A l’heure de la "mobiquité", la ville "unplugged"

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(Crédits : DR)
Le Mobile World Congress de Barcelone vient de s’achever et, au regard de son succès, difficile de ne pas reconnaître que l’hyper connectivité est bien l’un des éléments marquants du XXIe siècle. La massivité de l’ubiquité est venue changer nos modes de vie. Les prochaines décennies verront encore des ruptures radicales avec la convergence des nouveaux usages et des nouvelles technologies, telles que l’intelligence artificielle, la réalité virtuelle, le monde augmenté, le "deep learning", sans oublier la "blockchain".

Le mobile est devenu aujourd'hui le principal moyen d'accès aux usages et services via l'internet. Dans le monde, en moyenne, il y a plus de « mobinautes » que d'autres usagers de l'internet. Par jour, le temps consacré à la navigation sur les smartphones et tablettes a dépassé celui de la TV. L'accès à la demande et le couplage avec les services de géolocalisation a donné naissance à ce nouvel hyper média, les médias géolocalisés, et en citant Nicolas Nova, il s'agit du « développement d'une nouvelle catégorie de technologies et de services centrés sur la localisation de personnes ou d'objets en un lieu, l'enrichissement d'un espace par un contenu numérique accessible depuis des interfaces disposées en celui-ci, une information en temps réel des évolutions qui affectent l'environnement physique, la « mémoire » engrangée par ces lieux grâce à des dispositifs techniques de rétention de l'information... Toutes ces transformations dotent l'espace de fonctionnalités traduisant l'hybridation entre la virtualité et l'existence physique ».

Mais cette hybridation, entre virtualité et existence physique n'est possible aussi que par l'explosion sans limites de cette autre massification, aussi importante, et accélérée, celle de la vie urbaine.

La profondeur de la transformation des relations d'usage des hommes avec la technologie trouve sa racine par le développement d'une population urbaine tous azimuts. Explosion démographique, concentrations urbaines, développement des mégalopoles à travers le monde, bouleversement des grands équilibres économiques, émergence des nouvelles puissances mondiales avec un basculement de l'axe Nord-Ouest vers un axe Est-Sud, hyper massification de la connectivité avec l'internet, l'internet des objets et les devices mobiles... le siècle de la ville converge avec le siècle de l'ubiquité ... 30 mégalopoles ayant littéralement pulvérisé le seuil de 10 millions d'habitants concentrent ainsi, aujourd'hui, 9% de la population mondiale. La population des mégalopoles et leur PIB sont supérieurs à ceux de pays entiers. Bombay, Lagos, Shanghai, Tokyo, Mexico DF, Jakarta, Sao Paulo, ont déjà un nombre d'habitants bien plus important que la population totale de beaucoup de pays. Ces villes ont un rôle de plus en plus important dans la création de richesses, dans leur capacité à attirer des investisseurs et à assurer la continuité de leur hyper développement. Au sein de chacune de ses grandes villes, l'hyper connectivité reste un élément majeur dans la configuration de la vie urbaine.

Développement accéléré d'un monde centro-urbain

C'est ainsi que s'opèrent de nouvelles transformations qui viennent également brouiller les anciens repères de pouvoir. Les grands centres décisionnels se confondent et perdent de leur hégémonie, au profit d'un pouvoir nouveau, issu de la configuration urbaine, mégalopolitaine, internationale et hyper connectée.

Le pouvoir omniprésent de l'État Nation socle du XXe siècle, confronté à ses crises économiques, sociales, politiques, se trouve affaibli dans un monde globalisé. Face au développement accéléré du monde urbain, à la croissance inéluctable des villes et au nouveaux modes de vie urbain, le temps, autrefois son allié, inscrivant son action dans une logique de « progrès » ne l'est plus aujourd'hui, mettant en cause son avancée, supposée linéaire. Un nouvel axe de réflexion et d'action est venu prendre la relève, l'espace urbain. Avec sa localisation territoriale et ses enjeux de vie, il est devenu un nouveau centre de pouvoir, de régulation et de partage.

Mais au-delà de cette hyper connectivité, quid de l'espace social, de la qualité de vie et de la convergence entre « progrès » et équité dans ces nouveaux modes de vie urbains?

