Les start-up, pierres angulaires des smart cities

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Il arrive aussi que l'irruption de start-up disruptives ne soit pas tout à fait la bienvenue. On l'a vu avec l'arrivée d'Uber, qui a provoqué l'ire des taxis professionnels et des municipalités, ou avec la crispation autour d'AirBnB, sommé de régler la taxe de séjour.
Il arrive aussi que l'irruption de start-up disruptives ne soit pas tout à fait la bienvenue. On l'a vu avec l'arrivée d'Uber, qui a provoqué l'ire des taxis professionnels et des municipalités, ou avec la crispation autour d'AirBnB, sommé de régler la taxe de séjour. (Crédits : DR)
Le #ForumSmartCity, organisé par La Tribune le 20 novembre prochain, est l'occasion de revenir sur les problématiques et les perspectives de la ville de demain. Souvent chasse gardée des grands groupes de services collectifs et de technologies, la ville intelligente se révèle aussi un terrain de jeu très fertile pour les jeunes pousses innovatrices, plus tournées vers les besoins des citoyens.

Qui sera le leader mondial de la smart city, le grand gagnant de la ville de demain ? IBM, Cisco, HP, ces géants de l'informatique proposant des solutions clé en mai de pilotage d'une infrastructure connectée, depuis un grand tableau de bord panoptique ? Des industriels de l'automatisation et de la gestion de l'électricité, comme Siemens ou Schneider Electric ? Ou tout simplement les partenaires traditionnels de la ville, comme EDF, Veolia, JCDecaux ? Google et sa capacité à traiter toutes les données ? Et s'il s'agissait plutôt d'une startup qui n'est peut-être pas encore née ? Si la ville intelligente a d'abord été une affaire de grandes entreprises, groupes de services collectifs et de technologies partant à l'assaut de ce marché naissant, de jeunes pousses innovatrices, souvent plus tournées vers les besoins des citoyens, se sont rapidement invitées sur ce terrain de jeu où tout reste à inventer, y compris le modèle économique.

Du matériel - capteurs, stockage d'énergie, infrastructures machine-à-machine - au logiciel - outils prédictifs, modélisation 3D et applications mobiles nourries aux données publiques ou aux informations des citoyens -, ces startups s'emparent de tous les sujets, quitte à bousculer les acteurs historiques et les municipalités elles-mêmes.

Se situant généralement dans une approche très bottom-up (du bas vers le haut), en partant d'un problème à résoudre, les start-up ont l'avantage de démarrer d'une feuille blanche, sans se préoccuper de préserver un business déjà rentable, voire de trouver un modèle économique à court terme. Quand de grands groupes éprouvent des difficultés à sortir de leur « zone de confort », les jeunes entreprises compensent leur manque de moyens par leur souplesse, leur anticonfor-misme, leur capacité à réfléchir « out of the box », hors des sentiers battus, et à « pivoter », c'est-à-dire changer de positionnement rapidement en cas d'échec dans le jargon. Or la ville intelligente sera forcément faite d'expérimentations, d'échecs, de nouvelles tentatives et d'itérations.

S'adapter... et vite !

Ainsi, François Grosse a-t-il quitté Veolia l'an dernier, après y avoir travaillé vingt ans, pour monter à Lyon sa start-up, ForCity, spécialisée dans la modélisation 3D des territoires. Une idée née chez Veolia mais qu'il fallait développer dans une structure indépendante.

« D'une part, une grande entreprise telle que Veolia est structurée pour éviter de faire des bêtises, on soupèse chaque investissement, ce qui est normal. Or le numérique a besoin d'agilité et d'un processus de décision différent, plus réactif : impossible d'établir un business modèle à cinq ans, il s'élabore en avançant. Certaines pistes se révèlent un échec, il faut savoir s'adapter vite. D'autre part, pour créer notre plate-forme de simulation des territoires à destination des villes et ouverte à différents acteurs, il était nécessaire d'apparaître comme un opérateur neutre, entièrement dédié à cette activité, afin d'écarter tout conflit d'intérêt ressenti, à tort ou à raison », témoigne celui qui dirigeait le programme consacré au développement de nouveaux services associés aux villes intelligents chez le géant de la gestion de l'eau et des déchets. Il reconnaît que « le fait d'être un petit acteur peut rassurer »,

 même s'il n'a pas l'intention de le rester !

« Au bout de neuf mois d'existence, il semble que l'on ait trouvé un business model : nous allons réaliser 2 millions d'euros de chiffre d'affaires cette année, nous espérons en générer 3 à 4 millions l'an prochain. Nous sommes 15 personnes aujourd'hui, nous serons peut-être 200 dans deux ou trois ans », avance-t-il.

Des jeunes pousses parfois maladroites

En quête d'idées neuves pour relever les défis de la ville de demain, plus efficace, plus durable, plus participative, grands groupes privés et acteurs publics se sont tournés naturellement vers les start-up, faisant appel à leur inventivité et leur agilité, dans le cadre d'incubateurs ou d'accélérateurs. Les métropoles elles-mêmes ont leur programme : Kansas City a créé un incubateur, Living Lab, dédié aux start-up relevant les défis urbains, San Francisco a lancé un programme de « start-up en résidence » sur le thème de la ville. Paris Région Lab s'est associé à JCDecaux pour créer un incubateur « services urbains et connectés ». Les jeunes pousses bénéficient aussi parfois de coups de pouce dans le cadre de concours, notamment à la faveur de l'ouverture des données publiques. La révolution de l'« open data » a ainsi joué le rôle d'accélérateur pour de nombreuses start-up, en leur donnant accès à une mine d'informations gratuites. C'est le cas de Snips, start-up francilienne qui a remporté le hackaton (événement au cours duquel des équipes de développeurs créent des prototypes d'application en un temps limité) SNCF Transilien, dont est née l'application Tranquilien affichant à l'avance le taux de remplissage des trains de banlieue. Son fondateur, Rand Hindi, élu « meilleur innovateur français de moins de 35 ans » par la revue du MIT, a souligné l'importance du soutien de la SNCF qui lui a « permis de monter une boîte directement profitable ».

Les start-up peuvent aussi s'intégrer dans un projet municipal, comme le réseau intelligent IssyGrid à Issy-les-Moulineaux, un consortium unissant Alstom, Bouygues Immobilier, Bouygues Telecom, EDF, ErDF, Bouygues Energies & Services (ex-ETDE), Microsoft, Schneider Electric, Steria, Total et quatre jeunes pousses : Embix, une co-entreprise Bouygues-Alstom, Ijenko, qui compte le fonds Bouygues Telecom Initiatives à son capital, Navidis et Sevil. Quelle peut être alors la place de ces petites sociétés face aux mastodontes qui risquent de se réserver la part du lion ? « Une start-up n'est pas forcément le faire-valoir de grands groupes, ni une pièce du consortium smart city : elle peut aussi se placer au centre de l'écosystème. C'est le modèle de ForCity : dans le projet de R&D du Grand Lyon, nous sommes le mandataire et les acteurs s'abonnent à notre plate-forme », fait valoir François Grosse. Une façon de s'imposer dans la chaîne de valeur comme une brique essentielle de la construction de la ville intelligente.

Mais il arrive aussi que l'irruption de start-up disruptives ne soit pas tout à fait la bienvenue. On l'a vu avec l'arrivée d'Uber, qui a provoqué l'ire des taxis professionnels et des municipalités, ou avec la crispation autour d'AirBnB, sommé de régler la taxe de séjour. Autant de services qui ne sont pas officiellement estampillés « smart city » mais qui apportent une solution à des problèmes chroniques des grandes métropoles.

« Dans les villes où ces services s'implantent, les autorités locales sont confrontées au paradoxe de mettre des bâtons dans les roues à des services novateurs et plébiscités par les usagers pour défendre les intérêts des acteurs historiques menacés » relève le cabinet Groupe Chronos, qui souligne le véritable « choc des cultures » entre ces start-up de l'économie collaborative et les municipalités.  

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