Barcelone, #NoTincPor, la dignité face à la terreur

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(Crédits : DR)
Une nouvelle fois la barbarie frappe au cœur d'une métropole, cette fois-ci une grande capitale européenne, Barcelone. La résilience de la ville, cible des attaques terroristes de cette décennie, est de nouveau mise à l'épreuve. La vie urbaine, ses places, promenades, terrasses, cafés, cinémas, discothèques, stades, et bien d'autres lieux d'expression de la vitalité citoyenne, sont encore la cible de ces extrémistes se réclamant de l'islam radical.

La macabre liste se rallonge avec des morts et des blessés de tous les âges, de toutes origines et aussi de toutes confessions et couleurs de peau. Une nouvelle fois l'État Islamique, Daesh, revendique une telle sauvagerie. L'auteur de l'attaque de Las Ramblas, un jeune de 22 ans, a été abattu après une cavale meurtrière et insensée, quand encerclé, aux cris de « Allah Akbar » celui-ci a montré sa (fausse) ceinture d'explosifs. Un groupe d'une douzaine de personnes, en majorité des jeunes, a été démantelé en quelques heures. Malgré la douleur, Barcelone a échappé au pire au vu de ce qui était en préparation et qui a échoué par l'explosion de leur maison, ce ténébreux QG, bourrée de bouteilles de gaz.

 Une fois de plus les mêmes questions se posent : qui est l'ennemi de cette vie urbaine ? Qui orchestre un tel message d'horreur ? D'où viennent ces attaques barbares ? Et surtout comment encore pouvoir les anticiper ? Comment lutter contre ? Comment porter aussi la guerre contre non seulement leurs auteurs, mais aussi et surtout contre leurs chefs donneurs d'ordres, et cette chaîne de la haine et de la mort, qui vient ensuite frapper dans tous les centres urbains ?

Il est donc une fois de plus indispensable de relever le défi en restant lucide. Malgré la tristesse, la colère, la rage, il est de notre devoir de ne pas céder à la facile tentation de la vitupération, de la stigmatisation de masse, ou de simplement à vouloir faire de la basse récupération politique pour à son tour propager des messages de haine, voire de violence, qui n'ont pas de place.

Barcelone, tout près de nous, et que nous portons tous dans nos cœurs, devient un très beau cas que nous devons accompagner. Il nous faut lui exprimer notre solidarité, mais aussi l'étudier, car il est source de riches enseignements, d'inspiration, dans un processus qui est un mouvement. Nous devons le suivre avec humilité, respect et attention.

La solide réponse avec émotion, sérieux et engagement de l'ensemble de la gouvernance locale et de citoyens, la force de l'engagement des forces de sécurité locales, secouristes et équipes d'intervention sont exemplaires. C'est eux qui seront la première ligne de manifestants ce samedi 26 août et c'est un bel hommage qui leur est ainsi rendu. Les larmes de la Maire Ada Colau, émue peu après l'attentat, ont été celles de Barcelone tout entière. Elles furent reçues à l'unanimité comme le symbole de toute une ville qui pleurait, non pas uniquement les siens, mais celles et ceux de toutes les villes du monde où le terrorisme frappe. Les longues files d'attente pour signer le registre de condoléances par les habitants sont aussi l'expression du rejet du terrorisme, mais aussi de la condamnation de toute expression de rejet. Les Ramblas furent réoccupées aussitôt, et les hommages spontanés depuis le lendemain se succèdent en permanence, avec des choses simples, comme faire silence quelques minutes puis applaudir, pour dire « oui, à la vie, non au terrorisme ». Les Barcelonais nombreux sont descendus sur le lieu même pour exprimer leur sentiment avec leur slogan « NoTincPor », « Nous n'avons pas peur ». L'éphémère tentative d'un groupe néo-fasciste, dit « identitaire », venu propager la haine anti-islam, a tourné court par la mobilisation du propre voisinage, qui au cri de « No Pasaran », les a isolés et fait sortir du lieu d'hommage et de recueillement. #NoTincPor, #StopTerrorisme #StopIslamophobie furent et sont des messages clairs que la population partage, qui se sont exprimés et qui sont aussi au cœur de cette grande manifestation internationale, avec la présence des Maires du monde entier.

"Vivre sans peur est le seul moyen d'affronter la douleur et la terreur face à la fragilité de la vie", c'est dans ces termes que le père de Xavi, un enfant de 3 ans tué lors de l'attentat à Barcelone sur Les Ramblas, s'est exprimé jeudi 24 août. Le contexte dans lequel ce message a été porté devrait donner à réfléchir, et en premier à des « politiciens », qui ont voulu, à partir de ces terribles attaques, instrumentaliser, jeter une communauté musulmane une fois de plus en pâture, la stigmatiser, par sa pratique religieuse.

