Un fablab en Provence, moteur du développement local

 |   |  862  mots
Georges Bonnici et Maguelonne, emploi numérique d'avenir, dans l'espace coworking de la Fruitière Numérique
Georges Bonnici et Maguelonne, emploi numérique d'avenir, dans l'espace coworking de la Fruitière Numérique (Crédits : DR)
Comment se servir du numérique et de la 3D pour dynamiser un territoire rural enclavé. C’est l’étonnant pari du village de Lourmarin, au pied du Luberon, dont la mairie a déjà mobilisé 3,5 millions d’euros pour, entre autres, un beau et grand fablab.

Georges Bonnici a été chercheur d'or. Douze ans durant, un peu partout dans le monde, il a cherché des filons pour le compte du gouvernement français. Superbe métier, mais pas franchement une formation diplômante. Georges Bonnici avoue donc aujourd'hui un niveau Bac. Mais un chercheur d'or, c'est un débrouillard. Bidouilleur dans l'âme, autodidacte de l'informatique et du numérique, il est devenu, pour la mairie de Lourmarin, animateur et formateur multimédia.

Désormais, il est chef du fablab. Un parcours singulier. Pour un projet qui l'est tout autant : une mairie de 1.000 habitants qui mobilise 3,5 millions d'euros pour le développement économique d'un territoire rural, dont 3 millions qu'elle  apporte elle-même, c'est rare. Çà l'est encore plus sur un projet entièrement numérique. Question d'opportunité et de conviction.

Ne pas se contenter du tourisme

Maire de Lourmarin depuis 2001, Blaise Diagne a toujours été persuadé que son village, le plus fort PIB touristique par habitant du Vaucluse, ne devait pas s'endormir sur ses lauriers mais profiter de sa bonne santé économique pour dynamiser un territoire agricole un peu fatigué. Et surtout le faire vivre, même en hiver. Il inaugure donc ce qui est probablement le premier vrai grand fablab en territoire rural au milieu d'un espace numérique multi-usages de 1.100 m2 avec 1.900 m2 de plateforme aménageable au gré des événements. Imprimantes 3D et fraiseuses numériques d'un côté, coworking et galerie d'art numérique de l'autre, en passant par, en 2016, une salle de conférences entièrement connectée et numérisée : « La Fruitière numérique », c'est son nom, est installée dans l'ancienne coopérative agricole en plein cœur du village.

85% du financement est assuré par la mairie

"Nous l'avons créé parce que nous avions la capacité économique de le faire et qu'il peut vraiment faire vivre économiquement, culturellement et socialement nos villages en dehors des périodes touristiques», explique Blaise Diagne.

A Lourmarin, le mètre carré est cher, et la commune a quand même déboursé 2 millions d'euros pour avoir ce bâtiment. Puis 1,5 million pour le mettre aux normes et, dans l'ancien frigo, installer le fablab comme la grande galerie de 400 m2 pour les expositions numériques, d'artistes ou d'entreprises.

La mairie a financé aux deux tiers cette rénovation, le conseil départemental et le conseil régional le reste. Le moins que l'on puisse dire est que les élus municipaux de Lourmarin, unanimes pour voter chaque euro dépensé dans le projet, sont très volontaristes et tiennent à leur idée numérique. Pour eux, c'est du développement local, pour Lourmarin comme pour les communes proches du sud du Luberon, de Lauris à Cucuron.

"Il y a une attente, même si on ne sait pas trop bien ce qu'est la 3D"

D'ailleurs, personne ne râle contre la Fruitière.

« Il y a une attente, une grande curiosité, explique le maire, même si peu savent ce qu'est une imprimante 3 D. Quand je vais, par exemple, expliquer aux anciens comment tout cela va leur faciliter la vie, ils sont ouverts.

Certains, à Lourmarin, ont connu l'arrivée de l'électricité puis celle du téléphone. Pourquoi le numérique les rebuterait-il ? » Idem avec les jeunes.

Il n'y a nul besoin d'être surdiplômé pour apprendre la 3D ou même développer. L'autodidacte Georges Bonnici s'est donc entouré de jeunes tout aussi peu diplômés que lui et la Fruitière numérique fonctionne avec 3 jeunes en emploi d'avenir numérique et deux stagiaires. Des jeunes de Lourmarin, Bonnieux ou Salon, sans aucun diplôme, mais qui à la fin de leur contrat auront leur CDI. Et ils sont plutôt bons et motivés.

Avignonais et Marseillais viennent s'y former

La Fruitière numérique ne cherche à être en concurrence avec personne, elle travaille avec la French Tech d'Avignon dont elle est devenue le versant rural. Elle travaille aussi avec Marseille. Elle est aux portes de la métropole Aix Marseille comme d'Avignon. «Nous sommes partis un peu avant tout le monde, raconte monsieur le maire. Nous commençons donc à avoir une petite expérience et suffisamment de matériel pour assurer par exemple la formation de ceux qui vont travailler dans les fablabs d'Avignon et de Marseille ».

Lourmarin n'est pas un village bien desservi mais sa capacité d'hébergement est largement suffisante pour que les entreprises envoient leur personnel découvrir ces nouvelles technologies.

« Depuis un an, nous travaillons avec un peu avec tout le monde et cela va des petites entreprises de l'aéronautique comme à celles de la communication. Certaines viennent découvrir le matériel, puis en achètent pour elles et continuent quand même à travailler et concevoir des produits avec nous. Nous, cela nous va très bien comme démarche.

Idem avec les animateurs des quartiers difficiles d'Avignon qui vont venir se former ici, puis après ils amèneront peut être les mômes. On a le même projet avec Pertuis, on l'a fait avec un lycée de Marseille. Notre avantage : nous sommes à la fois très concret et très divers ».

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :