techno, Productys...) et où émergent quelques réseaux comme Le Carré Coworking et Le Periscop.

Naissance de programmes co-construits

« Tout a véritablement commencé après Québec », se souvient Francky Trichet. Dans la foulée, l'agglomération nazairienne et la métropole nantaise cofinancent le programme Plug IN, destiné à rapprocher industriels et startups.

«On était dans la problématique de la transition digitale. On voulait un dispositif d'accélération qui permette à Saint-Nazaire d'emboiter le pas de la culture digitale, aux industriels de s'ouvrir à la culture des startups et à ces dernières de pénétrer un univers peu accessible », raconte l'adjoint nantais au numérique.

« Et ça a marché. Les couples se sont formés », atteste Lorraine Bertrand, chargée de mission à la direction du développement économique de la Carene.

« Six industriels et six startups ont été sélectionnés pour travailler sur des projets communs conçus à partir d'un cahier des charges et d'un appel à solutions. Nous lançons, ces jours-ci, la 'saison 2'. Pour les industriels, c'est une véritable aide pour renouveler leur offre », considère-t-elle.

Des emplois numériques dans le non numérique

« Notre particularité ne repose pas sur les startups, mais davantage sur les emplois numériques du secteur non numérique avec, par exemple, Airbus, Stelia Aerospace (ex-Aerolia), le centre logistique Idéa, le centre de R&D STX Solutions qui concentrent des centaines d'emplois dans le digital. Cela, c'est la vraie spécificité de Saint-Nazaire. Ce qui est intéressant, c'est qu'avant, on avait une population de DSI, alors qu'aujourd'hui, les emplois numériques sont présents dans toutes les couches des entreprises. On ne prétend pas avoir un écosystème aussi dense que Nantes, mais c'est une filière émergente, connectée aux infrastructures nantaises, sur un territoire où l'on a de plus en plus de demandes de chefs d'entreprise qui veulent relocaliser leur activité », constate Lorraine Bertrand.

Une convention a d'ailleurs été signée avec l'association nantaise ADN Ouest pour mieux cerner les profils de recrutements et enrichir les données de l'Observatoire régional des compétences du numérique (ORCN).

Cet été encore, les deux villes se sont associées pour accompagner le programme Maïa Mater, destiné à soutenir les embryonnaires projets de jeunes pousses du numérique. Une immersion version camp militaire pour des primo-entrepreneurs obsédés par une problématique, encadrés pendant deux mois par des « f*****g badass entrepreneurs
» assure la publicité. Le g
îte et le couvert sont offerts.

« L'ambition est d'attirer des jeunes de l'Europe entière », indiquent Francky Trichet et Martin Arnout, au regard d'une première saison, franco-française, partagée entre la trépidente vie métropolitaine et les savoureuses fin d'après-midi au bord de la mer. Le duo se donne trois ans pour faire de cette inédite expérience un spot du numérique.

« Pousser le truc plus loin »

« Ce sont de nouveaux modes de travail. Mais je crois à cette logique pendulaire », explique Francky Trichet. Cette logique a conduit Saint-Nazaire à se rapprocher de la Nantes Tech, où Martin Arnout est officiellement entré au sein du Comité d'orientation stratégique, en juin dernier.

« Nous n'avions aucun intérêt à postuler seul pour une labellisation French Tech, mais au nom de l'écosystème, et du réseau thématique de l'industrie du futur, on devient légitime », souligne Lorraine Bertrand.

Sans changer de logo pour éviter des frais, Nantes Tech devient donc Nantes Tech Saint-Nazaire. « L'écosystème nazairien est potentiellement riche. Des vraies opportunités existent pour les entreprises. C'est ce qu'il faut travailler », estime Adrien Poggetti, délégué général de la Nantes Tech Saint-Nazaire et patron de la Cantine Numérique nantaise, qui intervient pour des animations et fournit des conseils aux acteurs nazairiens.

« Ce qu'on ne veut absolument pas, c'est être les Nantais qui viennent expliquer comment faire. On apporte des retours d'expérience. A eux, ensuite, de pousser le truc plus loin. »

En ce sens, la dirigeante nazairienne de Digital And Co, spécialisée dans le conseil en marketing digital, qui a quitté Paris pour retrouver ses racines, a choisi de refonder une nouvelle entreprise, ici, avec des gens du cru - « que j'ai formés », précise Sandra Retailleau.

Sandra Retailleau, Digital And Co, Nantes Saint-Nazaire, F. Thual,

(Sandra Retailleau, fondatrice de Digital & Co, vient d'être nommée ambassadrice de la Nantes Tech Saint-Nazaire. Photo : D&Co)

« Ici, la vie est moins chère, les salaires sont moins élevés, et l'écosystème est particulièrement bien connecté à Nantes. On recrute des gens qui ne veulent pas vivre dans une bouillonnante métropole », témoigne encore Sandra Retailleau, qui vient d'être nommée ambassadrice de la Nantes Tech Saint-Nazaire... Pour pousser le truc plus loin. 

Par Frédéric Thual,
correspondant des Pays de la Loire pour La Tribune

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Commentaires
a écrit le 25/09/2017 à 11:25 :
Très beau discours, malheureusement, comme d’habitude, sans rapport avec la réalité de la ville. Le hiatus entre la communication et les réalisations a des effets politiques dévastateurs. Si la ville est maintenant morte, c’est aussi en raison de décisions désastreuses en matière d’urbanisme. La prise en compte du numérique est indispensable (et tardive!) mais il semble bien naïf d’en faire la nouvelle panacée, après les grands travaux mal pensés et les emprunts toxiques.
a écrit le 24/09/2017 à 17:42 :
Une bonne nouvelle, la région est sympa, climat tempéré. Des stations vides l'hiver qui pourraient accueillir des jeunes entreprises et des étudiants. Est-il normal , d'entasser 17 millions de personnes dans 60 Km 2 en région parisienne? Les jeunes pourraient trouver un cadre de vie et des logements en Loire -Atlantique.
a écrit le 24/09/2017 à 10:58 :
Très heureuse pour st Nazaire.....😊

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