Le nouveau pouvoir des villes et des territoires grâce au numérique

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De plus en plus de services urbains sont associés au numérique.
De plus en plus de services urbains sont associés au numérique. (Crédits : DR)
Des plus en plus impliquées dans la collecte et le traitement des données, les collectivités y trouvent un regain de pouvoir. Mais elles font aussi face à de nouveaux enjeux encore mal connus.

Le numérique redonne du pouvoir à l'échelon local en permettant aux collectivités d'améliorer leurs services publics tout en abaissant les coûts, grâce à la collecte, et au traitement de grandes quantités de données.  C'est ce qui ressort de l'étude intitulée « De la ville au territoire intelligent ; la donnée au cœur de la transformation », publiée par EY.

Aujourd'hui les collectivités locales prennent en charge la mise en place des infrastructures, des capteurs aux plateformes de données et aux services associés.  «Le numérique n'est plus seulement l'apanage des grandes métropoles mais concerne désormais les collectivités de toutes tailles, souligne Philippe Rambal, associé EY et auteur de étude. On assiste à une prise de conscience générale de son importance  dans la transformation des politiques publiques et de la relation des territoires à l'Etat et aux citoyens. »

Energie, gestion des ressources et transports plus efficaces

C'est avant tout en matière de gestion de l'énergie et de développement durable, d'e-administration et, dans une moindre mesure, de transports, que les administrés attendent du numérique des améliorations significatives dans leur vie quotidienne. Ils se montrent plus circonspects sur l'impact du numérique sur l'emploi et le développement économique.

De façon générale néanmoins, plus de 50% des personnes interrogées estiment que les villes n'exploitent pas encore suffisamment les potentialités du numérique.

Les pouvoirs publics pour leur part en accompagnent largement le déploiement, notamment via d'importants financements, une évolution de la réglementation ou encore la valorisation d'expérimentations.

D'ailleurs, les territoires nouent des relations étroites avec des acteurs du secteur privé auxquels ils servent de laboratoires pour ces expérimentations.

« Malgré les progrès de la modélisation, des tests grandeur nature restent nécessaires, affirme Philippe Rambal; par exemple pour calculer les économies d'énergie générées par une solution donnée. »

Ces expérimentations mobilisent tout un écosystème : « Les industriels se lient avec les startups et les labos d'un même incubateur pour optimiser l'exploitation de leurs données. » Dans ce contexte, les collectivités apportent un soutien de plus en plus important aux startups, notamment en mettant à leur disposition des incubateurs.

« Aujourd'hui, il est assumé que des villes de taille moyenne puissent déléguer du service public à des tiers, par exemple des entreprises locales », indique Philippe Rambal.

Implication accrue des citoyens et des entreprises

Grâce à cette contribution accrue du secteur privé, les collectivités sont en mesure de limiter leurs dépenses dans une période de vaches maigres.

C'est également ce que permet une implication toujours plus intense des administrés, grâce aux nouveaux outils numériques.

« L'instauration de services en ligne ou la contribution des citoyens eux-mêmes au service public, par exemple en transmettant des informations sur l'état des routes, sont de vrais leviers d'économies. »

Mais la civic-tech les met également en contact plus direct et immédiat avec les élus, dont ils attendent plus de transparence et des réponses rapides. Cette pression exige des collectivités de nouveaux modes de fonctionnement.

Plus généralement, elles doivent apprendre à casser les silos dans lesquels elles sont habituées à travailler, pour faire face aux défis d'aujourd'hui. Mais ça n'est pas la seule difficulté qu'elles ont à surmonter face au développement du numérique. « Le numérique nécessite de nouveaux types de profils (data scientists et community managers notamment), parfois difficiles à recruter pour les collectivités », observe ainsi Philippe Rambal.

L'utilisation des données personnelles reste une question majeure

Autre enjeu lié à l'avènement du big data : l'utilisation de la donnée.

« Au fur et à mesure que les capteurs vont se multiplier, que les villes vont vouloir récupérer de plus en plus de données, le débat sur les conditions d'utilisation des données personnelles sera plus présent », confirme-t-il.

Si elles portent aujourd'hui essentiellement sur celles utilisées par les grands gestionnaires de transport ou de réseau, les réflexions sur les modalités d'utilisation des données devront aussi être étendues à l'ensemble des collectivités.

Ainsi, « a question de la propriété de la donnée et de sa finalité se posera de plus en plus fréquemment », annonce Philippe Rambal. Jusqu'où sera-t-elle mise à disposition ? Les villes devront également s'assurer en permanence qu'elles sont en ligne avec une réglementation en évolution constante.

Enjeu supplémentaire : la cyber-sécurité.

« Les risques de cyber sécurité liés à la montée en puissance du numérique sont encore mal appréhendés par les collectivités, témoigne l'auteur. Elles pourraient se regrouper à la recherche d'une prestation commune. »

Trouver le bon modèle économique de la ville durable

Surtout, c'est le modèle économique de la ville durable, tout juste émergent, qui devra être affiné et validé afin de trouver son équilibre en dehors des subventions.

Aujourd'hui, les industriels sont prêts à tester de nouveaux services et  les citoyens sont prêts à participer.

« Le numérique permet à l'usager de bénéficier de plus de services, pour le moment souvent gratuits, observe Philippe Rambal. Les acteurs privés sont actuellement dans une période d'investissement qui doit leur permettre d'entrer en phase d'industrialisation pour les rentabiliser. »

De ce point de vue, paradoxalement, le bouillonnement d'initiatives ne favorise pas les économies d'échelle et ne permet pas d'accélérer la courbe d'apprentissage.

« La gamme de services existants est de plus en plus large mais, chaque ville voulant tester différentes solutions, la mise en commun et l'exploitation des retours d'expérience restent encore insuffisantes », confirme l'auteur de l'étude. On assiste néanmoins à des collaborations nouvelles autour du numérique, comme par exemple la co-création de la French Tech Loire Valley par les. villes de Tours et Orléans.

"Transformer les esprits, les pratiques et les métiers", l'autre enjeu

Mais si le numérique constitue un élément d'attractivité, il ne faut pas que la manière dont il est appréhendé et encadré par les villes puisse devenir un enjeu de compétition. D'où la nécessité que les autorités de régulation et de réglementation demeurent vigilantes et fortes, et que les règles soient bien appliquées partout de la même façon...

Pour l'heure, les villes françaises semblent tirer leur épingle du jeu. « Elles sont bien positionnées dans les classements de villes intelligentes, reconnaît Philippe Rambal. D'importants financements sont disponibles, par exemple pour le déploiement du très haut débit, et il existe une vraie dynamique de l'ensemble des acteurs, à tous les niveaux. »

Mais « transformer les esprits, les pratiques et les métiers est un enjeu tout aussi important et complexe que le déploiement et l'intelligence de nouvelles infrastructures », conclut-il.

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