Vélo, nouveau moteur éco (1/4) : les Pays de la Loire, la tête dans le guidon

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L'an dernier, 935.000 cyclistes ont emprunté l'itinéraire de La Loire à vélo. 23% de plus qu'il y a dix ans.
L'an dernier, 935.000 cyclistes ont emprunté l'itinéraire de La Loire à vélo. 23% de plus qu'il y a dix ans. (Crédits : CRT des Pays de la Loire/J. Damase)
[ Série d'été] Qui l'eût cru? Le vélo, ce mode de transport qui semblait si désuet il y a quelques années, est à nouveau en pleine croissance, au point de devenir un acteur clé du développement touristique, notamment dans les Pays de la Loire. Encouragée par un doublement des retombées économiques en cinq ans sur le seul itinéraire de "La Loire à vélo" (et une fréquentation en hausse de +23%), la région muscle la pratique de la bicyclette sur son territoire.

Avec quelque 2.500 kilomètres de voies cyclables empruntant les itinéraires de la "Vélodyssée" (de Roscoff à Biarritz), de "La Loire à vélo" (de Cuffy à Saint-Brevin-les-pins) et de la toute récente "Vélo Francette" (de Ouistreham à La Rochelle), les Pays de la Loire, qui revendiquent le titre de première région française dédiée au vélotourisme, entendent faire du vélo un véritable acteur de son développement économique. Car, ainsi que le déclarait récemment, à l'aube du lancement de la saison touristique 2016, Bruno Retailleau, président de la région :

"Le tourisme est un moteur essentiel de l'économie régionale, au même titre que l'industrie."

Pourtant, au lendemain du printemps, un professionnel sur deux avait le sentiment de pédaler dans le vide au regard d'un niveau d'activité en baisse par rapport à l'an dernier. Tout juste avaient-ils l'espoir d'un ultime coup de pédale de dernière minute pour faire basculer dans le positif une saison aux réservations estivales jusque-là quasi stables. En attendant l'ivresse des sommets, une étude menée en 2015 sur l'itinéraire de "La Loire à vélo" laisse augurer de véritables belles perspectives.

50 millions d'euros investis pour améliorer le parcours cyclable

Parcourant les régions Centre-Val de Loire (621 km) et Pays de la Loire (373 km), l'itinéraire de La Loire à Vélo, c'est 37% de routes à faible circulation, 27% de voies vertes, 24% de routes sans transit, 12% de pistes et bandes cyclables, et 300 aires d'arrêt pour les cyclotouristes. Les deux tiers du parcours longent la Loire (ci-dessous, la voie verte aménagée le long de la "Levée de la Divatte", face à l'île Buzay).

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Sur plus de 900 km, les deux régions, six départements et sept agglomérations, ont investi 50 millions d'euros pour la rendre praticable et attractive. L'an dernier, 935.000 cyclistes l'ont emprunté. 23% de plus qu'il y a dix ans.

"On devrait dépasser le million en 2017", espère Franck Louvrier, président du comité régional du tourisme des Pays de la Loire.

Parmi eux, on dénombrait  43% de touristes, en croissance de 42%. Un tiers d'entre eux provenait de l'étranger (Allemagne, Pays-bas, Royaume-Uni, Suisse...).

C'est bien sur cette typologie de clientèle, qui permet d'allonger la période estivale avant et après les traditionnelles vacances d'été, que les régions comptent investir et capitaliser.

"Deux tiers de Français, C'est encore une reconnaissance de l'attractivité des sites traversés", dit-il.

Quand un excursionniste dépense 1,50 euro, un touriste itinérant dépense en moyenne 80 euros par jour, principalement en restauration et hébergement. Plus du tiers d'entre-eux reconnaît en profiter pour visiter une ville, un village, un château ou un musée.

Doublement des retombées en 5 ans

L'an dernier, ces retombées ont atteint 29,6 millions d'euros. Une consommation multipliée par deux en cinq ans.

"En Pays de la Loire, le vélotourisme, c'est un volume d'affaires important, et surtout en croissance. Dans la durée, la gauche comme la droite ont investi dans ce domaine, si bien que l'on a vu, en mai dernier, le Guide du routard lancer un guide sur la Vélodyssée. Si la Région compte déjà 600 établissements labellisés 'Accueil Vélo', ça veut bien dire quelque chose...", indique Franck Louvrier.

Elément central de rééquilibrage et d'aménagement du territoire

"Nous avons donc intérêt à développer cette activité. Notre mission est de rééquilibrer la manne touristique concentrée jusqu'ici sur le littoral vers le secteur "rétrolittoral" dans les départements de la Sarthe, de la Mayenne et du Maine-et-Loire. En ce sens, le vélotourisme s'avère un élément stratégique de rééquilibrage et d'aménagement du territoire."

La région, qui consacre un budget annuel de 10 millions d'euros au développement touristique, veut ainsi doubler les itinéraires de Vélocéan le long du littoral et favoriser les accès de l'intérieur vers la côte. A lui seul, le département de la Vendée concentre 1.080 km de pistes cyclables, loin devant la Sarthe (400 km) ou l'Anjou (500 km)...

La route des vins, en 12 boucles thématiques, à vélo (et en train)

De plus, l'une des ambitions de la région est de rénover la route des vins d'ici à 2017, afin de mieux l'intégrer aux itinéraires cyclables existants et de créer une douzaine de boucles thématiques autour des 35.000 hectares de vignes qui en font le troisième vignoble français au regard du nombre d'AOC et d'AOP.

