Yokohama, un modèle de métamorphose

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Avec ses 3,7 millions d'habitants, la ville de Yokohama est la deuxième ville du Japon derrière l'agglomération de Tokyo.
Avec ses 3,7 millions d'habitants, la ville de Yokohama est la deuxième ville du Japon derrière l'agglomération de Tokyo. (Crédits : Reuters)
Dans le cadre de mes contributions hebdomadaires sur le thème de la Ville Vivante et de mon partenariat avec la Tribune pour le Forum des Métropoles Intelligentes Connectées, j’ai souhaité proposer une série d’articles qui feront un focus sur une ville du monde. L’objectif : décrypter des bonnes pratiques qui pourront constituer une source de réflexion et d’inspiration dans les divers domaines de la Ville Vivante : résilience, inclusion sociale, économie du partage, développement durable et maîtrise des ressources, nouveaux business modèles etc.

Chaque année  lors du World Cities Summit à Singapour le Prix World City Prize Lee Kuan Yew en honneur du fondateur de la Cité - Etat de Singapour, qui vient de déceder est decerné. En 2014 Medellin et Yokohama ont partagé cette reconnaissance.

Cette semaine, nous partons à Yokohama, ville portuaire japonaise située à 30 km au sud de Tokyo, qui a réussi en quelques décennies une métamorphose exemplaire.

Avec ses 3,7 millions d'habitants, la ville de Yokohama est la deuxième ville du Japon derrière l'agglomération de Tokyo. Implantée à proximité de la capitale dans la baie de Tokyo, la ville portuaire a longtemps souffert de cette situation périphérique et lutté pour se construire une identité propre. Dans les années 60, la zone portuaire était sacrifiée aux activités industrielles, tandis que le nord de la ville ressemblait à un gigantesque « hub » de transport pour les habitants qui se rendaient à Tokyo chaque jour, pour le travail, mais aussi pour la culture, les commerces et les loisirs. La ville souffrait également de problèmes environnementaux qui nuisaient à son attractivité : des embouteillages récurrents, une augmentation croissante des déchets, un cadre de vie peu sain.

À la fin des années 60, un certain nombre de projets furent lancés par les autorités municipales pour changer la donne. Ils n'aboutirent malheureusement pas aux résultats escomptés, du fait, notamment d'un manque d'engagement dans le temps et de coordination entre les parties prenantes. Au début des années 80, l'équipe municipale changea de stratégie, réalisant que seul un engagement maximal de tous les acteurs pouvaient faire bouger les lignes. Une prise de conscience qui a porté ses fruits de façon spectaculaire, puisqu'en 2011, Yokohama a remporté le World Smart City Award à Barcelone, en 2013 le Global Green City Award à Berlin et en 2014, la mention spéciale du jury du Prix Lee Kuan Yew à Singapour.

Minato Mirai 21

Clé de la mutation opérée par la ville, le projet Minato Mirai 21, « Futur Port du 21ème siècle », était ainsi lancé en 1981 dans l'objectif de redynamiser le centre ville et de transformer la zone portuaire. Sa particularité : toutes les parties prenantes (acteurs publics locaux et nationaux, habitants, associations, industriels, propriétaires fonciers etc.) furent impliquées dès l'amont du projet. L'enjeu était de faire de Yokohama une ville aussi attractive que Tokyo pour ses emplois, la qualité de son cadre de vie, la diversité de ses activités. Pour cela, il fallait d'abord transformer la zone portuaire industrielle et en faire un front de mer agréable et dynamique, ponctué d'immeubles de bureaux modernes, de parcs et d'espaces de loisirs.

Outre l'important investissement que représente la construction de nouvelles infrastructures sur le front de mer, ceci supposait de gérer un remaniement foncier complexe, la plupart des terres de la zone appartenant à des propriétaires privés. Grâce au soutien apporté par les citoyens et les diverses parties prenantes, la ville réussit néanmoins à négocier avec les propriétaires le rachat ou la location des terres. Le visage du front de mer put dès lors être remodelé, grâce notamment à un parti pris esthétique fort en matière d'architecture. Un nouveau système de transport urbain efficace fut également construit dans le cadre de ce programme. En parallèle, Yokohama s'impliqua fortement dans le mouvement de décentralisation qui fut alors lancé au Japon, visant à corriger la proéminence de la capitale tokyoïte. De nombreuses entreprises et agences publiques vinrent alors installer leur siège ou leurs bureaux dans les nouveaux quartiers de la ville. En l'espace de 30 ans, Yokohama réussit ainsi, à la force de sa politique publique, à conquérir une identité et un dynamisme propres.

La métamorphose verte

En complément de ce projet structurant, Yokohama s'est engagée très tôt dans une politique environnementale ambitieuse. Dès 2003, la ville mettait en place le plan G30, dont l'objectif était de réduire de 30% d'ici 2010 la production de déchets à l'échelle de l'agglomération. La municipalité organisa plus de 11 000 séances d'information et plus de 3900 campagnes de sensibilisation sur ce sujet. L'objectif fut atteint dès 2005, soit 5 ans avant la date fixée par le programme, ce qui permis à la ville de fermer deux usines d'incinération de déchets.

En matière de lutte contre le changement climatique également, Yokohama fait figure de pionnière. En 2008, elle fut l'une des 13 villes élues « Eco Model City » par le gouvernement parmi 82 candidates pour leurs actions en faveur de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. La même année, la municipalité lançait le plan CO-DO30,  destiné à diminuer de 30% d'ici 2025 les émissions de GES. Là encore, la ville compte avant tout sur l'éducation des citoyens et des entreprises pour changer les habitudes et faire évoluer les pratiques.

Yokohama a enfin investi très tôt dans les énergies vertes. Dès 2007, la ville ouvrait une centrale éolienne urbaine destinée à produire environ 3M kWh d'électricité par an, ce qui couvre les besoins d'environ 850 ménages. Le projet Hama-Wing fut également l'occasion de stimuler l'engagement citoyen. Au lieu d'avoir recours à l'argent public, la municipalité eut l'idée de vendre aux habitants de Yokohama des actions pour financer le projet. La totalité des actions furent vendues en trois jours. 350 habitants devinrent ainsi propriétaires de la centrale.

FutureCity Yokohama

Portée par son élan, la ville portuaire poursuit aujourd'hui activement sa transformation. En décembre 2011, le gouvernement japonais l'a élue « FutureCity » pour sa capacité à promouvoir l'innovation sociale. L'un des grands enjeux sociétaux auxquels doit en effet faire face le Japon est le vieillissement de sa population. Quelles solutions mettre en œuvre pour que les populations vieillissantes continuent à bien vivre au sein des villes ? C'est l'un des axes de réflexion et d'expérimentation actuels pour la municipalité. Dans le quartier d'Aoba (Aoba Ward) par exemple, la ville a mis en place des ateliers associant les habitants, l'opérateur local de transport, les institutions concernées et des universitaires afin d'élaborer en commun des solutions en matière de services médicaux, de communication intergénérationnelle, d'habitat  etc.  Voici l'interview vidéo avec le réprésentant de Yokohama en Europe.

Après avoir été pionnière en matière de planification urbaine et de politique environnementale, Yokohama est désormais pionnière dans le domaine de l'innovation sociale. La ville accueille d'ailleurs depuis 2011 la conférence Social Innovation/Smart City Week, événement majeur pour la communauté internationale de la ville vivante de demain. L'enjeu : construire la réflexion et les plans d'action en partant des problématiques sociales et sociétales, au lieu de partir des connaissances techniques et des pratiques institutionnelles. La prochaine édition aura lieu en juillet 2015. Voilà une ville pionnière dont l'action exemplaire est  à saluer.

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