En effet, le père et la mère de cet enfant, Rubi, ont participé à un acte d'hommage aux victimes dans leur commune, et dans laquelle étaient présente massivement la communauté musulmane, et à sa tête leur Imam, Dris Salymar. Les images de ces deux parents s'embrassant et prenant dans leurs bras l'lmam pour le consoler, ont fait le tour du monde, suivies de celles où le père a salué et embrassé les enfants de la communauté musulmane. Un imam, comme beaucoup d'autres, et une communauté qui ont condamné et pleuré cet attentat. « Non en notre nom » a été leur cri de rage.

Mme Nadine Morano, femme politique française, mais il y a eu bien d'autres, a eu l'indécence de s'en prendre à la mère de l'un des terroristes islamistes, en évoquant « ses absences de larmes et d'émotion » lors d'un passage à une télé, quand le père de cette jeune victime déclarait « comprendre aussi la douleur de cette mère ».  Je lui conseille de lire le poignant texte (il est en espagnol) de l'éducatrice de Ripoll, qui a vu grandir ses enfants, fils de Marocains, totalement intégrés, parlant catalan, bons élèves, voire ados responsables. De regarder aussi ces images de la mère en question, qui ramène ses dires à la poubelle putride - qui lui est familière, - d'où elles n'auraient jamais dû sortir.  Elle aurait dû faire le déplacement, comme certains l'avons fait, pour venir constater sur place, la profonde émotion, toutes religions, couleurs de peau, nationalité, et catégories sociales confondus, qui se sont unis face à la barbarie de ces fanatiques. Elle n'a pas assisté aux multiples manifestations de la communauté musulmane, qui a exprimé aussi dans la tristesse son dégoût pour ces actes fanatiques. Amatrice de Twitter, je l'invite à parcourir #YoTeAcompaño (TT en Espagne en quelques heures) et ses variantes, avec des actions pour protéger les musulmans des manifestations de haine.

La problématique est bien complexe pour supporter des propos simplistes, binaires, manipulateurs, malfaisant même, qui ne servent qu'à vouloir  tisser la haine, voire la violence tous azimuts envers des communautés. Oui, en quelques mois, ces jeunes se sont radicalisés autour de la barbarie prônée par l'État islamique et probablement sous l'emprise d'un Imam militant dans leurs files, et à l'origine de cette abjecte action. Il est lui-même mort dans l'explosion de la maison où ils préparaient ce qui aurait dû être une action encore plus sauvage. Imam, qui par ailleurs, avait été repéré, mais dont certaines subtilités liées à la problématique politique entre l'Espagne et la Catalogne avaient entravé une suite, à l'encontre de lui-même et de son groupe.

Il faut aussi rappeler que la presse fait écho de la rétention de l'information de forces espagnoles à l'encontre de la police catalane (les maintenant fameux « Mossos »), voire des fuites qui auraient été communiquées au Groupe par des éléments de la Police espagnole. Ceci, bien entendu, concerne la lutte antiterroriste - dont par ailleurs tout le monde salue la redoutable efficacité, professionnalisme, qualité du travail qui force le respect par « Los Mossos » ainsi que le parfait usage des réseaux sociaux, totalement suivis, le tout en multi langue Catalan, Espagnol, Anglais et Français, et en temps réel. Le fond reste le double combat, par la contre intelligence et la lutte anti-terroriste sans merci, et de l'autre, pratiquer toujours et encore la cohésion sociale de la ville sous toutes ses formes, sans défaillir, avec aussi la lutte contre le racisme, la xénophobie y compris l'islamophobie et pour le respect à la pratique religieuse pacifique d'autrui.

Le premier adjoint de Barcelone, Gerardo Pisarello, dans un très beau texte (en espagnol) a résumé parfaitement le défi : « Cet attentat est un dur coup. Il nous oblige à construire une ville encore meilleure. Bâtie précisément sur les valeurs que nous avons réaffirmées lors de cette terrible épreuve : solidarité, respect pour la diversité, confiance en autrui. « Nous n'avons pas peur », est le cri d'une ville qui refuse de voir dans chaque voisin(e), et celui qui vient d'arriver, une menace permanente, un potentiel danger. C'est le message d'une ville qui sait distinguer parfaitement entre une majorité de personnes qui pratiquent une croyance et respectent la vie, et une minorité fanatisée qui prône une idéologie qui va à l'encontre des principes éthiques les plus élémentaires de n'importe quelle religion. Les rues, l'espace public partagé est un anti dote puissant contre les passions que la haine prétend nous imposer »

Paris, 26 août 2017

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