Ces douze nouvelles boucles, appuyées sur un support numérique, devront être adaptées aux nouvelles pratiques et aux attentes des touristes. C'est d'ailleurs ce qu'il ressort des pistes à explorer soumises par l'étude réalisée sur "La Loire à vélo": à savoir, affiner la promotion web avec une communication très réactive en fonction des événementiels ou des conditions météorologiques, densifier les réseaux de boucles pour mieux tirer parti des itinéraires, poursuivre la communication internationale et la promotion de l'intermodalité, etc.

Dès cette année, deux premières boucles ont été finalisées: l'une de 16km dans la Sarthe pour découvrir le vignoble de Jasnières; l'autre, un peu plus longue, de Nantes à Clisson, inscrite dans le cadre de l'opération touristico-culturelle Le Voyage à Nantes, et qui, en 11 étapes, propose une relecture du muscadet, à travers les caves, de petits villages, des exploitations reconverties à la biodynamie... qui composent le vignoble nantais. Pour permettre de les découvrir à vélo, la région a conclu un partenariat avec la SNCF pour équiper certains TER de racks pouvant embarquer 10 à 15 bicyclettes. L'an dernier, 9.900 vélos ont ainsi été transportés grâce au service Train Vélo Loire entre Orléans et Saint-Brevin-les-Pins, dans l'embouchure de la Loire.

Le vélo, nouvel outil marketing de com' et d'attractivité

 Quelle que soit la destination, le vélo est devenu un véritable outil de marketing, de  communication et d'attractivité. On le voit avec ce parcours culturel intitulé "Le Voyage à Nantes" qui propose de "voir la ville autrement" en découvrant à vélo le circuit d'art contemporain élaboré dans la ville tout au long d'une ligne verte. On le voit à Angers, où d'anciens globe-trotters ont fondé le Vélo-bar pour permettre de se restaurer pendant la réparation de sa monture par exemple. On le voit dans la Sarthe, où l'on vous propose de découvrir un zoo.... Le vélo est devenu prétexte à destination. A la nostalgie, aussi, avec la rando rétro "Anjou Loire Vintage", lancée par la ville de Saumur, où les participants sont tenus de participer avec des vélos d'avant 1987 et des tenues d'époque pour des boucles bon enfants de 30 à 130 kilomètres.

Clou de la saison: les 24 heures du Mans à vélo, fin août

Angers, quant à elle, a accueilli cette année une étape du Tour de France, et Franck Louvrier espère bien convaincre Christian Prudhomme, le patron de la Grande boucle, de créer une future étape sur l'itinéraire de "La Loire à vélo".

Dans un autre registre, le célèbre circuit Bugatti accueillera, les 20 et 21 août prochains, la 7e édition des 24 heures du Mans à vélo. L'an dernier, ce rendez-vous avait drainé 5.000 coureurs amateurs, semi-pros et people mêlés, venus de 68 départements et de 12 pays pour se retrouver pour un mythique départ (photo) face à leur deux-roues campé devant les stands... La ligne droite des Hunaudières à vélo, c'est classe!

vélo 24 heures du Mans, Pays de la Loire,

Par Frédéric Thual, à Nantes

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Serie ETE2

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Commentaires
a écrit le 11/08/2016 à 14:52 :
Très intéressé par les données brutes permettant d'estimer les retombées économiques sur les différents territoires. Où peut on les trouver ? Sont elles accessibles ? Traditionnellement ce sont des extrapolations de chiffres de flux de circulations. Quelle est la part des touristes et celles des locaux utilisant les pistes cyclables ? De fait, les retombées ne sont pas de même nature.
Cordialement
a écrit le 03/08/2016 à 18:50 :
En pays de la Loire ça évolue beaucoup, réappropriation des anciennes lignes de chemin de fer, c'est top!, côtes à 2% maxi et des paysages innaccessibles comme la flèche le lude, vu en vendée et choletais des routes à vélos et tracteurs, c'est génial.
Le paradis c'est évidement la Vendée, 2 ème Hollande.
Mais tant qu'on n'aura pas obligé les imbéciles décorés comme des pilotes de formule 1 à utiliser les pistes cyclables, pourquoi les construire?
Ici en sarthe il y a beaucoup de choses merveilleuses à faire si on s'en donne les moyens et il y a en général toujours la place pour une piste sans avoir à acheter les terres.
a écrit le 03/08/2016 à 9:46 :
Cela fait des années que les pouvoirs publics ont planifié de relier les villes entre elles par des pistes cyclables et piétonnes mais on se doute que les crises d'austérité sont passées par là et que du coup nos élus, éloignés de nos véritables préoccupations, ne faisant ni du vélo ni de la marche relèguent ses projets aux oubliettes alors qu'il suffit de regarder l'incroyable succès des "voies vertes" pour comprendre l'intérêt d'un tel projet.

C'est franchement dommage, pas étonnant de la part de la stupidité de nos élus bien sûr, étant donné que la demande est là, peut-être moins dans les zones montagneuses on le comprend parfaitement, mais l'essentiel de la géographie de notre territoire étant adaptée à l'utilisation du vélo c'est tout un tissu économique qui pourrait germer autour de ce phénomène. Sans parler du gain pour la santé des gens et donc la baisse drastique des coûts liés à la santé.

Le manque de clairvoyance de nos élus n'obéissant plus qu'au doigt et à l'oeil des décideurs économiques empêche non seulement cruellement notre économie de repartir mais en plus l'empêche de renaître sous diverses formes. Nous payons vraiment très cher ce conservatisme lié à la compromission des hommes politiques et des hommes d'affaires.
Réponse de le 03/08/2016 à 14:22 :
Sans compter les vélos à assistance électrique, qui permettent de traverser tous les itinéraires sans problèmes. A quand les GR vélocipédiques

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