Sandrine Charpentier, incubatrice de la mixité

 |   |  1040  mots
Sandrine Charpentier, fondatrice de l'association Femmes du digital Ouest, et créatrice de la startup Digitaly, vient d'ouvrir l'antenne nantaise du réseau d'incubateurs de startups 1Kubator.
Sandrine Charpentier, fondatrice de l'association Femmes du digital Ouest, et créatrice de la startup Digitaly, vient d'ouvrir l'antenne nantaise du réseau d'incubateurs de startups 1Kubator. (Crédits : Frédéric Thual)
Elle est l'une des expertes séduites par l'attractivité de la métropole nantaise et le dynamisme de son écosystème numérique. Fondatrice de l'association Femmes du digital Ouest, et créatrice de la startup Digitaly, spécialisée dans la transformation numérique et la mixité dans les RH, Sandrine Charpentier vient d'ouvrir l'antenne nantaise du réseau d'incubateurs de startups 1Kubator.

Elle aime l'action, le digital, la mixité et déteste l'injustice. Souvent, lorsqu'elle était responsable des Relations Presse Corporate et B to B chez Canon France, parce qu'elle était la seule femme autour de la table lors de réunions de direction, on lui demandait d'aller chercher le café, et ça, Sandrine, pour le moins, ça l'agace... On peut la comprendre. « Je n'aime pas l'injustice. Les femmes doivent avoir les mêmes droits, les mêmes chances que les hommes », affirme-elle, plus engagée que militante pure et dure. Engagée en faveur de la mixité sociale, des changements de société, de la diversité, de l'innovation digitale et de l'entreprenariat. À Conflans-Sainte-Honorine, en région parisienne, la jeune femme, qui a fait ses gammes sur un Amstrad 464 offert par son père informaticien à l'âge de 12 ans, est allée à bonne école.

« Il m'a donné la fibre de l'entreprise. Il a monté plusieurs entreprises... qu'il a toutes plantées. Chaque fois, il est reparti. On apprend de ses erreurs et de ses échecs », observe la fille unique qui a cultivé le goût du collectif à l'occasion des grands repas de famille. Des moments où elle découvre le pouvoir de la communication. Elle veut devenir journaliste d'investigation.

« Pour être plus proche des réalités », dit-elle, curieuse des changements de la société. Elle intègre l'Institut Français de Presse. Difficile de se faire une place dans l'investigation. Alors, elle pivote. Recrutée par Canon France, elle officie entre l'entreprise et les médias et connaît ses premières transitions. Celle de l'argentique et du numérique, d'abord.

« Celle, aussi, où l'on ne parlait plus de photocopies mais de solutions d'impressions. Nombre de boutiques n'ont pas vu "le truc" arriver, et le groupe a dû se réorganiser, se repositionner, changer d'image. » Des évolutions lentes dans un groupe japonais, attaché à « la notion de faire les choses ensemble pour le bien commun ». Une bienveillance à la japonaise. « Ça aurait été sans doute très différent chez l'américain Xerox », estime la femme d'action lasse de l'inertie des grands groupes.

Rendre visibles les femmes de la high-tech

Profitant d'un plan d'essaimage, elle s'envole et fonde SC Conseil en 2004, une agence de RP, orientée vers la transformation digitale, la mixité et la diversité avec pour premier client Canon. L'entreprise compte jusqu'à sept personnes, des clients en France et à l'international dans le secteur de la high-tech, du tourisme, de la consommation, du collaboratif... La jeune dirigeante apprend en marchant, s'initie aux médias sociaux, se rapproche des nouveaux influenceurs, construit une communauté d'ambassadeurs... L'un de ses clients se situait dans l'Ouest.

« Un endroit où l'on respirait », se souvient-elle. Là, loin des tours parisiennes, elle découvre la lumière. L'horizon. Et les allers-retours en TGV. Entre Nantes et la capitale. « Il me manquait un ancrage local », rumine la jeune femme. Jusqu'au jour où elle décide de franchir le pas. « J'ai pris le temps de la réflexion. J'arrivais à la quarantaine... En fréquentant une association de communication locale, je me suis rendu compte que peu de femmes étaient présentes dans la high-tech. J'ai eu envie de les rendre plus visibles en montrant différents métiers, différents profils, des succès, des histoires inspirantes mais aussi en montrant que le digital n'était pas seulement une histoire de geeks. »

« On a un cerveau, on s'en sert »

En 2015, avec Sandrine Fouillé, une autre experte de la transition digitale attachée à l'égalité femme-homme, elle fonde Femmes du digital Ouest. L'association attire une cinquantaine de digital women. L'association est un lieu de partage, d'acculturation et d'inspiration, avec des rencontres mensuelles et un Prix des femmes du digital. « On a créé des opportunités de collaboration, des échanges entre les acteurs clé du numérique... Il faut beaucoup travailler contre l'autocensure. Les femmes ont du mal à oser. On a une approche très pragmatique. On est en mode solution pour agir. Ici, pas besoin d'avoir fait l'École 42. On a un cerveau, on s'en sert ! » résume Sandrine, qui s'est finalement résolue à revendre SC Conseil.

« La vente m'a pris un an. Le temps de trouver le bon repreneur. Je tenais à ce que les choses soient "smart" », assure-t-elle.

Libre, elle fonde Digitaly à Nantes, en 2016. Une société de conseil pour intégrer et accompagner les changements dans le TPE-PME au travers du digital et de la mixité. « Parce je n'imagine pas l'un sans l'autre, et que la loi les y pousse », explique l'entrepreneure, rejointe par Dominique Crochu, première femme nommée « directrice » en charge du Web et du digital à la Fédération Française de Football entre 2002 et 2012, engagée auprès des incubateurs 1Kubator et Paris Pionnières.

« Les affinités se sont nouées presque naturellement. L'enjeu humain demeure le plus important », confie la pionnière du Web Dominique Crochu, associée à Digitaly, qui envisageait la création d'un incubateur féminin dans l'Ouest. « J'ai eu du mal à trouver le modèle économique, reconnaît Sandrine Charpentier. Difficile de trouver des startups scalables au plan national, encore plus à Nantes... » Sur le chemin, la rencontre d'Alexandre Fourtoy, fondateur de 1KUbator, la mettra sur de nouveaux rails avec la proposition de développer le réseau 1Kubator dans la cité des Ducs de Bretagne. Ce qu'elle accepte en prenant, en plus, 10 % du capital du réseau histoire d'avoir un oeil sur les programmes et d'y insuffler de la mixité. Ce qu'elle fait déjà à Nantes où parmi les sept premières startups incubées figure... « un trio de Minitel native », sourit-elle. La mixité dans tous ses états.

Par Frédéric Thual,
correspondant Pays de la Loire pour La Tribune

___

REPERES

___

2017 Ouverture de 1Kubator Nantes.

2016 Création de la startup Digitaly.

2016 Directrice de 1Kubator Nantes & associée 1Kubator.

2015 Déléguée régionale de la Commission femmes du numérique du Syntec Numérique.

2015 Fondatrice et présidente de l'association Femmes du digital Ouest (Nantes).

2004-2014 Fondatrice de l'agence de relations médias et e-médias SC Conseil.

1998-2003 Responsable des Relations Presse Corporate et B to B de Canon France.

1996 Maîtrise en Information et Communication à l'Institut Français de Presse (Université Assas Paris II).

1974 Naissance.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :