Moi, Rachel Haot, 27 ans, directrice numérique de New York

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Nommée en 2011 par Michael Bloomberg, alors maire de New York, Rachel Haot était la première à assumer cette nouvelle fonction.
Nommée en 2011 par Michael Bloomberg, alors maire de New York, Rachel Haot était la première à assumer cette nouvelle fonction. (Crédits : DR)
Cette jeune femme, après avoir essuyé les plâtres à la mairie de New York, gère désormais les activités digitales de l’État. Pour elle, la Smart City est avant tout une ville qui sait partager en permanence ses ressources et ses informations.

À 27 ans seulement, elle fut la première CDO (pour chief digital officer, ou directeur numérique) de la ville de New York. Elle a beau dire avec une simplicité déroutante qu'aux États-Unis, cela n'est pas rare, sa carrière est impressionnante. C'est en 2011 que Michael Bloomberg a nommé Rachel Haot à ce nouveau poste - l'un des premiers au monde. Diplômée en histoire de la New York University, cette habituée de l'univers du Web avait auparavant fondé GroundReport, site d'informations en ligne fournissant aux journalistes des outils numériques pour accroître leur audience.
Qu'est-ce qu'un chief digital officer, selon Rachel Haot ?

« Il s'agit d'une nouvelle fonction, issue du secteur privé, et introduite très récemment dans ­l'Administration. Son objectif est de regarder les fonctions et les opérations de l'Administration en se demandant comment la technologie peut aider à rendre les services publics plus efficaces. »

Dans un pays à la pointe de la technologie, la vogue des CDO municipaux s'est répandue à grande vitesse, de Chicago à San Francisco en passant par Philadelphie. La mission de Rachel Haot était de faire de New York une ville à l'avant-garde de la technologie.

« Concrètement, j'ai mis en œuvre une "digital road map" qui déclinait les différentes initiatives fondamentales à mettre en place dans les infrastructures, l'open data, la participation et les différents secteurs de l'économie. »

À la tête d'une équipe de trois personnes, prenant ses directives directement du maire, sa première tâche a été de refonder entièrement le site de la ville (nyc.gov).

Des talents de communicante

Un CDO est-il vraiment utile ?

« Tout dépend des besoins. Il est certainement important qu'une personne au sein de ­l'Administration coordonne les efforts de cette dernière en termes de technologie et d'innovation. Sans cela, le risque est d'aboutir à des initiatives redondantes ou à une organisation de trop grande taille. »

Au-delà de ces projets et réalisations, l'action de Rachel Haot a été particulièrement remarquée lors des ouragans Irene en 2011 et Sandy en 2012, par sa présence via Facebook, Twitter, les sites de cartographie participative et le site officiel de la ville. Si les centres d'appels n'ont pas explosé, c'est notamment parce que l'information et l'entraide se sont organisées via les nouveaux médias.

Forte de ces succès, Rachel Haot est sans cesse classée par la presse spécialisée - ou féminine, selon les cas - parmi les meilleurs talents de sa génération dans la technologie. « Business Insider » la comptait ainsi en décembre 2013 parmi les « 8 young leaders to watch in 2014 ».

Le développement des CDO s'inscrit pleinement dans la dynamique des smart cities, qui comprennent une forte composante d'amélioration des services publics grâce aux technologies numériques. De façon intéressante, la définition que donne Rachel Haot de la ville intelligente est toute liée à son rôle :

« Elle repose sur la connectivité : une véritable smart city vise à partager en permanence et en temps réel ses ressources et ses informations. Pour cela, elle prend appui sur des outils de mesure et de redistribution - capteurs, smart grids. »

La smart city, ce serait donc essentiellement le temps réel. N'est-ce pas là une forme d'utopie ?

« Bien sûr, cela reste un idéal, et ce n'est encore atteint nulle part de façon parfaite. » 

New York est-elle une smart city ? Cela va sans dire pour Rachel Haot. Quelle est alors sa spécificité par rapport aux autres villes souvent citées (Londres ou Paris) ? « Michael Bloomberg voyait la smart city comme indissociable des données et de leur utilisation. Il a appliqué directement ce concept, par exemple, aux services de police. » En effet, la ville est connue pour son Real Time Crime Center, installé en février 2006 en partenariat avec IBM, une solution informatique permettant à la police d'avoir un accès instantané à toutes les données relatives aux crimes commis à New York, l'ensemble des données étant stocké et mobilisable en temps réel. En parallèle, des milliards de dollars ont été investis par la ville dans le développement de l'Internet sans fil, de l'open data, de l'organisation de concours et « hackathons » ou encore la construction d'un campus technologique à Cornell.

Pour quel usage ?

Mais même New York connaît quelques difficultés dans la course au smart. « Dans le monde de la technologie, il est pénalisant d'être un "early adopter", en raison des changements rapides inévitables. New York a été l'une des premières villes à utiliser la technologie de cette façon. Plusieurs années après, on découvre que certaines des technologies employées ne sont plus sur le marché ! Ou bien que les agences publiques n'utilisent pas le même format pour leurs données. Le défi est donc la définition et le respect de standards pour les données, et pas seulement au sein de chaque ville, mais entre les villes et entre les États. Je m'efforce donc de créer un dialogue entre les différents acteurs. » Quid de la faille côté implication des habitants à consulter et utiliser les données « ouvertes » ? Rachel Haot ne le nie pas.

« Il ne suffit pas, en effet, de mettre les données à disposition pour qu'elles soient utilisées. Pour favoriser leur utilisation, l'organisation d'événements ad hoc est très utile ; des hackathons par exemple, où la compétition sert de catalyseur. »

Décembre 2013, une page se tourne. C'est la fin de l'ère Bloomberg, remplacée par Bill de Blasio apparemment moins branché. Rachel Haot quitte alors la ville pour occuper le même poste dans l'État de New York. Le passage de Rachel Haot de la ville à l'État a pu s'expliquer par un apparent désintérêt du nouveau maire pour la technologie. Pendant des mois, celui-ci s'est très peu exprimé sur le sujet, au point d'inquiéter le milieu de la tech new-yorkaise. En septembre dernier, plus de huit mois après son arrivée, il a nommé le premier CTO (chief technology officer) de la ville, Minerva Tantoco - encore une pionnière -, jusqu'ici CTO chez UBS.

Rencontre avec son homologue français

Pour Rachel Haot, quelle est la différence avec sa précédente fonction ?

« Les domaines sont similaires mais mon activité actuelle est plus variée : l'État de New York est bien plus complexe que la ville, et présente des besoins spécifiques, comme l'enjeu de la couverture Internet. Mais cela reste difficile à comparer. Les défis les plus nombreux concernent les transports. »

Et pour cause, le méandre des bus, métros et trains de la Metropolitan Transportation Authority, chargée de la gestion des transports publics, est un défi permanent.

« L'État de New York joue également un rôle de support des actions de la ville. C'est le cas par exemple pour l'open data, avec le site Open New York. »

Derrière l'apparence lisse du « gouvernement 2.0 », la politique a donc toujours son mot à dire. Ce qui n'empêche pas la pionnière des CDO de poursuivre sa route, et de tisser son réseau dans le monde entier. La France fait partie de ces terres d'exploration.

« J'ai récemment rencontré le nouveau chief digital officer de la France, Henri Verdier, pour parler open data. »

Espérons alors que Rachel Haot saura nous transmettre son esprit pionnier.  

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Commentaires
a écrit le 12/01/2015 à 5:55 :
Comme quoi, sucer peut aboutir à quelque chose !
a écrit le 17/11/2014 à 1:02 :
c'est pas new york, c'est tel aviv...
a écrit le 16/11/2014 à 4:38 :
"Rachel Haot quitte alors la ville pour occuper le même poste dans l'État de New York."

Carriériste comme tout bon fonctionnaire (ou assimilé) d'où l'importance des réseaux sociaux (ou de profiteurs).
a écrit le 14/11/2014 à 17:56 :
"Espérons alors que Rachel Haot saura nous transmettre son esprit pionnier"...
Quelle naïveté ! L'auteur de l'article ne se demande (surtout) pas pourquoi cette brillante jeune femme est partie vers les USA pour montrer ses talents ?
Et nous qui méprisons tant les immigrés, pourquoi les USA savent ouvrir la porte aux vrais talents ?
Réponse de le 14/11/2014 à 18:05 :
Ça ressemble plutôt à un conte de fées ... Pour cette raison il me semble qu' il ne faut pas généraliser ...
Réponse de le 14/11/2014 à 18:24 :
Oui c'est un peu mal placé... Par contre, Rachel Haot est américaine...
Réponse de le 14/11/2014 à 18:25 :
Rachel Haot n'est pas une émigrée. Elle est Américaine. ça ne sert à rien de s'énerver comme ça...

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