Le processus de relation entre l'individu et le monde urbain devient un nouvel enjeu, se trouvant au cœur de la solidité ou de la fragilité du lien social. C'est aujourd'hui l'ancrage territorial, qui devient déterminant dans l'insertion, l'inclusion ou l'exclusion de l'habitant dans la société. Enfant, jeune, adulte, senior ou vieux, les choix de vie sont traversés par la capacité à se considérer faisant partie d'une communauté territoriale, dont son point d'ancrage et son repère le plus immédiat est le fait urbain.

Aller à l'école, faire des études, échouer ou réussir dans un projet professionnel, travailler, être au chômage, se soigner, se déplacer, se sentir isolé, être entre amis sont aujourd'hui des actions qui prennent racine dans la proximité existante avec son périmètre de vie urbaine. Nous parlons souvent de logique communautaire dans des quartiers défavorisés, populaires et à forte population immigrée, ou de première ou deuxième génération. En réalité, il s'agit d'une logique d'urbanisation désincarnée conduisant de facto à l'exclusion sociale, plus que d'une logique de refus d'intégration sociale ou de ghettoïsation voulue.

Un pacte social entre les individus et la ville

Que l'on parle des villes du nord ou du sud, des villes de pays dits en développement ou développés, des villes modernes ou traditionnelles, c'est dans les grandes villes que les niveaux de pauvreté sont devenus le plus élevés, constituant le défi majeur de la vie urbaine partout dans le monde.

La pauvreté va de pair avec le creusement de profondes inégalités sociales, et se traduit inévitablement par des phénomènes d'insécurité, de violence, de tensions de toutes sortes qui vont s'exprimer de manières très diverses. Le phénomène croissant de la vulnérabilité sociale et territoriale trouve sa source dans l'expression individuelle de la pauvreté dans la vie quotidienne, l'exclusion de la vie sociale urbaine.

Cette pauvreté urbaine ne concerne pas uniquement les pays du sud. Aujourd'hui rien que dans l'Union européenne, un quart de la population est concernée. Plus de 120 millions de personnes, 24% de la population, est en risque de pauvreté ou d'exclusion sociale. La montée du chômage et ses conséquences dans la vie urbaine, concernant 10% des Européens qui vivent dans un foyer sans emploi. Cette pauvreté, les récentes études en France, l'ont aussi montré, touche une population urbaine, où la pauvreté se concentre.

Cela oblige à agir sur les causes de la pauvreté, et à s'intéresser aux dynamiques territoriales permettant de générer des mobilisations de proximité, là où les politiques étatiques échouent sans cesse. Promouvoir des « pactes sociaux urbains », une manière pour les villes de « hacker » le chômage, est à l'ordre du jour. La technologie et l'ubiquité, sous toutes ses formes, sont des outils pour aller vers la création de valeur et du lien social de cette population « unplugged ».

Une démarche conjointe a été lancée par la Commission européenne, des États et des villes qui encadrée par le pacte d'Amsterdam, autour d'un nouvel élan pour une politique urbaine européenne doit porter sur l'adoption d'un agenda urbain de l'Union européenne. Il devrait être  adopté le 30 mai prochain, lors de la réunion informelle des ministres européens en charge de l'urbain :

« L'Agenda européen pour la ville vise à favoriser de façon intelligente la coopération en faveur de la croissance, de la qualité de vie et de l'innovation dans les villes européennes. Cette nouvelle approche permet d'exploiter au maximum le potentiel de croissance des villes tout en relevant efficacement les défis sociaux ».

La France et la Belgique sont chargées de son co-pilotage. La prochaine réunion du partenariat de lutte contre la pauvreté urbaine aura lieu le 6 avril 2016 à Bruxelles. La démarche est encore timide et préemptée par une vision dirigiste étatique. Tant que les villes ne seront pas partenaires à part entière, l'exercice restera limité.

À l'heure de l'hyper connectivité avec des populations urbaines  encore massivement socialement « unplugged », nous devons basculer  de la ville intelligente mais désincarnée vers le besoin de bâtir une ville socialement incarnée basée sur l'équité sociale, l'inclusion, la lutte contre la pauvreté et l'accès aux services pour tous dans une logique participative.

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Commentaires
a écrit le 02/03/2016 à 23:59 :
Et à part ces platitudes sur la ville et ces listes de technologies, qu'est ce que ce papier a vraiment à dire de neuf ou d'utile ?
a écrit le 02/03/2016 à 23:53 :
Une vrai machine à exclusion pour bien des gens, pauvres, vieux, ne suivant pas, bref pas greek.

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